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DES CROATES. DES HOULANS. UN RECRUE. UN BOURGEOIS. UN PAYSAN. SON FILS. UN MAITRE d'école de régiment. UN CAPUCIN. UNE CANTINIÈRE. SA SERVANTE. Des enfans de soldats. Des musiciens. La scène est devant Pilsen , en Bohême. —**'****'»»'**** ******«**<*'**l**'»**»<**»^»»<*i>» % »»»>)M»Wltt% » l<%»ai)t<»»»^»><»»^^ LE CAMP DE WALLENSTEIN. SCÈNE PREMIÈRE. (On Tok sur le tbâtre àm tanteK d« TiTuidien. — Sur le devent une échoppe 4e fri- pier et de mercerie. — Des soldati de tonte couleur et de tout uniforme sont rassem- Uéien foule. — Toutes les tables sont dressas. — Des Croates et des houlans font la cuisine devant un brasier. *- Une Cantinière verse du vin. »- Des enfans de soldats jouent aux dés sur un tambour. ) Un PAYSAN et son FILS. LE FILS. Il ne fait pas bon s'arrêter près de cette troupe de soldats. Ces camarades - là sont brutaux, et nous serons bien heureux de sauver notre peau. LE PAYSAN. Ah bah ! Ils ne nous mangeront pas , quand bien même ils se fâcheraient un peu. Vois-tu , il y a là des gens nouvellement arrivés ; ils viennent du Mein et de la Saale, tout chargés de butin et de choses précieuses. Tout cela est à nous, si nous nous y prenons bien. Un capitaine , à qui un de ses ca- marades avait donné un coup d'épée, m'a laissé une bonne paire de dés; je veux essayer s'ils n'ont pas perdu leur ancien bonheur. Prends seulement un air 6 LE CAMP DE WALLENSTEIN, nous Toulons qu'elles se trouvent contentes et qu'elles s'attachent à nous. LE TROMPETTE. Ah oui f il y a encpre quelque chose sur le tapis. lE SERGENT MAJOR. Messieurs les généraux et les commandans.... LE TROMPETTE. Tout ça n'a pas trop bonne façon ^ je m'en doute. LE SERGENT-MAJOR. Et toutes ces troupes qui sont entassées ici ? LE TROMPETTE. On ne leur laissera pas le temps de s'ennuyer. LE SERGENT MAJOR. Oui , tous les pourparlers , toutes les allées et ve- nues. LE TROMPETTE. Oui 9 oui. LE SERCENT-MAJOR. Et cette vieille perruque, qui est venue de Vienne, et qu'on voit rôder avec sa chaîne d'or et sa plaque , ça signifie quelque chose , je parie. LE TROMPETTE. C'est encore un de ces limiers qui épient les traces du duc ; prenez-y seulement gardç. LE SERGENT MAJOR. Avez-vous remarqué ? ils ne se confient pas à nous; ils craignent les desseins secrets de Fried- land ; ils trouvent qu'il s'est élevé trop haut : ils souhaiteraient qu'il lui arrivât malheur. ^ \ SCÈNE III. 7 LE TROMPETTE. Mais nous le soutiendrons , nous autres. Plût à Dieu que tout le monde pensât comme vous et moi ! LE SERGENT-MAJOR. Notre régiment y et les quatre autres que com- mande Tersky y le beau-frère du duc , nous sommes les geùs les plus détermines de l'armée^ et nous som- mes tout à lui. C'est lui qui nous a enrôlés; c'est lui qui a nommé les officiers , qt ils sont dévoués à lui , corps et âme. SCÈNE m. Les précédens , UN CROATE avec un collier j UN TYROLIEN le suit. LE TYROLIEN, Croate y où diable as-tu volé ce collier ? vends- le-moi , il ne te sert à rien ; je te donnerai une paire de pistolets. LE CROATE. Non , non ; tu veux m'attraper, chasseur. LE TYROLIEN. Non, je te donnerai encore ce bonnet, bleu; je viens de le gagner à une loterie : vois-tu , c'est qu'il est magnifique. LE CROATE, faisant briller son coUier au soleil. C'est des perles et des grenats fins ; regarde comme ça brille au soleil. 8 LE CAMP DE WALLENSTEIN, LE TYROLIEN prend le collier. Tiens , je te donne encore ma bouteille de cam- pagne (il regarde le collier); je veux l'avoir parce qu'il est beau. LE TROMPETTE. Voyez donc comme le Croate e«t mis dedans : partageons > chasseur^ je ne dirai rien. LE CROATE essaie le Bonnet. Ce bonnet-là me va bien. LE TYROLIEN fait signe au trompette. Eh bien ^ nous changeons; voilà les camarades qui sont témoins. SCÈNE IV, Les précédens , UN CANONNIER. i LE CANONNIER. Hé bien , camarade carabinier, comment ca va- t-il ? Resterons-nous encore long-^t^nps au coin du feu , pendant que les ennemis rôdent dans la cam-^ pagne. ^ . LE SERGENT MAJOR. Oh , vous êtes bien pressé , monsieur le canonnier ; les chemins ne sont pas encore praticables. I LE CANONNIER. i i Ce n'est pas moi ; je me trouve fort bien ici : mais il est arrivé un courrier qui a annoncé que \ Ratisbonne était pris. LE TROMPETTE. Il faudra donc bientôt monter à cheval. SCÈNE V. 9 LE SERGENT MAJOR. Pour aller défendre les Bavarois qui sont ennemis du prince ? Nous ne nous échaufferons pas tant pour ça. LE CANONNIER. / Vous croyez? Ah ! vous savez toujours tout, vous. SCÈNE V. Les précédens , deux CHASSEURS ; puis successive- ment la C ANTINIÈRE , un ENFANT, le MAITRE D'ÉCOLE, une SERVANTE. PREMIER CHASSEUR. Ha , ha ! nous voilà en joyeuse compagnie. LE TROMPETTE. QuW-ce que c'est qxie ces habits verts ? Ils sont fringans et de bonne mine. LE SERGENT MAJOR. Ce sont des chasseurs de Holk. Je vous réponds que ce n^est pas à la foire de Leipzick qu'ils ont pris ces tresses d'argent. LA G ANTINIÈRE vient et apporte du Tin. Soyez les bien arrivés, messieurs. PREMIER CHASSEUR. £h , par Dieu , c'est Justine de Blasewitz ! LA CANTINIÈRE. Oui, tout juste. Et ce beau monsieur-là, c'est la grand Pierre de Itzeho , qui , uoe belle nuit à Glûck-^ i t lo LE CAMP DE WALLENSTEIN, stadt ; vint avec le régiment expédier tout le magot ' de son père. ' PREMIEK CHASSEUR. Et ensuite^ troqua sa plume de commis contre une Carabine. LA CANTINIÈRE. Oh ! nous sommes de vieilles connaissances. PREMIER CHASSEUR. Et voilà que nous nous retrouvons en Bohême. LA CANTINIÈRE. Aujourd'hui là et demain ailleurs, mon cousin. La guerre vous pousse rudement et vous balaie d'un endroit à l'autre. J'ai bien vu du pays. PREMIER CHASSEUR. Ah ! je crois bien. C'est tout naturel. LA CANTINIÈRE. Je m'en suis allée là-bas à Temeswar avec les cha- riots de bagage , quand nous donnions la chasse à Mansfeld ; puis j'ai campé devant Stralsund avec Friedland , et c'est là que je perdis tout mon bagage. De là je suivis la troupe qui allait au secours de Mantoue ; je rentrai avec Feria. Après , je fis un crochet jusqu'à Gand, avec un régiment espagnol; et maintenant je viens en Bohême essayer si je pourrai me faire payer de vieilles dettes , et si le prince vou- dra m'aider à ravoir mon argent. Ma boutique est là à côté. PREMIER CHASSEUR. Elle a trouvé moyen de tout rassembler ici. Et pourtant, qu'as-tu fait de cet Écossais qui te traînait avec lui dans ce temps-là ? ^ t SCÈNE V. n LA GANTIiyiÊRE. Ah ! le bourreau , il m'a joliment trompée : il est parti ; il a emporté avec lui tout ce que j'avais épargné à la sueur de mon corps ^ et il ne m'a rien laissé que ce petit drôle. L*ENFANT vient en sautant. Maman , est-ce que tu parles de mon papa ? PREMIER CHASSEUR. Hé bien , hé bien, l'empereur le nourrira. Faut- il pas que l'armée multiplie ? LE MAITRE DÉCOLE arrive. Allons, à la leçon; marche, polisson. ^ PREMIER CHASSEUR. Ça craint déjà d'être enfermé et de travailler. LA SERVANTE, arrivant. Cousine, ils veulent s'en aller. LA CANTINIÈRE. Tout de suite , tout de suite , j'y vais. PREMIER CHASSEUR. Eh ! qu'est-ce que c'est que cette jolie mine-là ? LA CANTINIÈRE. C'est la fille de ma sœur , de celle qui est mariée dans l'empire. PREMIER CHASSEUR. Ma foi , c'est une gentille nièce. (La cantinière s'en va.) SECOND CHASSEUR; il retient la servante. Demeurez dono avec nous ; le bel enfant ! 12 LE CAMP DE WALLENSTEIN, LA SERVANTE, se dégageant et s'en allant. ' Il faut que j'aille servir ces messieurs là-bas. PREMIER GHASSEÇI^. Ce n'est pas un vilain morceau que cette petite fille. Et la tante , ah ! qu'il y en a dans le régiment qui se sont tapes pour ce masque-là ! Voilà pourtant comme va le monde. Combien on connaît de gens ! et si je vis j'en verrai bien d'autres. ( j4u sergent major et au trompette. ) A votre santé , messieurs ; faites-moi donc une petite place à côté de vous. SCÈNE VI. / LES CHASSEURS , LE SERGENT MAJOR , LE TROMPETTE. LE SERGENT MAJOR. En vous remerciant; nous allons vous faire place de bon cœur : soyez les bienvenus eu Bohême. PREMIER CHASSEUR. Vous êtes ici les pieds chauds , et nous autres nous étions pendant ce temps-slà mal à notre aise sur pays ennemi. LE TROMPETTE. On ne le dirait pas y car vous avez bonne mine. LE SERGENT MAJOR. Oui y oui ; et sur la Saale et dan» la Misnie on ne chante pas trop vos louanges. SECOND CHASSEUR. Ah , laissez donc ; qu'est-ce que vous dîtes là ? ji^^ /-'- MHHBMftià- ..:ï^3rr¥. Ik SCÈNE VI. i3 Les Croates n'y avaient rien laissé j il n'y avait pas de quoi glaner après eux. LE TROMPETTE. Vous avez pourtant une belle dentelle à votre jabot , et de belles chausses toutes nei/ives^ du linge fin , des plumes à votre chapeau : tout ça fait un bel effet ; faut-il qu'il n'arrive de bonnes aventures qu'à des gaillards comme vous^ et jamais à nous? LE SERGENT MAJOR. En revanche , nous antres y nous sommes du ré-- gîment de Friedland , et l'on doit nous honorer et nous respecter. PREMIER CHASSEUR. Ça n'est pas un compliment que vous nous faites- la. Nous portons son nom, nous aussi. LE SERGENT MAJOR. Oui y vous êtes de son armée. PREMIER CHASSEUR. Et vous êtes donc d'une autre espèce ? toute la diffé- rence est dans Fhabit , et moi je me trouve bien dans le mien. LE SERGENT MAJOR. Tenez , chasseur , j'en suis fâché pour vous , mais vous êtes toujours à vivre chez le paysan ; et les belles façons et le bon ton , ça ne s'apprend que quand on ne quitte pas la personne du général. PREMIER CHASSEUR. Hé bien , cett« école-*là ne vous a pas trop bien réussi. Vous savez peut-^tre bien ccmiment il se mouche et comment il tousse ; mais son génie , son esprit, ce n'est pas à ia parade qu'on apprend ça. V l i4 LE CAMP DE WALLENSTEIN, SECOND GHA.SSEUR. Tonnerre de dieu ! demandez oii nous avons passé f si on ne nous appelle pas les terribles chas- seurs de Friedland ; ah ! nous ne faisons pas honte à son nom. Nous passons hardiment partout chez les ennemis , chez les amis , à travers champs , dans les semailles et les moissons. L'on connaît bien la trom- pette des chasseurs de Holk. Nous sommes partout à la fois f tantôt près ^ tantôt loin ; nous arrivons comme le déluge : au milieu de la nuit nous entrons dans les maisons comme le feu , quand personne ne veille ; il n'y a pas à se défendre ^ ni à fuir. Il ne s'agit pas là de police , ni de discipline ; la guerre est sans pitié ; la jeune fille a beau se débattre dans nos bras vigoureux. Je ne dis pas ça pour nous vanter. De- mandez plutôt à Bareuth , en Westphalie ; partout où nous avons passé , les enfans et les petits enfans parleront encore dans plus de cent ans de Holk et de sa troupe. LE SERGENT MAJOR. Mais c'est-il le tapage qui fait le soldat ? Non , c'est le temps , la réflexion , l'adresse , l'idée , l'in- telligence^ le coup d'œil^ qui font un bon soldat. PREMIER CHASSEUR. Non , ma foi ; c'est la liberté ! Avec toutes vos phrases , je ne devrais seulement pas vous répondre. Est-ce que j'aurais laissé là l'école et la classe pour retrouver dans un camp la corvée, la galère, le bureau , et me remettre à la chaîne ? Je veux vivre libre et ne. rien faire , voir tous les jours du nou- veau^ me confier au mometit, et ne jamais re- SCÈNE VL i5 garder ni devant ni derrière. C'est pour cela que j'ai vendu ma peau à l'empereur^ afin de n'avoir plus à m'inquiëter de rien. Faites^moi passer à travers le feu f ou dans l'endroit le plus profond et le plus rapide du Rhin ^ là où il ne doit en revenir qu'un sur trois , vous verrez si j'y ferai des façons , si je me ferai prier ; mais aussi qu'on ne me demande pas autre chose , je ne veux pas qu'on me gêne. LE SERGENT MAJOR. Hé bien , hé bien , si vous ne désirez rien de plus y ça peut se trouver sous notre casaque de soldat. PREMIER CHASSEUR. Eh ! chez Gustave le roi de Suède ^ chez ce diable d'homme^ c'était une vexation éternelle ; il avait fait de son camp une église. Aussitôt la retraite^ c'était la prière du soir ; aussitôt le réveil ^ c'était la prière du matin ; et quand nous étions un peu en train ^ il nous prêchait lui-même du haut de son cheval. LE SERGENT MAJOR. Oui, c'était un homme craignant Dieu. PREMIER CHASSEUR. Les filles , il n'en voulait pas souffrir une ; il les faisait tout de suite conduire à l'église. Je n'ai pu supporter tout ça , et je l'ai quitté. LE SERGENT-MAJOR. Maintenant , cela va bien autrement chez les Suédois. PREMIER CHASSEUR. Je m'en allai au galop me rejoindre aux troupes des confédérés : c'était justement lorsqu'elles étaient i6 LE CAMP DE VALLENSTEIN, prêtes à assiéger Magdebourg. Ah ! c'était bien une autre chose : le vin , le jeu y les femmes tant qu'on en voulait ; tout allait joyeusement et à l'abandon ; c'e'tait vraiment un train fort plaisant , car Tilly s'entendait à commander. Il était dur à lui-même , et il passait tout au soldat , tant qu'il n'en coûtait rien à sa cassette. Son mot était : « Faire et laisser faire. » Mais le bonheur ne lui demeura pas long- temps; depuis cette malheureuse affaire de Leipzick, la chance tourna contre nous , et ça n'allait plus bien du tout. Quand nous paraissions et que nous frap- pions aux portes , on ne nous saluait plus ^ on n'ou- vrait pas. Nous revenions partout où nous avions passe , et on avait perdu le vieux respect qu'on avait pour nous. Alors , je m'engageai chez les Saxons ; je croyais faire là une bonne affaire. LE SERGENT MAJOR. Et vous arrivâtes à temps pour piller la Bohême? PREMIE.R GHASSBUR. Ça alla mal pour moi. Il fallait observer une discipline sévère. Nous n'osions pas nous conduire ouvertement en ennemis; nous mettions des sauve- gardes aux châteaux de l'empereur : c'était toujours un tas d'histoires et de complimens , et nous faisions la guerre comme par plaisanterie. Nous ne fai- sions les choses qu'à demi ; nous ne vcMadions nous brouiller avec personne. Il n'y avait pas là grand honneur à gagner ; et ça m'ennuya bientôt tant, que j'allais retourner à m^n bureau^ quand j'appris que Friedland faisait recruter de tous côtés. SCÈNE VI. 19 LE SEBGENT MAJOR, Et combien de temps comptez-y eus passer ici ? PREMIER CHASSEUR. Vous badinez. Par ma foi , tant qu'il nous com- mandera , je ne songerai pas à décamper. Et oii diable le soldat pourrait-il être mieux? Tout va dan^ un bon genre militaire. Nous taillons en plein drap, et le dernier cavalier est animé du même esprit qui gouverne toute cette grande armée. Moi, je marche fièrement et d'un pas assuré , ^t je passe hardiment sur le bourgeois , comme mon général sur les princes. C est ici comme dans les anciens temps , oit le sabre décidait de tout. Contredire les ordres et faire le raisonneur, il ny a que ça qui soit une faule, et qui mérite punition. Tout ce qui n'est pas défendu est permis. On ne demande à personne quelle est sa religion 1 II n'y a que deux choses par-dessus tout : ce qui regarde le service et ce qui ne le regarde pas; et je n'ai de devoirs qu'envers le drapeau. LE SERGENT MAJOR. Maintenant , chasseur , vous me plaisez. Vous parlez comme un brave cavalier de Friedland. PREMIER CHASSEUR. Ah ! celui-là ne commande pas comme un envoyé de l'empereur , et on ne dirait pas qu'il tient de lui son pouvoir. Il se bat pour lui-même , et non pas pour le service de l'empereur. Et qu'a-t-il fait pour l'empereur ? A-t-il employé ses forces à protéger et à défendre le pays ? Non , il a voulu fonder un ToM. IV. 2 i» LE CAMP DE WALLENSTEIN, empire pour les soldats , embraser et bouleverser le monde , soumettre et subjuguer tout. LE TROMPEtTE. Taisez-vous donc : est-ce qu'on doit parler ainsi? PREMÏER CHASSEUR. Ce que je pense , moi , je le dis ; la parole est libre, cottime dit le géne'ral. LE SERGENT MÀJOR. Il l'a dit. Je l'ai entendu une fois de sa bouche; j'y étais. (( La parole est libre , l'action muette , » l'obéissance aveugle ; » voilà ses propres mots. PREMIER CHASSÈUÂ. SHl l'a dit justement comme ça, c'est ce que je ne sèAs pas; mais la chose est comme vous la contez. SECOND CHASSEUR. Le bonheur ne l'a jamais abandonné à la guerre ; il ne le quitte pas comme il a coutume de quitter tous les autres généraux. Tilly survit à sa gloire ; mais sous les drapeaux de Friedland , je suis toujours sûr de marcher à la victoire : il a ensorcelé la for- r tune , elle lui restera ; et quand on combat sous sa bannière , on est sous une protection particulière. Car , tout le monde le sait bien , Friedland a un diable de l'enfer à son service. LE SERGENT MAJOR. Oui , il a un charme ; il n'y a pas à douter de cela , ear à la sanglante affaire de Lutzen , il vous passait et repassait sous le feu des batteries avec un sang- froid ! Son chapeau à été percé par les balles , sa SCÈNE VI. f^ botte et son buffle ont étë traversés ; on a bien yu les trous j mais rien n'a pu entamer sa peau. Il s'é- tait frotté d'un onguent diabolique. , PREMIER CHASSEUR. Voulez-Yous pas faire de ça un miracle ? il porte un buffle de peau d'élan que les balles ne peuvent pas percer. L£ SERGENT MAXOR. Non pas y c'est un onguent fait d'herbes de dor^ cier cuites et bouillies avec des paroles magiques. LE TROMPETTE. AL ! sûrement que tout ça n'est pas naturel. LE SERGENT MAJOR. Us disent quil sait lire dans les étoiles les choses à venir^ les plus éloignées comme les plus proches. Mais moi , je sais bien ce qui en est : il y a un petit homme gris qui vient souvent le trouver au milieu de la nuit en passant à travers les portes fermées. La sentinelle, lui a souvent crié : a Qui vive? » Et toujours il est arrivé quelque grande chose, quand l'homme gris avait paru. SECOND CHAiSÈtJR. Oui y oui y il s'est donné au diable , et c'est pour ç^ que nous menons si joyeuse vie. r 89 LE CAMP DE WAtLENSTEIN, SCÈNE VIL Les prëcédens , UN RECRUE, UN ROURGEOIS, UN DRAGON. \à E RE G RUE sort de la tente ; il a un casque en tête, et tient une bouteille à la main. Bonsoir à mon père et à toute la famille ; je suis soldat / je ne reviendrai jamais. PREMIER CHASSEUR. Voyez I on nous amène un nouveau camarade. LE BOURGEOIS. Ah François, écoute la raison; tu t'en repentiras. LE RECRUE cbante. Trompette et tambour » Fracas de la guerre , La nuit et le jour Parcourir la terre , A cheval monté , Le sabre au cÀté ; Jamais de contrainte Et jamais de crainte; Gai comme un pinson Qui sur le buisson Yoltige et sautille , Gai y dispos, agile. Oui parbleu; je suivrai les drapeaux de Friedland. SECOND CHASSEUR Eh voyez donc , il a l'air d'un gaillard bien dé- gourdi. ( Qs le saluent. ) SCÈNE VII. ai LE BOURGEOIS. laissez^-le ^ c'est un fils de bonne famille. PREMIER CHASSEUR. Et nous y est-ce qu'on nous a trouves sur le grand chemin ? LE BOURGEOIS. Je vous dis qu'il a du bien et de la fortune .: tâlez sa souqnenille ^ elle est de toile fine. LE TROMPETTE. Il n'y a pas un plus bel habit à porte que celui de l'empereur. LE BpURGEOIS, Il vient d'hériter d'une petite fabrique de bonnets. SECOND CHASSEUR. C'est la fantaisie des gens qui fait leur sort. LE BOURGEOIS. Sa grand'mère lui laisse un magasin et une bou- tique. PREMIER CHASSEUR. Fi donc ! Voulez-vous en faire un marchand d'al- lumettes ? LE BOURGEOIS. Son parrain doit lui donner un cabaret avec une cave où il y a vingt pièces de vin. LE TROMPETTE. Hé bien ^ il les boira avec les camarades. SECOND CHASSEUR. Je veux que tu sois mon camarade de chambré ^ entends- tu? %2 LE CAMP DE WALLENSTEIN , LE BOURGEOIS. Il laisse uoe fiancée daas les larmes et dans la douleur. PREMIER CHASSEUR. Ça montre qu il a de la fermeté dans le cœur. LE BOURGEOIS. S«i grand'mèr^ en mourra de chagrin. SECOIVD CHASSEUR. Tant mieux 9 la succession viendra plus tôt. iiE SERGES^ MAJOR. Il sVirance avec graTité, et pose sa aaia sur le casque du recrue. Écoutez-moi, mon ami. Vous avez pris un bon parti : vous voilà devenu un homme nouveau ; et en portant le casque et Fépée , voujs êtes entré dans uae classe honorajble. U faut maintex)Ant prejn^r^ vta genre distingué. ' PREMIER CHASSEUR. Et surtout ne pas épargner l'argent. LS SERG«;^T SIAJOR. Vous vdllà au poiut de naviguer sur le vaisseau de la fortune. Le monde est ouvert devant vou$» Qui ne risque riep n'a rien» Si vous étiez de- çieuré ua lourdaud et uo nigaud de bourgeois, vous auriez toujours tourné dans le même cercle , comme un cheval de brasseur. Mais un soldat peut aller à tout ^ et la guerre a maintenant bouleversé le monde. Voyez-moi; grâce à cet habit, je porte le bâton de Tempereur. Et apprenez que tout le gouvernement du monde roule sm* le bÀtou. Le sceptre qui est dans la main des rois, quest-ir de loin à un village, il y est maître et sei- gneur ; il y commande , il y gouverne selon son bon plaisir. Et parbleu, croyez-vous que ces gens- là , nous aiment ; ils aimeraient mieux voir la face du diable que nos casaques jaunes? £t pourquoi n& nous jettent-ils pas hors de chez eux. Corbleu! ils sont plus nombreux que nous ; et si nous portons Fépée, ils portent des bâtons! Pourquoi pouvons- ifqus nous moquer d^eux? C'est que nous composons une armée redoutable. PREMIER CHASSEUR. Oui , oui, c'est l'union qui fait la force; et Fried- land le savait bien , quand il y a huit ou neuf ans il assembla une grande armée pour l'empereur. Ils ne voulaient d'abord entendre parler que de douze mille hommes." Je ne pôiftrai pas les nourrir, dit-il , mais j'en veux enrôler soixante mille, et je vous réponds qu'alors ils ne mourront pas de faim; c'est comme ça que nous sommes devenus soldats de Wallenstein. LE SERGENT MAJOR. Par exemple , quelqu'un qui , sur les cinq doigts de la main droite me couperait le plus petit, pen- sez-vous qu'il m'aurait seulement ôté un doigt? SCÈNE XL 37 Non, de par tous les diables, je serais privé de toute ma main , ce ne serait plus qu'un moigp^n qui ne serait bon à rien ! Eh bien , ces huit mille che- vaux qu'on veut envoyer en Flandres , c'est le petit doigt de l'arme'e ! Qu'on nous les ôte, vous conso- lerez-vous, en disant, ce n'est que le cinquième de l'armëe? Adieu le tout; l'ensemble de la ma- chine tombe : la crainte , le respect , la terreur, tout s'en va. Le paysan commencera à relever la tête; la chancellerie de Vienne recommencera à régler nos cantonnemens , h taxer nos repas et tout leur ancien train : et il ne se passera peut-être pas long-temps avant qu'ils nous ôtent notre gé- néral. Ils ne le voient déjà pas de trop bon œil à la cour. Alors tout se détraquera absolument. Qui aura soin de nous faire avoir notre argent? qui s'occupera qu'on nous tienne les engagemens pris avec nous ? qui aura la force , le génie , la main assez ferme, et l'esprit assez habile pour gouverner et maintenir cette armée composée de toutes pièces? Par exemple , toi , dragon , réponds - moi ; de quel pays es-tu? PREMIER DRAGON. Je suis venu de loin, ici; je suis d'Irlande. LE SERGENT MAJOR, aux deux cuirassiers. Vous , vous êtes Wallon , je le sais ; et vous Italien , ça se connaît à votre accent. PREMIER CUIRASSIER. « Qui je suis? Ma foi je n'ai jamais pu le savoir; JQ suis un enfant volé, quand j'étais tout jeune. 38 LE CAMP DE WAILENSTEIN, $t taik^ n'es pas pou plus du yaisinage? PREMIER ARQUEBUSIER. Je suis de Bachau^ sur le lac feder. BE SERGENT BfAJOR. Et toi , camarade ? SECOND ARQUEBUSIER. Jç viens de la Suisse. LE SERGENT M.AJOB, au second chuieer. Et de quel pays es-tu , toi chasseur ? SECOND CHASSEUR. Moi, j'ai mes parens à Wism^r. XiB SERGtSNT MAJOR, montrwt le trompette. Et toi et moi nous sommes d'Égra. Qui croirait pour- tant que nous avons tous été pousses et ballottes du Nord au Midi ? Est-ce que nous ne semblons pas tous laits du même bois? est-ce que nous ne sommes pas serre's l'un contre l'autre devant l'ennemi? est-^e que nous ne sommes pas tous unis et fondus ensemble? Tout s'engraine et s'ajuste à la parole et au comman- dement, ni plus ni moins que les dents d'une roue de moulin ; et qui nous a tous façonnés de façon qu'on ne voit plus de différence enti^e nous? Quel autre que Waîlenstein ? PREMIER CHASSEUR. De mes jours ça ne m'était tombé dans l'esprit , et j'allais mop chemin s^ns jH*endre gardç àk la manière dont nous somm^ arrangé». SCÈNE XI. 39 PREMIER CUIRASSIER. Je suis là-dessus du même sentimenit que le cama- rade. On voudrait ronger le militaire jusqu'aux os ; oifvoudrait tenir la main haute aux soldats ; ces gens- là voudraient qu'il n'y en eût que pour eux à com- mander. C'est un complot, une conjuration. LA CANTINIÈRE. - Une conjuration ! ah , mon Dieu , est-ce que ces messieurs ne pourraient plus me payer après ? LE SERGENT MAJOR. Sans doute, ce serait la banqueroute totale. Beau- coup des commandans et des ge'néraux soldent leur régiment de leur propre bourse; ils veulent par-là se faire remarquer, et ils veulent faire au delà de leurs moyens , parce qu'ils pensent que ça leur attirera de grandes be'nédictiôns. Si le chef, si le duc vient à tomber, ils en seront pour leur argent. LA OANTINIÈRE. Ah ! mon sauveur, ce serait une malédiction; j'ai plus de la moitié de l'armée sur mon livre de compte. Le comte Isolani , ce mauvais payeur , y est encore pool* deux cents écus à lui tout seul. PREMIi;R CUIRASSIER. Qu'est-ce qu'il y a à faire à cela, camarades. Tant que nous serons unis , ils ne pourront nous faire' de mal. Continuons à ne faire qu'un, et laissons-les faire tous leurs règlemens , et toutes leurs ordonnances ; restons fei^me plantés en Bohême ; ne cédons pas , il ne faut pas marcher ; maintenant le soldat combat pour son honneur. 4o LE CAMP DE WALLENSTEIN, SECOND CHASSEUR. Ne nous laissons pas mener à travers le pays. Qu'ils viennent seulement^ et ils verront. - PREMIER ARQUEBUSIER. Cher camarade^ réfléchissez donc à ça. C'est la volonté et l'ordre de l'empereur. LE TROMPETTE. Nous nous soucions bien de l'empereur. PREMIER ARQUEBUSIER. Dieu me garde d'entendre un pareil propos. LE TROMPETTE. Ça est pourtant comme je l'ai dit. PREMIER CHASSEUR. Certainement, certainement. J'ai toujours entendu dire que c'était à Friedland $eul à commander ici. LE SERGENT MAJOR. Oui y ça est vrai. C'est là son droit et ses conditions « Il a pouvoir absolu, comme vous devez savoir, de conduire la guerre ou de conclure la paix. 11 peut confisquer argent et domaines, pardonner ou faire exécuter ; il nomme les officiers et les colonels , en un mot, il a tous les privilèges souverains : il les tient de la propre main de l'empereur. PREMIER ARQUEBUSIER. Le duc est sûrement puissant et bien habile ; mais ^^ au bout du compte, il n'est, comme nous, qu'un su- jet de l'empereur. SCÈNE XL . * 4i LE SERGENT MAJOR. Comme nous tous? oh que non ; vous n'y enten- dez rien : il est prince libre et immédiat de l'empire , tout comme le Bavarois. Est-ce que je n ai pas vu moi-même , quand j'étais de garde à Brandeis , com*- ment l'empereur lui permettait de se couvrir devant lui^ comme prince? PREMIER ARQUEBUSIER. Oui , k cause du pays de Meklembourg que l'em- pereur lui a donné en gage. < PREMIER CHASSEUR, au sergent major. Comment ! en présence de l'empereur ? Voilà qui est particulier et surprenant. LE SERGENT MAJOR, fouillant dans sa poche. Si vous ne voulez pas m'en croire sur ma parole, je vais vous faire toucher la chose au doigt et à l'œil. (Il montre une pièce de monnaie.) Qu'est-ce que cette figure et cette inscription ? LA CANTINIÈRE. Montrer. Hé oui ! c'est un wallenstein. LE SERGENT MAJOR. Hé hieii, cela étant, que vous faut- il dé plus? N'est-il pas aussi bien prince que qui que ce soit? Pïe bat-il pas monnaie comme Ferdinand? N'a-t-il pas des sujets et un état? Ne s'appelle-t-il pas altesse? 11 peut donc bien avoir des soldats! PREMIER ARQUEBUSIER. Je ne vous dispute pas ça. Mais , enfin , nous sommes au service de l'empereur ! Qui nous paie ? C'est l'empereur. 4a LE CAMP DB WAtLÇNSTEiN, ' LE TROMPETTE. Ah ! pour ça , je vous 1^ nie en face. Qui ne nous paie pas ? C'est Tempereur. Ne nous promet-on pas notre solde depuis dix-huit mois , et toujours inuti-* lement? Allez ^ cet argent-là est en bonnes m^ins. PREMIER CUIRASSIER. Allons donc , la paix , camarades. Voulez-vous pas finir par vous battre ? Est-ce qu'il y a à se dis- puter pour savoir si l'empereur est notre maître ? C'est justement pour ça que nous voulons qu'on nous honore comme ses braves cavaliers , et qu'on ne nous traite pas comme un troupeau. Nous ne Yoiilons pas nou3 laisser conduire- et promenei^ par une pretraille de moine. Dites-le voi^s-mêmes : ça «e tourne-t^il pas au profit du maître , quand il a des soldats qui savent se tenir ? Qu'est-€e qui fait de lui un grand potentat ? c'est son armée. Pourquoi tient-il le haut bout dans la chrétienté ? à cause de ses soldats. Ceux qui reçoivent ses grâces , et qui dînent avec lui dans ses salons dorés, c'est-il ceux- là qui ont la charge? A nous autres , sa gloire et son éclat ne nous valent que de la misère et des coups ; mais aussi nous sommes des gens qui tenons à l'hon- neur ! SECOND CHASSEUR. Tous les grands tyrans et empereurs savaient bien ça 9 et l'ont sagement pratiqué ; ils auraient eu beau fouler aux pieds et écorcher \^ reste de la terre., leurs soldats les auraient portés aux nues. SCÈSPB XI. 43 >REM'IBK CmRASSIfiR. tJn soldat doit savoir se sentir; et celui qui ne sait pas se cénduire noblement et fièrement y aurait mieux fait de ne pas embrasser le métier. Si je risque légèrement ma vie , c'est qu'apparemment il y a quelque chose que j'aime mieux : ou bien donc , il faudrait se laisser égorger, comme un Croate; je me mépriserais. SECOND. CHASSEUR. w Qui y l'honneur va avant la vie. PREMIER CUIRASSIER. L'épée ne se manie pas comme la bêche ou la charrue ; il n'y a qu'un fou qui puisse en vouloir &ire un instrument de labour. Aucun épi ne croit , aucune moisson ne mûrit pour nous. Le soldat ne doit point avoir de patrie; il doit errer à l'aventure * sur la surface delà terre, et ne jamais se réchauffer à son propre foyer. Il faut qu'il ne voie que de loin , et sans s'arrêter, la pompe des villes, la joie des villa- ges, les vertes prairies, la vendange et la moisson. Dites-moi, si le soldat ne s'honorait pas lui-même, que posséderait -il? que vaudrait-il? Il faut bien qu'il tienne à quelque chose; sans quoi, il ne serait qu'un assassin, un brûleur de maisons. PREMIER ARQUEBUSIER. Ah ! Diçu le sait, c'est une misérable vie. « ■' PREMIER CUIRASSIER. Je ne la changerais pour aucune autre, voyez- vous. J'ai bien couru le monde , j'ai essayé de tout. J'ai servi la monaj^chie espagnole , la république de 44 LE CAMP DE WALLENSTETN, Venise et le roi de Naples ; mais la fortune ne m'y fut jamais favorable. J'ai vu le marchand et le noble, le manœuvre et le moine ; et parmi tous ces habits , il n'en est aucun qui m'ait plu autant que ma cui- rasse de fer. PREMIER ARQUEBUSIER. Ah! je n'en puis pas dire autant. PREMIER CUIRASSIER. Celui qui veut faire son chemin dans le monde , il faut qu'il se donne du mouvement et de la peine. S'il veut parvenir aux grands honneurs et aux digni- tés , il faut qu'il se soumette à porter uu joug dore. S'il veut jouir de la bénédiction paternelle , et vi- vre au milieu de ses enfans et de ses neveux, alors qu'il exerce en paix un honnête métier. Moi, je n'ai aucun goût à cette vie-là. Je veux vivre et mourir in- dépendant ; je ne veux ni hériter de personne, ni rien dérober à qui que ce soit , et du haut de mon cheval regarder en pitié toute cette race. PREMIER CHASSEUR. Bravo ! voilà justement comme je suis. PREMIER ARQUEBUSIER. Vraiment ! Oui , c'est assez agréable de marcher , comme cela, sur le corps de, tout le monde. PREMIER CUIRASSIER. Camarade, les temps sont durs, et ce n'est plus la balance de la justice qui règle l'épée. Personne ne peut me blâmer de m'être mis du parti de l'épée. Je veux bien faire la guerre avec humanité, mais je ne veux pas laisser prendre m% peau pour un tambour. scènï; XI. 45 PREMIER ARQUEBUSIER. A qui la faute , si nous autres soldats nous vexons et maltraitons le bourgeois. La cruelle guerre, la misère et tous les fléaux durent déjà depuis seize ans. PREMIER CUIRASSIER. Camarade, le bon Dieu qui est là haut ne favorise pas tout le monde à la fois. Les uns demandent du soleil , qui fait tort aux autres. Celui là veut de la sé- cheresse, celui-ci veut de la pluie; quand tu parles de misère et de fléaux , moi je trouve que ce sont les plus beaux jours de ma vie. Il en coûte au bourgeois et au paysan, et j'ai ma foi pitié d'eux, mais je ne puis rien changer à ça, voyez-vous. Tout ceci res- semble justement à une charge de cavalerie. Les chevaux sont lancés à bride abattue, tombe qui vou- dra au milieu delà course; fût-ce mon frère ou mon enfant chéri, quand ses cris me fendraient le cœur, il faut que je lui passe sur le corps; je ne peux pas descendre pour le porter doucement à côté. PREMIER CHASSEUR. Eh ! certainement, est-ce qu'on se soucie de quel- qu'un? PREMIER CUIRASSIER. Et ! puisque les choses sont arrangées de façon que Foccasion rit maintenant aux soldats , saisissons-la à deux mains. On ne sera pas long-temps avant de vouloir nous l'enlever. La paix arrivera un beau matin et mettra fin à tout ceci. Ce sera au soldat à débrider, au paysan à atteler; et les choses repren- dront leur vieux train, avant seulement qu'on ait eu le temps d'y penser. Nous sommes à présent rassem- E 4 46 LE CAMP DE WALLENSTEIN, blës ici y et nous tenons encore le bon bout ; ne nous laissons pas disperser y parce qu alors on dous tien- drait la dragée haute^ «PREMIER GHA^SÈt^'A. Non, il faut que cela ne soit jamais; allons, tenons- nous fermes et unis. âECOÏÏD CHASSEUR. Oui, il âous faut ptendfe uti f>arti; écbutfez àoùc. PREMIER ARQUEBUSIER, tirant une bourse de cuir, et parlant à la cantinière. Ma commère, qu est-ce que je dois? LA CAIÏTINIÈRE. Ah ! Ce n'est pas la peiae d'en parler^ (^cofttéteiit. ) LE TROMPETTE. Vous faites bien de vous en aller , car inous n'êtes pas faits pour notre société. (Les arquebusiers s'en vont.) PREMIER GUIBASSIER. C'est ma foi dommage; car du reste ce sont de bra- ves gens. ^ PREMIER GHASSEtJR. Ça a une façon de penser, comme un garçon bou- langer. SECOND CHASSEUR. A présent que nous voilà entre nous, toyOns com- ment nous empêcherons ce complot. . LE TROMPETTE. Comment;^ Nous refuserons de marcher. PREMIER CUIRASSIER. Rien contre la discipline, camarades; que chacun SCÈSÈ XI. 4, retouirti'e à fiDti corps , qu^ii raconte çâ à ism càmàï^a-^ des^ ràisontti^ldemetit > de façon cju'ils compretinefit et voient bien la chose. Il ne fkut rien risqua àé plus que ça. Moi je vous réponds des Wallons; touf; pensent comme moi. LE SERGENT MAJOR. Les rëgimens de Tersky, à pied et à cheval, sont tous bien résolus. SECOND CtitRÂSSIER, au ]^rëlhi«r. Le Lombard ne se séparera pas du Wallon. PREMIER CHASSEUR. La liberté est Félément d'un chasseur. SECOND CHASSEUR. Pour avoir la liberté, faut avoir la forcé. Je v€ux vivre et mourir pour Wallènstein. PREMIER TYROLIEN. Le Lorrain suivra le fil de l'eau, et se mettra du parti des bons enfans, et des braves camarades. LE DRAGON. L'Irlandais se règle sur l'étoile du bonheur. SECOND TYROLIEN. Le Tyrolien ne connaît que son général. PREMIER CUIRASSIER. Il faudra donc que chaque ï^égiment fiisàe écrire un beau mémoire , et déclare qu'il ne veut pas être détaché des autres; qu'on ne pourra ni par force, ni par adresse nous séparer de Wallènstein , qui est le père du soldat. On présentera respectueusement ce mémoire à Piccolomini, au fils, %'eutend,* il 48 LE CAMP DE WALLENSTEIN, connaît bien toutes les affaires ; il a du crédit auprès de Friedland , et il est aussi dans une bonne passe à la cour^ chez l'empereur. SECOND CHASSEUR. Allons f c'est dit , tout est bien convenu ; Piccolo- mini sera notre orateurl LE TROMPETTE, LE DRAGON, LE PREMIER CHASSEUR, LE SECOND CUIRASSIER, LES TYROLIENS, ensemBle. Ficcolomini sera notre orateur. ( Us yealent t'en aller. ) LE SERGENT MAJOR. Encore un verre , camarades ( il boit), à la santé de Ficcolomini. LA GANT IN 1ÈRE apporte une bouteille. Nous ne mettrons pas ça sur la coche , je vous le donne de bon cœur; allons ^ bon succès^ messieurs. PREMIER CUIRASSIER. Vive le militaii*e ! SECOND CHASSEUR. Crèvent les bourgeois ! DRAGONS ET TYROLIENS. Vive l'armée ! LE TROMPETTE ET LE SERGENT MAJOR. Et que Wallenstein la commande toujours. SECOND CUIRASSIER, cliante. Allons , camarades , à cheval ! à cheval ! Courons aux champs , à la liberté ; En campagne l'homme vaut encore quelque chose : Là il montre s'il a du cœur ; V S€ÈNE XI. 49 Là aucun ne peut «e faire remplacer y Il faii)| soi-Hoa^e j payer de sa penonne. ( Les soldats qui étaient au fond du théâtre se sont approcUs pendant le couplet et ré- pètent en flbcMfr les derniers rerst ) ' LE DRAGON. La liberté a disparu du monde ; On ne voit plus que des maîtres ej des esclaves : La fausseté et la fourberie régnent Parmi la lâche race humaine. Celui qui sait regarder la mort en face , Le soldat seul, est un homme libre. PREMIKR CHASSEUR. Il a rejeté loin de lui les embarras de la vie ; Il n'a plus de crainte ni de soucis k avoir : Il galope hardiment à Tencontre de son destin. S'il l'évite aujourd'hui , il l'atteindra demain ; Et puisqu'il succombera demain , qu'au jourd'hai Il boive jusqu'à la lie le précieux calice de la vie. f On remplit de nouveau les verres, Ton trinque et Ton boit. ) LE SERGENT MAJOR. C'est le ciel qui s'occupe à régler son sort joyeux ; Il n'a besoin de se donner ni soin , ni peine. Le manœuvre cherche dans le sein de la terre , Et croit y trouver un trésor : Il bêche, il pioche toute sa vie , Il bêche jusqu'à ce qu'il ait creusé sa fosse. PREMIER CHASSEUR. Le cavalier et son cheval rapide Sont des h6tes redoutés. Les flambeaux de l'hymen illuminent le château; Il arrive sans être invité , Il ne demande pas long-temps , il n'offre point d'argent , Au milieu de la tempête , il ravit le prix de l'amour. ToM. II. 4 5o LE CAMP DE WALLENSTEÎN, SCÈNE XL 3.EG0ND CUIRASSIER. Pourquoi pleure la jeune fille ? pourquoi sëche^t-elle de chagrin ? Laisse-le courir , laisse-le courir , Il n'a aucun domicile sur la terre ; Il ne peut conserver un amour fidèle. Le destin rapide le pousse toujours y Et ne lui laisse de repos en aucun lieu. PREMIER CHASSEUR. (Ilpreadsetdeax voiaiiupar la main; les autres rimitent. Tout ceus: qui ont parlé forment un large demi-cercle. ) Allons , camarades , bridons les chevaux. La poitrine respire à l'aise dans le combat : La jeunesse fermente , la vie p^le ; Allons , avant que l'esprit s'évapore ; Et qui ne ris^e pas la vie , Ne ifoit pas jouir de la vie. (La toiU tomlw pendant qae le cœur répète le refrain. ) FIN. LES PICCOLOMINI, EN CINQ ACTES. 1 PERSONNAGES. WALLENSTEIN , duc de Friedland , généralissime dçs arméeai de l'empereur dans la guerre de trente ans. , ^ OCTAVIO PICCOLOMINI , lieutenant général. MAX PICCOLOMINI , son fils , colonel d'un régiment de cui- rassiers* LE COMTE TEKZKY , beau-frëre de Wallenstein , comman- dant de plusieurs régimens. ILLO , feld-maréchal , confident de Wallenstein. ISOLANI , général des Croates. BUTTLEli , ch^ d'iin fégipient de 4ragpiv. TIEFÈNBACfl, ] DON MARADAS, f ^, , w n ♦ ^ - > Généraux sous Wallenstein. COLALTO , J LE CAPITAINE NEUMANN , adjudant de Terzky. LE CONSEILLER DE GUERRE QUESTENBERG, envoyé de l'empereur. BAPTISTE SENI , astrologue. LA DUCHESSE DE FRIEDLAND , femme de Wallenstein. THECLA , princesse de Friedland , sa fille. LA COMTESSE TERZKY , sœur de la duchesse. UN CORNE'^'TE. LE SOUMELIER DU COMTE TERZKT. PAGES ET SERVITEURS DE FRIEDLAND. SERVITEURS ET MUSICIENS DE TERZKY. PLUSIEURS GÉNÉRAUX ET COLONELS. A LÉS PICCÔLOMINI. ■ ■■■■■■■«■a ■■■■■•»■ « m^^Am»A^^^^^^^^^^^y, ^ ^ ^ ^,^,^^^^^^ f^ ^ ^H ^ ^^^^^ ^ ^ ^ ^^^ ^ ^^^ , y^ ^^, y| ^ ^,^ ^ ^^^^^^^^^ ^ ^,^ ^ ^^,^^ ACTE PREMIER. Le tliéâtre représente une salle gothique de l'hôtel de ville de {^ilsen ; elle e^ décorée par des drapeaux et des instrumens de guérite. SCÈNE PREMIÊ&E. ILLO, BUTTLER et ÏSOLANI. ILLO. V ous arrivez tard ; mais cependant tous arri- vez, et la graode distance etcuseTofre iretard, comte isolani. ISOLANI. Oui, noQS arrivons ; mais non pas tes mains Yides. Nous avons appris à Donawerth qu'un transport suédois était en route , et portait des vivres dans six cents chariots a peu près. Mes Croates l'ont en- levé , et nous l'amenons. ILLO. ïl vient fort à propos pour nourrir tout ce grand rassemblement. - 4 54 l-ES PICCOLOMINI, BUTTLER. n y a beaucoup de mouvement ici^ à ce que je vois? ISOtANI. Oui, oui; les églises mêmes sont remplies de sol- dats ( il regarde alentour. ) Je vois que vous vous êtes déjà fort bien établis dans Thôtel de ville. Main- tenant , que le soldat s!arrange et se place comme il pourra* ILLO. Les colonels de trente r^gimens se trouvent déjà rassembles. Vous trouverez iciTerzki, Tiefenbach, Colalto, Gotz, Maradas, Hinnersam, et puisPicco- lomini le père et le fils ; vous allez retrouver beau- coup d anciens amis. Il ne nous manque plus que Gallas et Altringer. BUTTLER. N'attendez pas Gallas. ILLO tnrpris. Comment sauriez vous . . . ISOLANI Tinterrompt. Max Ficcolomini est ici? Ah! menez-moi vers lui, je le vois encore ; il y a maintenant dix ans , nous combattions contre Manfeld , à Dessau : il lança son cheval par-dessus le pont pour aller secourir son père qui était en danger dans le courant rapide de TElbe. Un léger duvet couvrait à peine son menton. Aujourd'hui il doit être un guerrier achevé. ILLO. Vous le verrez aujourd'hui. Il ramène de Carin- thie la duchesse et la princesse sa fille ; ils arriveront au milieu de la journée. ACTE I, SCÈNE L 55 BUTTLER. Le prince fait venir aussi sa femme et sa fille. Il réunit beaucoup de monde ici. ISOLANI. Tant mieux. Je ne comptais entendre parler que de marches , de batailles et d attaques ^ et Toilà que le duc a soin de nous réjouir la vue par d'agréables objets. ILLO, qui a paru pensif, à Buttler qu*il a tire un peu k part. Comment savez-vous que le comte Gallas ne yien-* dra pas ? BUTTLER à'nn air sîgaificatif. Parce qu'il a cherché à me retenir aussi. ILLO, avec cbaleur. Et TOUS êtes resté ferme ? ( // lui prend la main. ) Brave Buttler I BUTTLER. Après les dernières obligations que j'ai encore au prince!.... ILLO. Ah I oui^ général major ! je vous félicite. IS0LA19I. C'est le régfment que le prince lui a donné qu'il faut féliciter. C'est le même, m'a-t-on dit, où vous avez toujours servi, à commencer par être cavalier ; cela n'estr-il pas vrai? C'est un encouragement et un exemple donné à tout le corps , de montrer qu'une fois, un digne militaire a pu faire son chemin. BUTTLER. Je suis embarrassé de recevoir vos complimens. L'assentiment de l'empereur manque encore. 56 LESPICCOLOMINI, ISOLANI. Allez f recerez-les ; la main qui voas a porté là est bien assez forte pour tous y maintenir ^ en dé- pit de l'empereur et de ses ministres. ILLO. Si ûoua ftviona tous les mêmes scrupules ! Tempe-* reur ae nOus accorde rien : tout ce que nous avons^ tout ce que nous espérons , tout, nous vient du duc. - ISOLANI, ÀHlo. Youà ai-je raconté, mon cher ami , que le prirtce se chargeait de satisfaire mes créanciers ? Il veut à l'avenir être mon caissier , et faire de moi un homme rangé ; et c'est pour la ti'oisîème fois , songez-y, qu'a- vec une générosité royale , il me sauve de ma ruine et fait honneur à mes affaires. ILLO. S'il pouvait seulement faire tout à son gré/ il donnerait à ses soldats des domaines et des vassaux ; mais à Vienne ils lui enchaînent sans cesse les mains , et lui rognent les ailes ; et makitenant voyez toutes les nouvelles, toutes les belles prétentions qu'apporte ici ce Questenberg. » BUTTLBR. Je me sub laissé raconter ces prëtenlions de la eour; maisj espère que le duc né fiéchira sur aucun point* ILLO. Sur les droits de sa place , assurément non j mais sa place ? BUTTLEfl ii&axiii Savea&-vous quelque chose? Vous m'effrayes. dfiOhai^iii^ ACTE I, Scène» IL 57 I9OLANI, 8ur-te-châmp. Nous serions tons tuinéô. ILLO. Brisons là-dessus. Je "rois notre homme qui yieiit avec le lieutenant général Fieeolomînl. BUTTLER, secouant h fdte d'«n aiv iiMfaitft. Je crains que nous ne piarttons d'ici comme n6us en sommes venus. SCÈNE IL tes précédens, OCTAVIO, PtCCOLOMINl, QUES- TÈNBERG. OC TA. V I O , encotè daùs Fâoignemeat . Eh quoi î encore de nouveaux arrivés ! Avouez , ami , qu'il fallait cette déplorable guerre pour voir rassemblés à la fois autant de héros couronnés de gloire, qu'en renferme l'enceinte de ce camp. QUESTENBERG. Celui qui veut juger sévèrement la guerre , ne doit pas venir visiter le camp de Friedland. En voyant le génie de Tordre sur lequel se fonde le pou- voir de ce dévastateur du monde; en voyant les grandes choses qui en résultent , j'ai presque oublié que la guerre était un fléau. OCTA^tlO. Les deux braves que vorts voyez ici complètent dignement cette assemblée de héros. Cest le comte 58 LES PtCCOLOMINL Isolani et le colonel Buttler. Maintenant tout l'ap- pareil militaire a passé sous vos yeux. ( Il présente Isolani et Buttler.) Voici la promptitude, ami ; et voilà la fermeté. QUESTENBERG, ii OcUvio. Et entre elles la sagesse expérimentée. OGTAVIO, montrant Questenberg à chacun des autres. Nous honorons dans cet hôte illustre le chambel- lan et conseiller Questenberg, porteur des ordres de l'empereur, patron et protecteur des soldats. (Tout le monde se tait. ) ILLO s'approcbe de Questenberg. Ce n'est pas la première fois, seigneur ministre, que vous honorez le camp de votre visite. QUESTENBERG. Déjà une fois, je me suis trouvé devant ces dra- peaux. ILLO. Et vous souvenez-vous en quel lieu? C'était à Znaïm en Moravie, où vous vîntes, envoyé par l'empereur, pour supplier le duc de reprendre le commandement. QUESTENBERG. Pour supplier, seigneur général? Ma mission ni mon zèle n'allèrent pas si loin, si je m'en souviens bien. ILLO. Et bien pour le forcer, si vous l'aimez mieux. Je m'en souviens fort bien. Le comte de Tilly venait d'être battu sur le Lech ; la Bavière était ouverte aux ennemis ; rien ne pouvait les empêcher de pénétrer jusqu'au cœur de l'Autriche; alors, Werdenberg et y ACTE I, SCÈNE II. 69 vous vîntes trouver le général , Tassaillir de suppli- cations , le menacer de la disgrâce de l'empereur s'il n'avait pas pitié du triste état des choses. I6OLAKI s'ayançmt. Oui, oui y seigneur ministre , on conçoit comment dans votre mission d'aujourd'hui, vous pouvez oublier votre mission d'alors. QUESTENBERG. Et pourquoi l'oublier? elles ont entre elles plus d'un rapport. Alors il s'agissait d'arracher la Bohême des mains des ennemis; aujourd'hui il s'agit de l'af- franchir de ses gardiens et de ses défenseurs. ILLO. Bel emploi ! Après qu'au prix de notre sang nous avons chassé les Saxons de la Bohême , on veut , en reconnaissance y nous renvoyer du pays. QUESTENBERG. Cette malheureuse contrée aurait-elle seulement échangé un malheur pour un autre? Il faut qu'elle soit affranchie également et des fléaux qu'elle doit à ses amis, et de ceux qu'elle doit à ses ennemis. ILIiO. Et quoi? L'année a été bonne. Le paysan peut bien contribuer un peu. ^QUESTENBERG. Oui, monsieur le maréchal, elle a été bonne pour le pacage des troupeaux sur les terres en friche. ISOLANI. La guerre sert à entreteqir la guerre. Si Tempe- 6© tES PICCOLOMINI, retir pëtâ àéi paysans, il y gagne d'autant plus de àoldfilts. Et le nombre de ses sujets diminue aautant. ISOLANI. Et ne sommes^nous pas tous ses sujets ? QUESTENBERfr. Avec cette différence , monsieur le comte , que les uns par leur active industrie remplissent les coffres, et que les autres ne s'entendent qu'à les vider. L'ë- pée a appauvri l'eBopereur , et c'est la charrue qui lui rend sa force et sa puissance. BUTTLER. L'empereur ne serait pas pauvre , si tant de satig- sues ne suçaient pas la sulistance de ses pi^otinces. ISOIANI. Les choses ne vont pas encore si mal. ( Ils'aifance et mofUre Vhabit de Quesienberg. ) Je tois que tout l'or n'est pas encore monnoyé. QTTESTENBERÔ. Grâce à Dieu , il en est encore quelque peu qui jsl échappe aux mains des Croates. ILLO. Eh bien! qu'un Slawata, un Martinitz, sur les- quels l'empereur, au grand déplaisir de toute la Bohême , accumule ses bienfaits ; qui s'enrichissent de la dépouille des citoyens exilés; qui s'accroissent au milieu du désordre général; qui moissonnent seuls parmi les malheurs publics ; qui, par un luxe royal, insultent à là misère des provinces ; que ceux- ACTE h SCÈNE II. 6i là et leurs p^reib paient Ie$ frais de la guerre terril hhd, q^p s^ul^ iU mt ^UujQiee. BDTTLER. Eux, et ces parasites qui se nourrissent complai- samment à la table de l'empereur ; qui sont à Taffut de toutes les grâces , et qui veulent régler la dépense et retrancher ^nv h paift 4u spjd^t qui vit e» face de Tennemi. ISOLANI. Non , de p^a vie je n'oublierai Ip yoyage que je fis à Vienne il y a sept ans. J'y allais pour hâter 1% remonte de notre régiment. Comme il me prome- nèrent d'antichambre en antichambre , me laissant des heures entières au milieu de la valetaille , comme si j'étais venu pour mendier la charité. Enfin ils m'envoyèrent un capucin ; je crus qu'il me venait parler de vfie^ péchés ; c'était l'homme avec lequel je devais traiter de me& chevaux. Je m'en allai donc sans avoir pu régler mon affaire , et ensuite le prince m'arrangea en trois jours ce qu'en trente, je n'avais pu terminer à Vienne. QUESTENBEBG. Oui , oui , l'article s'est retrouvé dans les comptes , et nous avons encore à le solder; je m'en souviens. La guerre est un métier de rudesse et de violence. On ne peut la conduire avec des moyens de douceur, et il est imposi^ible de tout épargner. S'il fallait at- tendre, pour se décide?, que l'on eût à Vienne, entre trente malheurs, choisi le moindre, on atten- drait loqg-t^iaps. 'trancher les difficultés , voilà le 62 LES PICCOLOMINI, meilleur parti ^ et sauve qui peut. Les hommes en général s'entendent fort bien à rajuster et réparer toutes choses , etils s'arrangent beaucoup mieux de supporter une dure nécessité , que d'avoir à faire un triste choix entre plusieurs maux. QUESTENBERG. U est vrai que le prince nous épargne l'embarras du choix. ILLO. Le prince a un soin paternel des soldats , et nous voyons les sentimens de l'empereur pour eux. QUESTENBERG. L'empereur porte un amour égal à chaque condi*- tion^ et ne pense pas immoler l'une ^ l'autre. ISOLANI. C'est pour cela qu'il veut nous renvoyer au désert avec les bétes féroces , afin de mieux conserver ses chers troupeaux. QUESTENBERG, avec raUlerie. Monsieur le comte , cette comparaison est de vous^ non pas de moi. ILLO. Si cependant nous étions tels que la cour s'ima- gine^ il serait dangereux de nous donner la liberté. QUESTENBERG, avec i^ravittf . Cette liberté est usurpée et non pas donnée. Aussi ce qui est nécessaire , c'est ^e lui mettre un frein . ILLO. Le cheval est farouche^ on doit le savoir. ACTE I, S.€ÈSKll. 63 Un meilleur cavalier saura le dompter. ILLO. Il ne porte que celui-là seul qui Fa apprivoisé. QUESTBNBERG. Quand il est dompté^ il obéirait à un enfant. ILLO. Pour Tenfant^ je sais qu'on Ta déjà choisi. QUESTENBERG. Inquiëtez-vous de votre devoir et non pas du nom de votre chef. BUTTLER, qui jusqu*alon s'est tenu à Tëcart avec Piecolomini , en prenant toutefois un intérêt visible à la conversation , s'approclie. Monsieur le président , l'empereur tient en Alle- magne une armée considérable. Trente mille hom- mes sont cantonnés dans ce royaume; la Silésie en contient seize mille; dix régimens sont sur le Wéser^ le Rhin etle Mein; en Souabe six mille hommes^ en Bavière douze mille tiennent tête aux Suédois. Je ne compte pas les garnisons qui défendent les places fortes des frontières. Tout ce peuple de soldats obéit aux généraux de Friedland. Ces commandans sont tous nourris à la même école , ont sucé le même lait^ sont animés d'un même cœur j ils vivent éjtrangers sur la surface du sol , ne connaissent d'aut^L^e foyer domestique, d'autre toit paternel que l'armée. Ce n'est pas l'amour de la patrie qui les excite , car plus de mille sont, comme moi,. de naissance étrangère. Ce n'est pas non plus leur attachement pour l'empereur, car la moitié de nous est arrivée en désertant du ser- 64 ' LES PICCOtOMlNI, vice étranger , et il leur est iadifférent de combattre sous l'aigle impériale, sous }es jiéopards qu Les Us. Cependant un seul homme les tient tous dans sa main puissante, les gouverne par l'amour et par la crainte , et en forme un même peuple ; et de même que Té- tincelle de la foudre parcourt rapidement l'aiguille qui la conduit , de même et plus vite encore , le com-t mandement du général gpuverne depuis les avant- postes éloigpés qui^ d^ns les dunes, entendent mugir les flots de la Baltique , ou qui voient les fertiles val- lées de TAdige, jusqu'àrla sentinelle dont la guérite est placée à la porte du palais de l'empereur. - QUESTENBERG. Et quel est le sens abrégé' de ce long discours ? 9ÇTTLEII. Que le respect , l'amour , la confiance qui nous soumettent à Friedland, ne se transporteront pas au premier venu qu'il plaira à la cour de nous envoyer. Nous conservons encore un souvenir fidèle de la ma- nière dont le commandement est venu aux mainç de Friedland. L'empereur lui donna-t-il une armée toute formée ? S'agissait-il seulement de choisir un général à des soldats déjà rassemblés ? Non , il n'y avait aucune armée , il fallut d'abord que Friedland la créât ; il ne la reçut point l'empereur, il la lui donna. Ce n'est pas de l'empereur que nous tenons Wallenstein pour général; non, non , ce n'est pas de lui : mais c'est Wallenstein qui a fait l'empereur notre souverain. C'est lui, lui seul qui nous retient sous ces drapeaux. ACTE I, SCÈNE ÎL 65 OCTAYIO s'avance entre eux. Songez, monsieur k conseiller, que vous êtes au milieu d'un camp, parmi des guerriers. La liberté, l'audace/ sotnt lé oaractère' du soldat. Pourrait^ il combattre avec te'niérité, s'il n'osait parler avec im- prudence ? L'un excuse l'autre. ( Montrant Buitler. ) L'audace de ce digne officier %e méprend aujourd'hui dans $on objet, mais elle a sauvé à l'empereur sa capitale de Prague , au milieu d'une sédition terrible de la garnison , dans un moment où l'audace était le seul moyen de salut. ( On entend une mosiqaa guerrière dans Tâolgnement. ) ILLO. Ce sont elles , la garde les salue. -^ Ce signal nous apprend que la princesse est arrivée. OCTâVIO, à Questanberg. Mon fils est aussi de retour. C'est lui qui est allé les chercher en Cariadiie pour les conduire ici- iSOtANI, àHlo. Allons-nous ensemble les saluer ? ILLO. Oui, sortons. Venez, colonel Buttler. {A Octavio.) Souvenez-vous que nous devons encore nous re- ti'ouver à midi chez le prince avec monsieur le conseiller. TOM. IV. 66 LES PICGPLOMINl» SCÈNE III. OCTAVIO et QUESTENBERG qui sont demeures. QUESTENBERG, avec ëtonaameat. Que m'a-t-il fallu entendre y général ? Quelle audace effrénée ! Que dois^je penser? si c'est là l'es* prit général... *^ OCTAVIO. Vous pouvez juger par -là des trois quarts de l'armée. QUESTENBERG. Malheur à nous! Où trouver une seconde armée pour contenir ceUe^-ci? Je crains cet lUo; ses pen- sées sont plus mauvaises encore que ses paroles. Ce Buttler , aussi , ne peut cacher ses coupables opi- nions ! OCTAVIO. Emportement y orgueil irrité y rien de plus ! Je ne désespère pas encorade ce Buttler : je sais comment conjurer ce mauvais esprit. QUESTENBERG plein d'inquiétude , et se promenant çà et U. Non ; cela est pire y bien pire^ ami , que nous ne l'avions imaginé à Vienne. Nous avions tout vu avec des yeux de courtisans, qu'éblouit l'éclat du trône. Nous n'avions pas encore contemplé ce grand capi- taine , ce puissant dominateur au milieu de son camp. Là tout se montre sous un autre jour ; là il n'y a plus d'empereur. C'est voire prince qui est l'em- pereur. La promenade que je viens de faire à vos côtés à travers ce camp renverse toutes mes espérances. itei^^ ACTE I, SCÈNE III. 67 OCTAVIO. Vous voyez maintenant vous-même combien est périlleuse la commission dont vous me chargez au nom de la cour , combien le rôle que je joue ici est difficile. Le plus léger soupçon du général pourrait me coûter la liberté et la vie j et ne servirait qu'à précipiter l'exécution de ses desseins téméraires. QTJESTEI7BERG. Âh! quelle fut notre imprudence, quand nous confiâmes Tépée à cet audacieux,, et que nous re- mîmes un tel pouvoir en de telles mains. L'épreuve était trop forte pour ce cœur qui cachait de coupa- bles pensées. Elle eût été dangereuse même pour l'homme le plus vertueux. Il refusera, vous dis-je, d'obéir aux ordres de l'empereur. Il le peut, et il le fera ; son arrogance impunie manifestera no- tre impuissance. OCTAVIO. Et croyez-vous que sa femme , sa fille , soient ar- rivées sans motif ici, dans le camp, précisément lorsque la guerre va commencer ? Il vient d'enlever de la puissance de l'empereur les derniers gages de sa fidélité ; on voit par-là que nous touchons à l'explosion de la révolte. QUESTENBERG. Malheur à nous ! Ah ! quel orage menaçant nous environne de toutes parts ! L'ennemi aux frontières, déjà maître du Danube, et faisant sans cesse de nouveaux progrès ; dans les provinces le tocsin de la sédition , le paysan en armes , l'esprit de mécon-- tentemént dans toutes les classes^ et l'armée dont 6ft LES PICCOLOMINI, nous attendions notre secours , égarée , intrai- table ^ rejetant toute discipline^ rompant ses liens avec l'état , avec Fempereur, conduite de vertige &a vertige^ redoutable instrument qui obéit aveugilë** ment au plus audacieux des hommes. OCTAVÏO. Ami f il ne faut pas se décourager trop tôt : il y a toujours plus de témérité dans les discours que dans les actions. Tel qui^ maintenant^ dans son zèle aveugle, paraît déterminé à toutes les extrér mités , quand il faudra en venir à une trahison dé- clarée , sentira tout à coup son cœur ébranlé ; en outre j nous ne sommes pas complètement sans dé* fenseurs. Le comte Altringer, vous le savez, et Gallas maintiennent encore dans le devoir leur petite armée , et chaque jour elle s'augmente. Wal- lenstein ne peut nous surprendre; vous n'ignorez pas que je l'ai entouré de mes espions. J'ai con- naissance de ses moindres démarches, il me les découvre de sa propre bouche. QUEST£NBERG% Il est inconcevable qu'il ne s'aperçoive point qu'un ennemi est à ses côtés. OCTAVIO. Ne pensez pas que , par un art mensonger, par une perfide complaisance , j'extorque sa faveut; ni que, par des discours hypocrites, je m'insinue dans sa confiance. La prudence et mes devoirs envers l'em- pire, envers l'empereur, me commandent de lui cacher le fond de mon cœur, mais jamais je n'ai employé de fausseté pour le tromper. ACTEI, SCÈNE III. % 4' QUESTENBERG. C'est une visible marque de la faveur du ciel. OCTAVIO J'ignore ce qui peut 1 attireir et rattacher si puis-» samment à mon fils et à moi. Nous avons toujours été amis^ fpèreç d aripesj l'habitude des dajagers cou- rus en commun nous avaient unis dès long-temps. Cependant je pourrais dire le jour oii tout à coup son cœur s'ouvrit à moi , oîi sa confiance commença à s'ac€roitre : c'était le matin de la bataille de Lul- zen. Ému par un triste rêve, j'allai le chercher, pour lui offrir un cheval pour lie combat; je lé trou- vai endormi sous un arbre à l'écart , et loin de nos tentes. Je l'éveillai, et lui dis ce qui avait traversé ' ma pensée. Il me regarda long-temps avec surprise , puis il se précipita dans mes brafe , et montra une émotion dont un service aussi léger n'était pas digne. De ce jour , sa confiance s'attacha de plus en plus à moi, à mesure que je lui retirais la mienne. QUESTENBERG. Ne mettrez-vous pas votre fils dans le secret? OCTAVIO. Non. QUESTEjVBERG. Quoi ! vous ne lui apprendrez point en quelles mauvaises mains il a mis sa confiance. OCTAVIO. Je dois le laisser livré à la pureté de ses senti- mens. La dissimulation est étrangère à son âme con- fiante. L'ignorance seule peut le maintenir dans cette / p 70 LES PICCOLOMINI, liberté d'esprit qui confirmera le duc dans sa sécu- rité* QUESTEIYBERG, soucieux. Mon digne ami, j'ai meilleure opinion du cdlonel Piccolomini. Cependant... voyez... songez-y. OCTAVIO. Oui y cela doit être pesë. Il vient ici. Silence. SCÈNE IV. MAX PICCOLOMINI, OCTAVIO PICCOLOMINI, QUESTENBERG. MAX. Ah ! il est ici. Je suis heureux de vous revoir , mon père. ( Il V embrasse f puis se retourne^ remarque Questenberg et se retire froidement. ) Vous êtes oc- cupe à ce que je vois ^ je crains de vous troubler. OCTAVIO. Et quoi! Max ^ approchez de notre hôte. Un ancien ami mérite vos égards. Rendez honneur à l'envoyé de l'empereur. MAX, sèchement. Monsieur de Questenberg , si quelque motif heu- reux vous amène au quartier général, soyez le bien- venu. QUESTENBERG lui prend la SMia. Ne retirez pas votre main , comte Piccolomini. Ce n'est pas les sentimens de moi seul que je veux ex- primer , et ce ne sont point de vulgaires complimens que je veux vous faire. ( // prend la main du père et ACTE I, SCÈN£ lY. 7, du fils )• Octavio. — Max Piccolomini j^ noms glorieux et d'heureux augure ^ jamais le destin de l'Autriche ne cessera d'être heureux tant que ces deux astres bienfaisans protégeront l'armée , et brilleront devant elle; MAX. Vous sortez de votre rôle^ seigneur ministre ; tous n'êtes pas venu ici pour distribuer des louanges^ je le sais. Vous avez été envoyé pour blâmer, pour &ire des reproches. Je ne veux avoir aiicun privi-- lége au-dessus des autres. OCTAVIO, à Max. U vient de la cour oit le duc ne jouit pas d'autant de faveur qu'ici. MAX. Et qu'a**t-on de nouveau à lui reprocher? U règle & lui seul les choses que lui seul connaît. En cela il fait bien y et il faut que cela soit ainsi ; il n'est pas fait pour se soumettre et obéir docilement à un au- tre : cela serait contre l'ordre de la nature et il ne le pourrait pas. U a reçu du ciel une âme souve- raine, et il occupe une place de souverain. Cest un bien pour nous qu'il en soit ainsi. U est si peu d'hommes qui sachent seulement se gouverner , qui sachent user* avec sagesse de leurs.facultés; c'est un bonheur pour tous qu'il se rencontre un seul homme qui puisse être le centre , le point d'appui de plu- sieurs milliers d'hommes. U est placé comme une colonne inébranlable à laquelle on s'attache aVëé joie et avec confiance : tel est Wallenstein. Un autt*e peut convenir mieux à la cour , mais pour le bien de l'armée , il faut que ce soit celui-là. 72 XES PICCOLOMINI, QUESTENBERG. De l'armëe ! oui , sans doute. MAX. Quel plaisir de le voir répandre autour de lui Iç mouY ement , la vigueur , la vie ! près de lui chaque faculté se manifeste , chaque force se révèle ; il fait paraître au jour la puis^uice. intérieure de chacun, il sait encore l'agrandir* Il ^«it faire raloir i chacun tout ce qu'il peut yalodr, en vaillant seulement à. ce que tous soient mis à leur vraie place. U destina tout homme à la place qui lui convient. • : jl}U.£aT£Jf B£a&. Et qui lui refuse l'art de connaître les hooimes et de les employer ? Mais dans sa puissance , il a entiè- rement oublié qu'il n'iest qu'un sujet , et il semblerait que son rang lui est donné par la nature. MAX. Cela n'est-il donc pas ainsi ? La nature lui a donne sa force; et de plus, elle l'a rendu capable d'accom- plir exactement sa destination^ et de se placer au commandement puisqu'il sait commander. QUESTENBBHG. : Ainsi, tout ce qui nous reste de pouvoir, est dû à sa généi'osité ! , Qh doit accorder une confiance extraordinaire ^ux hommes extraordinaires; laissez; -lui la earrière Q^uvertç, lui-même en posera le tertne. QUESTENBERG. L'expérience l'indique assez. ACTE I, SCÈKE IV. 73 ISA A. Comment ? vous vous effrayez de tout ce qui a de la profondeur , rien ne vous paraît bien que ce qui suit un cours vulgaire • OCTAVIO, i Questenberg. Ami , montrez-vous indulgent. — Vous ne deviez pas vous attendre à ce langage.. MAX. Est- on dans la détresse, on appelle le génie à son secours , et dès qtfil se montre, on s'effraie de lui. On veut que ce qui est distingue, ce qui est sublime, se conforme aux règles ordinaires. Dans la guerre , les circonstances sont pressantes; il faut voir par ses pro- . près yeux , agir de sa personne. Le gênerai a besoin d'avoir le inonde ouvert devant lui ; on doit le laisser vivre à son gré dans sa haute sphère. Il consulte Fo- racle vivant de son jgénie, et non point la science morte des livres , des vieilles ordonnances et des par- chemins poudreux. OGTAVIO. Mon fils , permettez à nous autres vieillards de ne pas estimer si peu ces ordonnances sévères. Elles sont d'une importance inestimable ; elles soumettent à leur joug la volonté désordonnée de l'Homme. Rien n'est plus redoutable que Tarbitraire t Tordre suit , H est vrai , une ligné tortueuse, mats il né s'écarte point de la route. La foudre , le boulet dans leur re- doutable cours, ne se détournent point, et par la Voie la plus prompte et la plus droite , ils atteignent le but ; pour le mettre en poudre , ils renversent tout sur leur passage. Mon. fils, le chemin qui convient y4 LES PICCOLOMINI, à rkomme , le chemin qui le conduit au bonheur , suit le cours du fleuve et les libres détours de la vallée; il passe le long des prairies, des coteaux et des vignobles; il respecte les bornes des héritages f il conduit plus tard , mais plus sdremeut au but. QUESTEUBERG. écoutez 'votre père , écoutez-*le. Il est à la fois et un héros et^un homme. OCTAVIO. Tu parles comme un enfant des camps , mon fils- Ta jeunesse a été form^ée au milieu d'une guerre de quinze années : jamais tu n'as vu la paix. La guerre n'est pas ce qu'il y a de plus noble au monde ; elle n'est qu'un moyen pour arriver à un autre but. Les effets grands et rapides de la force ^ les donnantes merveilles de l'occasion n'engendrent point le bon- heur , et ne produisent rien qui soit dui^able, pai- sible et solide. Le soldat construit avec hâte et promptitude des villes formées d'une toile légère; le bruit et le mouvement y régnent ^ des marchés y sont ouverts, les routes et les fleuves y apportent des marchandises y le commerce s'y empresse ; mais tout à coup on voit un matin disparaître les ten- tes .y . la horde pousse plus loin sa marche , et les champs demeurent dévastés et incultes comme un cimetière ; les moissons gisent écrasées y et la récolte de l'année est perdue. MAX. Âh ! que l'empereur nous donne la paix y mon père y et je quitte avec joie le laurier sanglant pour la première fleur que nous apporte le printemps y ACTE I, ScIlNE IV. 75 pour les parfums qu'exhale les premiers beaux jours de Tannëe. OCTAVIO. Que se passe-t-il en toi ? quelles impressions t'ont saisi tout à coup ? MAX. Je n'ai jamais vu la paix ? Si , mon père , j'ai joui de ce spectacle ^ et je viens de le contempler mainte- nant; ma route m'a conduit dans des conti*ëes oii la gueUre n'a pas encore pénétre — mon père , la vie a des charmes que nous n'avions jamais connus. Sem- blable à des pirates erràns entassés et renfermés dans un étroit navire ^ vivant barbares sur les dé- serts de l'Océan , ne connaissant de la terre que le fond de quelques baies où ils ont pris terre pour se livrer au brigandage ^ nous ne voyons que les rives les plus arides de l'existence humaine. Les tré- sors que recèlent les tranquilles vallons nous sont cachés , et dans nos courses sauvages nous n'avions pu les entrevoir. O C TAV I O , avec un œil d'olMerratiou. Et le voyage t'a donné ce spectacle ? BIAX. C'était le premier loisir de ma vie. Dites-moi quel sera le but et le prix du pénible labeur où se perd ma jeunesse , qui laisse mon cœur solitaire , qui éteint mon esprit privé de culture et d'ornement ? Le tumulte bruyant de ce camp , le hennissement des chevaux , le son de la trompette , le retour uni- forme des heures du service , les exercices guerriers , les paroles de commandement , il n'y a rien là qui 76 LES PificOLOMINI, puisse satisfaire un cœur avide de jouissance. L'âme n'est pour rien dans ces arides occupations. Ah ! il existe un autre bonheur, d'autres plaisirs. OCTAVIO. Combien tu as appris dans cette courte absence, mon fils ! MAX. Ah I quel beau jour, lorsque le soldat reviendra enfin à l'humanité , à la yie ! lorsque les étendards se déploieront pou^ guider une marche joyeuse, ^ur embellir le retour d'un cortège pacifique ! Tous les casques, toutes les armures, seront ornés de ver- dure , dernier larcin fait aux chajqlps. Les portes des villes s'ouvriront d'elles-mêmes j il ne se'ra plus besoin des efforts de l'artillerie pour les enfoncer ; l'enceinte des murailles sera couverte d'uiie foule d'habitans , et leurs cris de joie s'élèveront dans les airs. Les cloches de toutes les églises feront retentir leurs sons argentins, et annonceront que le jour du sang va finir. Une foule joyeuse se précipitera hors des villes et des villages , et leur amour em- pressé et tumultueux retardera la marche de l'armée. Le vieillard , heureux de survivre encore , prendra les mains de son fils qui revient : celui-ci , tel qu'un étranger , se' retrouve sur son héritage abandonné depuis long -temps ; l'arbre qu'il pliait autrefois comme un arc flexible , le couvre aujourd'hui de ses vastes rameaux; la jeune fille qui vient à lui en rou- gissant , il l'avait laissée, en partant, siur le sein de sa nourrice. Heureux celui qui peut alors être reçu et pressé doucement dans de tendres bras qui s'ouvrent pour le recevoir ! ACTE I, SCÈNE V. 77 QUESTENBERG ëmu. Ah ! c'est de ce moment, hëlas si éloigné , que j'aime à tous entendre parler, et non pas du temps présent, de ce que 1 on voit aujourd'hui. MAX, 86 retournant vers lui avec TÎvacittf. Et qui en est coupable, si ce n'est vous à Vienne? ' Je vous l'avouerai avec franchise , Questenberg , dès que je vous ai vu ici , je me suis senti oppressé de chagrin. C'est vous qui empêchez la paix; oui , vous. C'est le guerrier qui doit la conquérir. Vous rendez amère la vie du prince; vous semez tous ses pas d'obstacles ; vous le calomniez. Pourquoi? parce que le bonheur de l'Europe le touche plus que Ist posses- sion de deux ou trois arpens de terre que l'Autriche aura de plus ou de moins. Vous le traitez de rebelle; et Dieu sait si cela est vrai ! Vous lui reprochez d'épargner les Saxons ; c'est qu'il tâche de rendre quelque confiance aux ennemis : c'est le seul moyen d'avoir la paix ; car , si la guerre n'a point de re- lâche, comment pourra venir la paix ? Allez, allez, c'est parce que j'aime le bien , que je vous hais ; et je proteste ici que je verserai jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour lui , pour ce Wallenstein,^ et avant que vous puissiez vous réjouir de sa chute. (H tort.) 78 LES PICCOLOMINI, SCÈNE V. QUESTENBERG, OCTAVIO PICCOLOMINI. QUESTEKBERG. Ah, malheur à nous ! En demeurerons -nous là? {^Jvçc empressement et impatience. ) Ami y le laissons- nous sortir dans son erreur? Ne le rappelons - nous pas sur-le-champ pour lui dessiller les yeux? OGTAYIO MurUbt d'une pcofoilde rêverie. Il a ouvert les miens; et plus je regard^ i» plus je m'afflige. QUESTENBERG. Qu'est-ce donc ^ ami ? OCTAVIO. Maudit soit ce voyage ! QUESTENBERG. Comment? Qu'est-ce donc? OCTAVIO. Venez, il faut que je suive ses pas , et que je voie de mes yeux.... Venez.... ( U veut remmener. ) QUESTENBERG. Oii? Mais enfin.... OCTAVIO se'hâUnt. Vers lui. QUESTENBERG. Vers.... OCTAVIO. Vers le duc... Allons.... je crains tout.... il est ACTE I, SCÊHE V. 79 pris dans les filets , et il revient antre qu'il n'était quand il est parti. QUESTENBERG. Ëclaircisse2-moi. OCTAVIO. Et ne deyaisrje pas le préToir ? ne devais^je pas empêcher ce voyage? pourquoi me taire arec lui? Vous avez raison ^ je devais Favertir ; maintenant il est trop tard. QUESTENBERG. Comment^ trop tard ? Expliquez-moi cette énigme, ami. OGTAYIO, d*iiii ton plnA UMtté. Allons chez le duc. Venez, voici l'heure qu'il a fixée pour son audience; venez. Maudit soit^ trois fois maudit soit ce voyage ! (Il eBimèoe Q«ettenkMg. Là toil« lon^bf. ) FIN DU PREMIER ACTE. 8d les PICCOLOMINI, m/t^wvvvw%i^vv¥VWVW%iM/%/v%i*m^*/vvvvyy%^vv¥t^*^vv*f»'*^^'*i* > v*i*'*i** ^ f*l^'*'*'*^ ACTE DEUXIEME. Le théâtre représente une salle cheiE le duc de Friedland. SCÈNE PREMIÈRE. .( Des domestiques placent d«* sièges et èteadent des tapis de pied; puis vient Seni Tas- trologue vêtu de noir comme un docteur italien ; son costume a cependant quel- que chose de bicarré. H s'atance au milieu de la salle ; il tnfnt une baguette blanche k la main , et il la dirige vers le ciel. ) UN DOMESTIQUE; U tient une casêolette d*encens. Prenez ceci! Allons ^ ^ et finissons. La sentinelle vient de crier aux armes; ils Tont bientôt paraître. SECOND DOMESTIQUE. Et pourquoi donc a-t-on quitté lappartement rouge qui donne sur le balcon , qui est superbe ? PREMIER DOMESTIQUE. Demandez cela au mathématicien; il dit que c'est un appartement malheureux. SECOND DOMESTIQUE. Quelle folie ! c'est ce mpquer du monde ; une chambre est une chambre. Que signifie un en- droit plutôt qu'un autre? S E N I f avec gravité. Mon enfant^ tout dans le monde signifie quelque ACTE II, SCÈNE I. %i chose. Ce qu'il y a de plusf important, de plus essen- tiel dans les choses terrestres, c'est le lieu et l'heure • TROISIÈME DOMESTIQUE. Ne lui réplique pas, Nathanael. Notre maître lui- même se conforme à ce qu'il ordonne. SE NI compte les sièges. Onze ! mauvais nomlire ; mettez douze siége$« Lt zodiaque a douze signes; et douze se compose de cinq et de sept , qui sont des nombres sacrés. SSCOKP DOMESTIQUE. Qu'ayez-Yous donc contre onze ? apprene^le moi. SBM. Onze f c'est le péché. Onze outrcf passe les dix commandemeûs de Dieu. SECOND DOMBStlQUE. Bon ; et pourquoi dites-vous que cinq est un nombre sacré ? SSNt Cinq, c'est l'âme de rhpmime. De même que l'homme est composé de bîeu e^ de luali cinq est formé des deux premiers nombres pair et impair. SECOND DOMESTIQUE. Le fou ! TROISIÈME DOMESTIQtTÏ. Laisse-le donc ; pour moi je l'écoute volontiers , car bien des gens se fient à ses paroles. SECOND DOMESTIQUE. Sortons , ils viennent; sortons par laporte de cèté.. ( lU s ea vont. Seni les suit lentement. ) > Ton. IV. 6 82 LES tIGCOLOMINI, SCÈNE II. WALLENSTEIN , LA DUCHESSE. WALLENSTEIN. Eh bien , duchesse , vous avez traversé Vienne ? Vous éte»-vous présentée à la reine de Hongrie? LA DUCHESSE. Et à Fimpératrice aussi. Leurs majestés nous ont admises à l'honneur de leur baiser la main. WALLENSTEIN. Que dit-on de me voir appeler au camp, pendant l'hiver, ma femme et ma fille ? LA DUCHESSE. Diaprés vos instructions, j'ai laissé entrevoir que vous alliez établir notre fille, et que vous souhaitiez faire connaître la fiancée à son futur époux avant l'ouverture de la campagne. WALLENSTEIN. Soupçonne-t-on l'époux que j'ai choisi ? LA DUCHESSE. On souhaite beaucoup qu'elle ne tombe pas en par- tage à un étranger ou à un luthérien. WALLENSTEIN. Et VOUS, Elisabeth^ que souhaitez-vous? LA DUCHESSE. Votre volonté , vous le savez, a toujours été la mienne. ACTE II, SCÈNE IL 83 WâLLE IÏ 9TEIN y «prêt un momant de nkace. Bien. — Et comment voUs a-t--on accueillie à la cour ? ( Za duchesse baisse les yeux sans répondre. ) ne me cachez rien , qu'avez-vous vu là ? LA DUCHESSE. O mon cher ëpoux y ce n'est plus comme de cou- tume : il est arrivé quelque changement* { WALLENSTEIN. ! Quoi! ne tëmoigne-t-on plus l'ancienne considë- | ration ? LA DUCHESSE. Oui f la considération ; j'ai été reçue avec égards et cérémonie ^ mais au lieu de la bienveillance > de l'abandon^ de la confiance^ j'ai vu une politesse so- lennelle. Hélas ! et l'affection qu'on m'a témoignée ressemblait plus à de la pitié qu'à de la faveur. Non, la femme du duc Albert , la noble fille du comte Harrach , n'aurait pas dd être ainsi reçue. WALLBNSTEIW. On s'est plaint sans doute de ma conduite actuelle. LA DUCHESSE. Fldt à dieu qu'on leùt fait ! je suis depuis long- temps accoutumée à vous justifier, à apaiser, à con- jurer les esprits irrités. Non, personne ne vous a ac- cusé ; on is'est renfermé dans un silence cérémonieux et oppressant. Hélas ! ce n'est plus comme de cou- tume un malentendu, une irritation exagérée; il s'est passé quelque chose de fatal, d'irréparable. — Autrefois la reine de Hongrie avait habitude de me nommer sa chère cousine, de m'embrasser en me quittant. 84 LES PIGGOLOMINI, WALLENSTEIU. Et mainteBAftt ce n'est plus ainsi ? ' îiA. DHCIIÊSS'E, après un instant de silence, essayant ses larmes. Quand j'ai pris congé d^elle^ elle m'a embrassée une première fois ; puis , comme j'allais vers la porte , elle a couru à moî^ comme par ri^exion^ et elle m'a pressée sur stm sein avec ttne émotion plus triste que tendre. WALLEI^STEIN lui prend la main. Rassurez-vous. — Et comment ont étéJBggenberg, Lichtenstein et nos autres amis ? LA DUC HES SE , seMuaot b CéCe. Je n'en ai vu aucun. WALLENSTEIN. Et Conde l'ambassadeur d'Espagne ^ qui avait cou- tume de parler pour moi avec tant de chaleur ? LA DUCHESSE. Il n'ouvre plus la bouche en votre faveur. WALlBirSTEIIf. Hé bien , puisque le soleil nous refuse sa lumière^ il faut briller de notre propre éclat. 'LA DUCHESSE. Serait-il vrai , mon cher duc , que ce qui se ré- pète sourdement à la cour ^ soit ici hautement pro- noncé. Quelques mots du Père Lamormain.... W ALLE N S TEI N , avec ▼ivacité. Lamormain ! que dit-il ? \ LA DUCHES3E. On vous-reproche un abus audacieux du pouvoir ACTE II, SCÈNE II. 85 qui vous est confié , un mépris coupable des ordres souverains de l'empereur. Les Espagnols , Forgueil* leuxduc de Bavière, éclatent en plaintes contre vous; une tempête se rassemble au-dessus de votre tête , plus terrible encore que celle qui éclata sur vous à Ratisbonne ; on parle, dit-il.... hélas! je ne puis le répéter. WALL E N S TE I N , avec curiosité. Hé bien ? LA DUCHESSE. D'une seconde. . , . ? (Elle s'arrête. ) WALLENSTEÏW. D'une seconde... ? LA DUCHESSE. Et injurieuse disgrâce. WALLENSTEIN. Dit-on cela 7 (Il se promène avec agitation dans la salle.) Oh ! ils veulent m'y forcer; ils m*y poussent de tout leur pouvoir contre mon gré. LA DUCHESSE le suppliant hiitnflSiemeBt. mon cher époux, s'il en est temps encore, si vous pouviez , par votre soumission, par vôtre obéissance, détourner le coup ! Montrez-vous docile, surmontez votre cœur orgueilleux : c'est à votre maître, à votre empereur que vous cédez ; ne laissez pas plus long- temps l'odieuse perversité noircir vos noblfs projets par des interprétations perfides eitempoiaoïméësf op- posez la force victorieuse de la vérité au moASOfige ^t à la calomnie. Nous avons si peu de vrais amis; vous le sa ver. Notre rapide prospérité nous a iii;îs en butte à la haine universelle. Que seraitrce, nous, si nou$ perdions la faveur de l'empereur ! 86 LES PÏCCOLOMINI SCÈNE III. Les précédens , LA COMTESSE TERZKY condui- sant par la main LA PRINCESSE THÉCLA. LA COMTESSE. Quoi^ ma sœur, tous l'entretenez déjà d'affaires ^ de tristes affaires même, autant que je puis voir, avant de l'avoir réjoui par la vue de son enfant ! Les premiers momens doivent être donnés au bonheur. Friedland, voici votre fille. (Tbëda sVpproche timidement et vent lui baiser k main. U la reçoit dans ses Iras^ et demeure un moment à la contempler. ) ^ WÂLLENSTEIN. Oui, l'espérance renaît dans mon cœur ; je la re- çois comme un gage de mon bonheur, LA DUCHESSE. Elle était en/core tendre enfant lorsque vous par- tîtes pour commander la grande armée de l'empe- reur. Depuis, quand vous revîntes de la campagne de Foméranie , elle était au couvent où elle est restée jusqu'à ce moment. WALLENSTEIN. Pendant qu'au sein de la guerre je travaillais à sa grandeur ; pendant que je conquérais pour elle les honneurs de la terre, la bienfaisante nature, dans les tranquilles murs d'un cloître , prodiguait à mon aimable enfant ses divines et libres faveurs , l'ornait et l'embellissait pour le brillant avenir que lui des- tinent mes espérances. ACTE II, SCÈNE IV. LA DUCHESSE à la prineesse. As-tu bien reconnu ton père, mon enfant? A peine comptais-tu huit ans quand pour la dernière fois tu as joui de sa vue. TH ÉCLA. Cependant^ ma mère^ je l'ai reconnu au premier coupid'œil. Mon père n'a point yieilli; et l'image que mon coeur gardait de lui était en tout seiiiblable à celle que m'offre sa noble préseâde. WALLENSTEIN à la duchesse. Aimable enfant^ combien elle montre de grâce, de raison I Oui, je reprochais^ àu'^destin de m'ayoir refusé un fils qui eût été rheritier de mon nom et de ma fortune y et qui eût tn^n$mis à une noble suite de princes mon existence bî^ntte ;terminée : j'étais injuste en,yers le sort ; je veux placer sur la tète char- mante de ma fille la couronne due à mes exploits guerriers, et je n'aurai aucun regret si je puis rele- ver la beauté de son front par cet ornement royal. (JX la tient dans ses bras ; Piccolomhii arme. ) » ' . 1 • i SCÈNE IV. Les précëdens, MAX PICCOLOMINI. Un instant après, LE COMTE TERZKY. LA COMTESSE. Voici le chevalier qui nous a protégées. WALLENSTEIN. Soit le bienvenu , Max. Toujours ta présence a été pour, mol L'augure de quelque bonheur; et de 8B LES PICCOLOMINI, même que l'étoile favorable du matUi , tu as annoncé l'éclat qui m!a environné. Mon général.... WALLEWST£IN. Ju^u'ici c'est l'empereur ^ui par mes mBin% a récompensé tes services» Mais aujourd^ui , c'est comme père que . je, t'ai de douces ohligfttîotts et Friedland doit a^squitter fia propre «dejtte. . . MAX. Mon prince ! vi»u5.1^uâ bâtée trnp de vou^ acquitter Je vieiïs avec ho«fie «t artû chagrin* Comment^ je svm à peine axrivé ici, j'ai è peine remis entre voa bras irotre fille tet.sa mère ^ (jnt l'on tire de viaa ëeuries tm Ittagnifique «équipage die clmsse, et qu'on ie conduit ekez ]|i6i peur me payer de ma peine. Oui , mii, pour me payer. Était-^ceidonc simplement u»e peine y^uu^ fatigue ? M'étaitHce pas plutèt une faveur uccept^ avec c^mpressemeiii^ et dont je venais vous remf^tt»- cier, le cœur plein de reconnaissance? Ne vouliez- vous donc pas que cette commission fût elle-même une récompense ! / » ( Tersky entre, et remet une lettre au duc : il Touvre sur-le-champ. ) LA COMTESSE à Itfax. * Il ne veut paâ payer votre peine ; non , il veut vous témoigner quel plaisir il vous doit : vous au- riez dû songer qu'il .convient à mon fi^èii^ d^iiion- trer toujours une royale magnificence. THECtA. Je devrais donc aussi douter^e^ son amour ^ car ses ACTE II, SCÈNE IV. 89 mains bienfaisantes m'ont parée, long-temps avant que son cœur m'ait parié de sa ^ndresse. MAX. Oui , il faut toujours qu'il répande autour de lui et le bonheur et las largesses. {Jl prend la main de la duchesse avec urie s^isfacité animée. ) Non , je ne {)uis lui dire toute ma reconnaissance ; Je ne puis ui exprimer tout ce que j'éprouve pour ce nom chéri de ï^edland. Tant que durera ma vie je serai es- clave de ce nom; toutes mes plus belles espérances , tout mon bonheur y est attaché: et mon sort, commue par une |orce magique, est renfermé dans ce nom. • « LA «COMTESSB romavfiiafiiieJevâuçtftsi.deyQiilitouci^wx, (etjque-Mtt« ktlre * semble l oc fE^^KT rappelant Max. Ne tardez pas à vous rendre à l'assemblée. 9» LES PlCCOLOMINI, SCÈNE V. WALLENSTEIN, TEJIZKY. W A L LE N S TEIN dans une r^rerio profonde , et ce ptrkrit i lui-ném». Elle a bien tout observé; et cela s'accorde parfai- tement avec ce que j'ai su d'ailleurs. Ils ont pris tout-à-fait leur parti à Vienne. On nx^ donn^ dëja un successeur. Le roi de Hongrie ^ le jeune Ferdi- nand , fils de l'empereur, est maintenant celui dont ils attendent leur salut. C'est l'astre de ce jour. On se croit en mesure avec nous ; et l'on hérite déjà de nous comme d'un mourant. Il n'y a pas encore de temps de perdu. (// détourne la i^ue , aperçoit TerzkjTy et lui remet une lettre. ) Le comte Altringer s'est fait excuser, et Galas aussi ; cela ne nie plaît point. TERZKY. Et si vous tardez plus long-temps , ils vous échap- peront tous ainsi l'un après l'autre. WALLENSTEIN. Altringer tient les défilés du Tyrol. Il faut que je lui envoie quelqu'un pour qu'il ne laisse pas sortir les Espagnols du Milanais. Eh bien , Sésin , notre ancien négociateur s'est montré de nouveau ! Que vient - il nous dire de la part du comte de Thourn ? TEBZKY. Le comte nous mande qu'il est allé trouver le chancelier de Suède à Halberstadt , où est mainte- nant le congres. Le chancelier dit qu'il est las de ACTE II, SCÈNE V. 91 traiter avec vous , et qu'il ne veut plus à l'avenir entrer dans aucune négociation. WALLENSTEIN. Comment ? TERZKY. Que l'on ne peut jamais compter sur vos paroles; que vous voulez duper les Suédois , et vous réunir aux Saxons^ pour finir par les renvoyer avec un misérable subside. WALLENSTEIN. Eh bien ! imagine-t-il donc que je lui donnerai comme proie quelque belle contrée d'Allemagne, et que nous renoncerons à régner sur notre sol , sur notre patrie ? Non , il faut que les Suédois partent ; qu'ils partent, nous ne voulons pas avoir de tels voisins. TERZKY. Et pourquoi lui refuser un chétif morceau de terre? Est-ce à nous qu'on, le ravit? Et que vous importe, quand vous gagnez au jeu, quel est celui qui perd? WALLENSTEIN. Qu'ils partent ! qu'ils partent ! Vous ne me com- prenez pas. Je ne veux pas qu'il soit dit que j'ai morcelé' l'Allemagne , que je l'ai livrée aux étran- gers pour en dérober une portion. Je veux que l'empire honore en moi son sauveur; et c'est en 'montrant une âme royale , que je veux m'assèoiir dignement parmi les princes de l'empire. Aucune puissance étrangère ne doit prendre racine dans la patrie : et moins que tout autre ces Groths fa- méliques qui regardent avec envie et rapacité les 92 LES PICCOLOMÏNI, bënëdictions répand ties 6ur notre lerre allemande. Il faut qu'ils contribuent au succès de mes desseins ^ et que cependant ils n'en retirent aucun profit. TERZKY. Mais vos négociations avec les Saxons sont -elles plus sincères ? Vos détours lassent leur patience. Qu'est-ce que tous ces déguisemens ? Parlez, vous jetez vos amis dans le doute et dans le trouble. Oxenstiern , Arnheim , tous ne savent que penser de vos retardemens; et enfin je passe pour un impos- teur , je réponds de tout : je n'ai pas un écrit de vous. WALLENSTEIN. Vous savez que je ne donne jamais un écrit de moi. TERZKY. Et par où peut-on reconnaître votre sincérité , si les actions ne suivent pas les paroles ? dites -le vous- même. Depuis que vous traitez avec les ennemis , tottt ne 0'est - il pas passé comme si vous n'aviez pas un autre but que de les jouer ? WALLENSTEIN, aprè« un moment de silence, et le regardant fixement. Et d'où savez «'VOUS que mon but n'est pas de les jouer, de vous jo^er tous? Me. connaissez- vous dooc si bien ? Je ne vous ai pas , que je sache , ouvert le fond de mon âme. L'empereur., il est vrai, a des torts envers moi : si Je le voïJais , je pourrais lui faire beauc0^j>de mal, je me réjouis de connaître que j'en ai le pouvoir : si je voudrai en user^ c'est ce dont je ne vous crois pas plus instruit qu'un autre. TERZKY. Ainsi vous vo»s êtes toujours joué de nous ? ACTE Uf SCÈNE VI. 93 SCÈNE VL Les précëdens , ILLO. WAlLENSTEIN. Hé bien , où en est -on là- bas ? sont-ils prêts ? ILLO. Vous les trouverez dans la disposition que vous souhaitez. Ils savent ce qu'etige l'empereur^ ils en sont furieux. WALLEKSTEIN. Camm en t s'est expliqué Isolani ? ILLO. Depuis que vous avez de nouveau réparé ses fi- nances , il est àvous de corps et d'âme« WALLENSTErW. Quel parti prend Colalto 7 Vous êtes - vous assuré de Deodati et de Tiefenbach ? ILLO. Ce que fera Ficcolomim ^ ils le feront aussi. WALLENSTEIN. Ainsi vous croyez que je puis compter sur eux? ILLO. Si vous êtes assuré des Piccolomini. WALLENSTEIN. Comme de nioi-méme. Us ne se sépareront jamais de moi. 94 LES I^IGGOLOMINI, TERZKY. Cependant je voudrais que tous n eussiez pas trop confiance pour ce renard d'Octayio. WALLENSTEIN. Apprends à mieux juger des hommes ; seize fois le père a marché au combat à mes côtés. En outre j'ai tiré son horoscope ; nous sommes nés sous le même astre y en un mot. ( Mystérieusement.) QiûdiVL^ nul besoin d'éclaircissement, etsi vous pouviez m'assurer des autres aussi-bien que de lui. . • . ILLO. Ils n'ont tous qu'une Toix : tous ne devez pas aban- donner le commandement ; ils Teulent tous enT<^er une députation , à ce que j'ai su. WALLENSTEIN. Si je m'engageais envers eux, il faudrait aussi qu'ils s'engageassent euTers moi. ILLQ. Sans doute. WALLENSTEIN. Qu'ils me promissent, par serment écrit, de se consacrer à mon serTice sans réserTO. ILLO. Pourquoi non ? TERZKY. Sans réserTC? Us excepteraient toujours leurs deToirs euTcrs l'Autriche , euTers l'empereur. W A LLE N STE I N secouant la tête. Sans résciTTe , il me faut cette condition , aucune exception. ACTE II, SCÈNE VI. 95 ILLO. Il me vient une idée. Comte Terzky, ne nous donnez-vous pas un repas ce soir ? TERZKY, Oui f et tous les généraux sont invités. ILLO, i Wallenstein. Dites , voulez-vous me donner plein pouvoir ? je vous donne ma parole de général que la chose s^ra comme vous la souhaitez. WALLENSTEIN. Apportez -moi cet engagement signé : de quelle manière vous l'obtiendrez^ c'est votre affaire. ILLO. Etsi^ de façon ou d'autre , je vous donne la preuve que tous les généraux ici rassemblés vous sont aveu- glément livrés f alors agire&-vous enfin sérieusement , et tenterez-vous la fortune avec audace ? WALLENSTEIN. Apportez-moi cet engagement. ILLO, Pensez à ce que vous faites. Si vous ne voulez pas voir la puissance échapper pour toujours de vos mains , alors il ne faut pas satisfaire aux volontés de l'empereur, il ne faut pas laisser affaiblir l'ar- mée , il ne faut pas que les régimens aillent se joindre aux Espagnols. Si vous ne voulez pas rompre for- mellement avec la cour, alors il vous devient im- possible de mépriser les commandemens et les ordres de l'empereur ; vous ne pouvez plus chercher des y ^ LES PieCOLOMiNI, subterfuges et temporiser. Choisissez, ou d'agir avec résolution et de prévenir les dçsseios de Isv cour, ou bien d attendre , en différant encore» qu'on en vienne aux dernières extrémités. WALLENSTEIN. Il ne convient pas d'attendre qu'on en soit venu aux dernièrjes extrémités. ILLQ. Âh ! saisissez l'instant favorabL^ avant qu'i( s'é- chappe. Il se présente rarement dans la vie des momens décisifs et importans. Lorsqu'il est temps de prendre une résolution , on voit toutes Ie$ cir- constances se réunir et se presser vers le succès ; et puis les occasions et les ressorts qui font mouvoir la fortune y après s'être rassemblésy tn un seul point de la vie, pour faire naître un germe difficUe à sai^r^ se dispersent et se dissipent un à un» Voyez combien la position où vous êtes maintenant est décisive^ combien tout votre sort en dépend : les principaut , les meilleurs généraux de l'armée , sont r^ss^mblés autour de vous leur royal chef, et ils n'attendent que votre signal. Ah ! ne les laissez pas repartir l'un après l'autre ; vous ne pourriez pa-s , dans tout le cours de la guerre , les rassembler ainsi uwe seconde fois. La marée est haute, et ponsse le navire au rivage. L'audace de chacun devient jJus grande quand il se trouve parmi la foule. Maintenant ils sont tous i toi , maintenant encore ; bientôt la gnei^c les séparera, les dispersera çà et là. Les intérêts par- ticuliers , les soins vulgaires font évanouir l'intérêt générale tel qui aujourd'hui se laisse entraîner sans ACTE II, SCÈNE VI. 97 xéûetion par le torrent , reyena de son ivresse lors- qu'il s6ra seul , ne sentira que sa faiblesse , et ptomp- lément reviendra dans la vieille et facile route du vulgaire devoir , pour y trouver sûreté et sauve-^ garde. WâLLENSTEIN. Le temps n'est pas eneote venu* tER2KY. Vous léditeis toujours ainsi. Mais, quand âerart-il tenu, le temps? WALLÉIISTEIII. QiiatKl je le dirai. ILtO. Ah ! vous attendez que les aatres du ciel vous fav<9risent I et cependafrt la terre vous ëckappe. Croyez-moi > l'étoikf qui gouverne votre sort est ea v^us-iftêilie. ConfieE-vou» à vous-même; votre pro^ pte rësokktion^ c'est là votre ^anète. La seule in- fluei&ce fuifeste, la seule qui vous menace, c'est l'JbésitatîÔB^ WALLENSTEIN. Voua parlez suivant vos idées. Combien de fois cependant ne me suis -je point explique à vous ! A l'heure de votre naissance, Jupiter, le dieu de la darté-, était à son déclin , et il ne vous est pas donné de pénétrer dans les chosç9 mystérieuses. Vous ne pouvez atteindre au delà du sol t^^restre. Vqs re- gards aveugles ne connaissent qu'une lumière terne , pâle et souterraine. Vous M pouvez distinguer que ce qui est terrestre et vulgaire , et votre prudepee se' borne à lier enftre eux les rapports qui se tou- chent de près. Aussi, danaeétle sj^ère d^ées^, j'ai ToM. IV. 7 gS LES PICCOLOMINI, confiance en vous ; je vous crois : mais les dhoses dont le sens est mystérieux , qui s'ourdissent et se forment dans les profondeurs de la nature ; mais cette . échelle symbolique qui s'élève par mille de- grés de ce monde de poussière jusqu'aux étoiles , et que les puissances célestes montent et descendent sans cesse ; mais ces cercles qui enferment d'autres cercles toujours de plus en plus rapprochés du soleil leur centre , on ne les aperçoit qu'avec des yeux dessillés : il faut être né sous une influence lumi- neuse ; il faut être l'enfant de Jupiter resplendis- sant. (^Pendant ce discours il se promène dans la salle f s' arrêtant et marchant alternativement. ) Le front des étoiles servirait-il à marquer uniquement la nuit et le jour , le printemps et l'été , à indiquer au laboureur le temps de la semence ou de la mois- son ? Les aventures des hommes ont aussi une se- mence fatale y répandue sur le champ obscur de l'avenir , confiée avec espérance aux puissances du destin. Il est donc nécessaire de découvrir le temps où il faut semer : il faut donc lire dans les astres l'heure favorable, interroger et examiner les de- meures célestes , pour savoir si l'ennemi des heu- reux succès ne se cache point dans quelque obscure retraite pour exercer sa nuisible influence. Ainsi, laissez-moi du temps. Cependant, faites votre de- voir. Je ne puis vous dire maintenant ce que je ferai. Mais je ne céderai point, non je ne céderai point ; ils ne me dépouilleront pas : réglez-vous là- desfius. UN DOMESTIQUE entre. Messieurs les généraux. f — ^ ACTE II, SCÈNE VIL 99 WALLENSTEIN. Qnlls entrent. TERZKY. Youlez-Yous que tous les chefs soient admis? WALLENSTEIN. Il n'est pas nécessaire. Les deux PiccolomiQi^ * M aradas , Buttler, Forgatsch , Deodat y CarafTa et Isolani^ peuvent entrer. ( Tersky sort avec le domestique. ) WALLENSTEIN à lUo. Avez-vous veillé sur Questenberg? N'a-t-il entre- tenu personne en particulier ? ILLO. J'y ai veillé avec soin. Il n'a vu c^utre personne qu'Octavio. SCÈNE VIL Les précédens, QtESTENBERG, les deux PICCO- LOMINI, BUTTLEK, ISOLANI, MARADAS et trois auti^es généraux entrent. Sur un signe du général^ Questenberg se place immédiatement auprès de lui y et les autres se placent après y sui- vant leur rang. Il se fait un moment de silence. WALLENSTEIN. Je connais déjà l'objet de votre mission y Questen-* berg. J'y ai mûrement réfléchi; ma résolution est prise; rien ne peut plus la changer. Cependant il convient que les généraux entendent de votre pro- pre bouche la vojlonté de l'empereur. Vous plaît-il joo LES PICGOLOMIMI, d'expliquer devant ces nobles capitaines ce dont vous avez été chargé ? QUESTENBERG, Je suis prêt. Cependant je vous prie de songer que je vais parler au nom du pouvoir ejt de la dignité de l'iempereur, et qu^ ce n'est point ma propre pensée que j'ai l'audace de vous exposer. WALLENSTElN. Épargnez les préambules. QUESTENBERG. Lorsque sa majesté l'Empereur donna à ses braves armées un chef couronné de gloire^ expérimenté dans la guerre , le duc de Friedland , ce fut dans l'heu* reux espoir- devoir bientôt la fortune de la guerre changer et devenir plus favorable. Le premier , le plus cher de ses vœux, était aussi que la Bohême fût délivrée des Saxons et défendue des incursions victorieuses des Suédois. Et en effet, cette contrée commença à respirer, lorsque le duc de Friedland eut' forcé toutes les armées ennemies , répandues en torrent sur toute l'Allemagne, de se réunir; lorsqu'il eut contraint à se rendre au même lieu et le Rkein- grave, et Bernard, etBannier, et Qxenstiern, et ce roi même jusqu'alors invaincu. Il les obligea de ve- nir tous ici devant Nuremberg terminer la querelle par un sanglant combat. \ WALLENSTElN. Au fait , je vo^s prie. \ki. nouvel aspril annoaçav bientôt que Farnkée ACTE li, SCÈNE VH. loi avait un nôuTeaià chef. Ce ne fut ^rar ij^ rage aveugle eembattant une rage plus areûgle entore. On Tit alors f dans des biukailles rentières et bies ordennees^^ la fermeté résister i Fafndâ^e^ et nhae sagesse habile Isasser la témérité. En Vain es^sayarln on de fesitrainea» à eembarttrer il »e fortifiait dct plue ea plus dans ses casip^ etî il semblait- c|u'il veuJât pour teujawrs y étabÛi^ sa demeurée Le' roi ^> d&espérë ^ ireu% enftn oeoditire ùdé^attaqpaé viise.eè aan^^nte. Ses^ soldurts/i^ae )a fedm ef la coAtaigîoMF dépeuplaient chaque ^ixr ^ remfdisseili: tout smiî eamp de funàrailles. Jusqu'alors în^éaistiblk dians ses attaques ^ il veut sW^riar de tité force um chemin à travers ces retranchemen$ y du haut desquels mille bronzer lancent la mort. C'çst là que Iqu voit une ardeur et une résistance:. telles que jamais ou n'avait pu les observer. Enfin le roi ramène son armée taillée en pièces ; et ce terrible sacrifice de ses soldats ne lui a pas fait gagner un^ pied de terrain. WALLBNSTEIN. Épargnez-vous le soin de nous rapporter, en style de gazette , ce que nous avons vu de nos yeux dans toute son hprreur. QUESTBNBBRS. Mon devoir et ma mission s^t^ent de blSliier ; mon cœur se laisse entk*ainer à Fadmiratioii. Le roi de Suède laisse sa gloire devant le camp de NVt- remberg. Peu après il laissa la vie aux plaines de Lutaei»!. Quâ me fol; pas - surpris alosis de voir le duc de Friedyiaad y aprèisi eette ^ande journée y se pé«» pandve dada&la.Bahâme'y. dtspaoallre de» diampi^dsi Ï02 LES PICCOLOMINI, bataille^ pendant que Weimar, jeune héros , par- court sans obstacle la Franconie , s ouvre un chemin jusqu'au Danube , se montre tout à coup devant Ra- tisbonne> et jette dans l'effroi tous les fidèles catho- liques? Le Bavarois^ notre royal allié , demande à grands cris un prompt secours dans sa détresse. L'empereur envoie successivement six messagers au duc de Friedland ; il l'invite , il le supplie , quand il pourrait lui commander en maître. Vai- nement. Le duc^ en ce moment ^ ne veut écouter que sa vieille haine , que son ressentiment ; il sa- crifie le bien public au plaisir de se venger d'un ancien ennemi^ et Ratisbonne succombe. WALLENSTEIW. De quel moment veut-on parler, Max? je n'en ai plus aucun souvenir. MAX. Il parle du temps où nous étions en Silésie. WALLENSTEIW. Ah I oui > oui. Et qu'y allions-nous faire alors ? MAX. Nous allions en chasser les Suédois et les Saxons^ WALLENSTEIN. Bien. A ce récit je ne reconnaissais plus aucun des événemens de la guerre. ( u^ Questenberg. ) Continuez maintenant. QUESTENBERG. On pouvait peut-être regagner sur l'Oder ce qu'on venait de perdre honteusement sur le Danube ; et chacun espérait que des prodiges allaient arriver ACTE II, SCÈNE VIL io3 sur ce nouveau théâtre de la guerre, où Friedland en personne, où le rival de Gustave se trouvait en face d'un Thourn et d'un Arnheim. En effet, ils ont été en présence , et se sont approchés, mais comme amis ; ils se sont rendus mutuellement les devoirs de l'hospitalité. Toute l'Allemagne gémisr sait sous le poids de la guerre ; mais la paix régnait dans le camp de Friedland. W/LLLENSTEIN. Un jeune capitaine livre sans but plus d'un com- bat sanglant , et recherche la victoire avec empres- sement. L'avantage d'un général dont la renommée est faite , c'est qu'il n'est jamais obligé de combattre inutilement pour témoigner au monde qu'il connaît l'art de vaincre. Que m'eût servi d'exercer l'ascen- dant de mon sort sur un Arnheim ? Ma modération ne pouvait-elle pas être bien utile a l'empire? N'eùt-il pas été bien plus heureux que je parvinsse à dissoudre l'alliance funeste des Saxons et des Suédois ? QUESTENBERG. Cependant l'on n'y parvint pas ; et ainsi recom- mença de nouveau cette sanglante guerre. Le prince signala enfin ici son antique gloire. Une armée sué- doise se vit contrainte de poser les armes sans pou- voir combattre aux champs de Steinau. Puis la justice céleste livra aux mains de la vengeance l'an- cien et premier auteur de cette guerre , celui qui en avait allumé les funestes brandons , M athias de Thourn : mais il tomba dans des mains bien géné- reuses ; au lieu d'être puni il fut récompensé ; et le io4 LES PICjCOLOMISI, prince reniroya le m^^rtisl ennemi de mn empereur, après l'avoir comblé de ses dons» WALLElïSTEIN tottritnt. Je sais , je sais qu'à Vienne on avait déjà loue des balcons et des fenêtres pour le voir passer dans la fatale charrette. Je pourrais perdre honteusement une bataille ; mais lés gens de Vienne ne me par- donnent pas de leur avoir avoir ravi ce spectacle. QUESTENBERG. La SUési^ e'tait de'Uvrée , et tout appelait le ^uc dans la Bavière cnieUen^ent désolée. Il s'établit dans la marche ; il tf*ayef*se la Bohême SftQS sç bâter 9 par la route Ié^ plus longue. Tqut à coup il reyient , prend ses cjuartiçrs d'hiver , et avec l'ar- mée de rempa:*eur opprime )es états de Fem-^ pereur. WALLENSTEIN. L'armée était dans la piisère. EUe endurait tous les besoins , toutes les privations. L'hiver arriva. Que croit donc sa majesté de ses troupes? Ne sommes- nous pas des hommes? Sommes-nous doiic insen- sibles au froid ^ à la pluie , à toutes les souffrances ? Misérable sort du soldat ! partout où il se présente on fuit devant lui j dès qu'il se retire on le maudit : on ne lui donne rien ; il faut qu'il se procure tout par la force , et , contraint de dépouiller autrui , il est aux yeux de tous un objet d'exécration. Ici sont tous mes généraux. CarafTa, comte Deodat^ Ruttlçr, dites-lui depuis conibien de tenips la solde n'a pas été payée. BUTTLER. Elle est due depuis une année. ACTE II, SCÈNE VIL io5 WAI^LENSTEIN. Il faut pourtant que le soldat reçoive sa solde , ou il ne faut plus lui donner ce nom. Lorsijue h priwce de Friedlaqd se fit e'couter il y a huit pu neuf ai>$ , il tepait \in tout autre Uog^e. Oui , c'est ma faute , je le sais bien ; j'ai gâté Teii^ pereur. Il y a neuf aQS^ lors de la guerre de Dane- mark , je lui procurai une armée de quarante ou cinquante mille hommes , sans qu'il lui en coûtât un denier de ses coffres. Je déchaînai la furie de la guerre sw les çejçles de Sai^e; je portai la terreur de son nom jusque sur les rochers des Belts. Quel heureux temps alors! Bans tous les états de l'empe- reur , aucun mm n'était honciré à l'égal du mien : Albert de Wallepstein était le plus bel ornement de la couronne. Mais quand vint la diète, des princes à iiatiâbonne» tout cda ae dissipa. Là on ^vit avee toute évidence d# qui j ayais ménagé le& tréfiorsr : quelle fut ma récompense pour avoir en fidèle serviteur attiré sur moi la haine des peuples , pour avoir fait sup- porter aux princes les frais d une guerre qui l'avait lui seul aggrandi ? Eh bien , je fus sacrifié à leurs plaintes , je fus disgracié. Votre excellence , sait combien dan& cette malkeu- reuse diète l'empereur eut peu de liberté ! Mort et damnation^ j'avab^ moi^ de quoi lui pn^ io6 LES PICCOLOMINI, curer de la liberté. Non^ seigneur , depuis que mon malheur est venu d'avoir servi le trône aux dépens de Fempire^ j'ai appris à avoir une autre opinion sur les intérêts de l'empire. Ce bâton de commandie- ment , je le tiens , il est vrai , de l'empereur ; mais j'en use en général de l'empire, pour l'avantage com- mun , pour le salut de tous , et non plus pour l'a- grandissement d'un seul. Au fait, cependant, que demande-t-on de moi ? QUESTENBERG. Sa majesté veut d'abord que l'armée quitte sans délai la Bohême? WALLENSTEIN. Dans cette saison ? Et où veut-on que nous tour- nions nos pas ? QUESTENBERG. Au lieu où est Fennemi. Car sa majesté veut que Ratisbonne soit purgée d'ennemis avant les fêtes de Pâques, que le prêche luthérien ne s'entende plus sous les voûtes des églises , que les abominations dé Fhérésie ne souillent plus la pureté des solennités saintes. WALLENSTEIN. Dites , généraux , cela est-il possible ? ILLO. Cela est impraticable. BUTTLER. . Cela est impossible. QUESTENBERG. L'empereur a déjà envoyé au colonel Suys l'ordre de se diriger en Bavière. ACTE II, SCÈNE VII. . 107 WALLENSTEIN. Qu'a fait Suys ? QUESTENBERG. Ce qu'il devait faire ; il y a marche. WALLENSTEIN. Il y a marche 1 et moi ^ son chef ^ je lui avais donné l'ordre exprès de ne pas quitter son poste. N'est-il pas sous mon commandement ? Est-ce là l'obéissance qui m'est due y et sans laquelle il ne faut plus songer à faire la guerre? Généraux , soyez ses juges; que mérite l'officier qui a violé ses ordres et son serment? ILLO. La mort. WALLENSTEIN voyant 1m aatref garder le silence et xéfl^liir, élève la voix. Comte Piccolomini^ que mérite-t-il? MAXf après on long silence. D'après la lettre de la loi, la mort. ISOLANI. La mort. BUTTLER. La mort , suivant les règles militaires. ( QuestenLerg se lève , Wallenstein aussi, pois tous lef autres. ) WALLENSTEIN. é C'est la loi qui le condamne, et non pas moi; et si je lui fais grâce , c'est à cause de ma déférence et de mes devoirs envers l'empereur. QUESTENBERG. Puisqu'il en va ainsi, je n'ai plus rien à dire en ce lieu. io8 LES PICCOLOMINr^ WALLENSTEIN. Je n'ai accepté ce commandement que sons condi- tions f et la première fut qu'aucun homme , l'empe- reur lui-^même , ne pourrait à mon préjudice donner un ordre dans l'armée; quand je réponds des sui- tes sur mon honnenr et aur ma tête , je àaia au moins être le maitre ici. Et pow^oi ee Git»taTe était-il invincible? Pourquoi trioi&pliait-il toujours sur la terre? Cest qu'il était toi de son armée ; et un roc , qui sa;it l'être d'effet comme de nom ^ n'a jamais pu être vaincu que par un général qui fest de même. Mais retournons au fait ; nous avons à en entendre encore plus. QUESTENBERG. Le cardinal infant doit quitter Milan au prin- temps^ et conduire dans les Pays-Bas une armée es- pagnole en traversant l'AUemapie. Pour assurer encore mieux sa route , l'empereuf veut que huit régimens de cavalerie se détachent de l'armée pour l'accompagner. WALLENSTEIN. Je conçois^ je conçois. Huit régimens. Bieu^ bien inventé, père Lamormain. Si ce projet ne cachait pas une infernale ruse , on serait tenté de le trouver hien inepte. Huit mille chevaux? Oui , oui ; cela est juste , je vous vois venir. QUESTENBEB.G. Il n'y a pas là de mystère à démêler; la prudence, le conseil, la nécessité ïexige. Eh quoi, monsieur l'ambassadeur, ne doi^je pas ACTE II, SCÈNE VII. 109 bien remarquer que Ton est las de voir la puissance et le glaive entre mes mains ; que l'on saisit avide- ment ce prétexte; que Ton se sert du nom espagnol pour affaiblir mon armée , pour amener dans l'em- pire une nouvelle force qui ne me soit pas soumise? Je vous semble encore trop puissant pour me mettre tout à coup de côté ; mes conditions portent que toru- tes les armées impériales seront sous mes ordres dans toute l'étendue du territoire allemand ; mais il n'y est point question des troupes espagnoles ni de l'infant qui traversent l'empire comme étrangers. C'est ainsi qu'on ruine en silence l'engagement pris avec moi , pour m'affaiblir d'abord , puis me rendre inutile, jusqu'au moment où l'on pourra agir plus librement avec moi. Où tendent ces voies détournées , seigneur ministre? Parlez franchement. L'engage- ment que l'empereur a pris avec moi lui pèse. Il souhaiterait que je me retirasse. Je veux lui faire ce plaisir ; j'en avais pris la résolution y seigneur , même avant que vous fussiez venu. { Il s^élès^ parmi les généraux un mous^emeni qui s^a toujours croissant. ) J'en suis fâché pour mes capitaines; car je ne vois pas comment ils obtiendront l'argent qu'ils ont avanr* ce, et les récompenses qu'ils ont si bien méritées. Un nouveau régime amène des hommes nouveaux, et nàet bieu vite en oubli les anciens services : beau- eoùp d'étrangers viendront dans l'armée. J'avais coutume de ne chercher dans tes hommes que la bravoure et l'habileté; je ne m'informais pas de leur généalogie, ni de leur catéchisme : il en ira autrement à l'avenir ; mais cela ne me concerne plus en rien. ( n «'asMoit. ) 116 LES PICGOLOMINI, Dieu ! comment cela a-t-il pu en yenir à ce point ? Toute l'armée furieuse va se soulever d'une manière terrible. L'empereur a été trompé. Cela est impossi- ble. ISOLANI. Cela est impossible^ tout s'écroulerait à la fois. WALLENSTEIN. Cela est ainsi , fidèle Isolani. Oui , tout va s'écrou- ler^ tout ce que nous avions élevé avec soin. Que Toni batte le tambour , et qu'un autre général , qu'une autre armée, se rassemblent pour servir l'em- pereur. MAX , agite et àéaolé, court de Tan à Tautre poar les apaiser. Écoutez-moi , mon général ; écoutez-moi , capi- taines. Laisse -toi fléchir, prince ; ne résous rien avant que lious ayons délibéré, avant que nous Payons fait nos représentations. Venez, mes amis; je l'espère, il est encore temps de tout rétablir. ^ TEKZKY. Venez , venez ; nous retrouverons les autres géné- raux ici près. ( Us sortent. ) BUTTLER , à Questeaberg. Si vous voulez suivre un bon conseil, évitez de vous montrer dans ces premiers momens : vous au- riez de la peine à préserver votre clef d'or, de quel- que affront. ( On entend du bruit en dehors. ) WALLENSTEIN. Le conseil est sage. Octavio, je te charge de veiller ACTE. II, SCÈNE VII. m à la sûreté de notre hôte. Je tous salue ^ momsieiir de Questenberg. ( // Vinterrompt comme il aUiaitpar^ 1er* ) Non ^ rien sur cet odieux sujet. Vous faites votre devoir; je sais distinguer l'homme de sa com- mission. (Questenberg et Octavio veulent se retirar. Goti, Tiefenbach, Golalto, eatrent suivie de plusieurs autres généraux. ) GOTZ. Où est-il celui qui ose à notre général.. « TIEFEIfBA.GH, enmdmetemps. N^ous ferons tout ce que tu ordonneras de nous. COLALTO. Nous voulons vivre et mourir avec toi. WALLEIÏSTEIN , montrant Illo avec un air de considératimi. Le feld maréchal connaît ma volonté. (Uiort. i HR DU DEUXIÈME ACTE. lia LES PICCOLOMIHI, ^*/y%MV9nm»n^n*MtttâilnMn nm ÊiMm^mitmt k ^m)mmntm¥m0titm»t^ti M Miè»Miiyti¥mim0mft^km0mmÊf^^ ACTE TROISIÈME. Le théâtre représente un appartei^ient. SCÈNE PREMIÈRE. ILLO, TERZKY. tERZlCt. \ Dites -MOI quel est votre dessein. A quoi bon ce festin où vous réunissez ce soir les conimandans ? ILLO. Prêtez-moi attention. Nous avons dressé un acte par lequel nous nous engageons tous conjointement envers le duc, à la vie et à la mort, jusqu'à verser la dernière goutte de notre sang , sauf cependant les devoirs que notre serment de fidélité nous im- pose envers l'empereur : cette réserve sera expres- sément énoncée , pour rassurer les consciences. Maintenant, écoutez : cet écrit, ainsi conçu, leur sera présenté avant le repas ; aucun n'y verra une objection. Écoutez la suite : après le festin, pen- dant que le vin animera les esprits, quand les cœurs seront ouverts et les yeux fermés, on substi- tuera un contrat où la clause de réserve sera omise , et ils signeront. ACTE III, SCÈNE I. n3 TERZKY. Comment ! pensez-vous qu'ils pourront se croire engagés par un serment que nous leur aurons sur- pris par supercherie ? ILLO. Nous ne les aurons pas moins lies. Us pourront crier contre la tromperie ; mais à la cour on croira plus à cette signature qu'à leurs sermens les plus sacre's j et s'ils passent pour traîtres, il faudra qu'ils le soient en effet. Us se feront honneur de la ne'- cessité. TERZKY. Allons , tout ceci me plaît ; et si cela i^ëussit , au moins pourrons-nous enfin aller en ayant. ILLO. Et puis , ce qui importe le plus n'est pas de réussir auprès des généraux ; c'est de persuader le maître. Ils sont à lui. Qu'il agisse vivement et avec déci- sion , comme s'ils lui étaient dévoués ; ils le seront, et il les entraînera avec lui. TERZKY. Souvent je ne puis rien démêler en lui. Il prête l'oreille aux ennemis; il me laisse écrire à de Thourn , à Arnheim ; il se met en avant par d'audacieux dis- cours devant Sesina ; il s'entretient avec moi durant des heures entières de se» projets : je crois alors le tenir ; tout à coup il se dérobe à moi , et il semble qu'il n'ait plus le dessein de rien faire que de de- meurer dans la même position. ILLO. Lui , renoncer à ses anciens projets ! Croyez-moi , ToM. IV. B ii4 LES PICCOLOMIKI, pendant la veille , pendant le sommeil , il n'est pas occupé d'une autre idée ; chaque jout il interrage les planètes sur ses desseins. TERZKY. Et savez-YOus que , dans la nuit qui va venir y il doit é'ènfef riiet' avec lé doctèiïr Akn^ sai to'Ûr astro- log'î^e ][>our y faire des (Asertaitioùs ? cat je lui ai eriténdti dire qùé c'était une nuit décisive, et q[u'il devait se passer au ciel quelque èhosë de grsf nd , d'attendu depuis long-temps. ILLO. Pourvu qu'il eu soit de même ici-bas ! Les géné- raux sont maintenant pleins d'ardeur , et se laisse- ront entraîner à tout pour conserver leur chef. Voyez , nous avons l'occasion sous la main. Nous allons former une ligué contre la cour : le prétexte eh est innocent, à la vérité; on veut seulement le maintenir dans le commandement. Mais vous savez qiie , dans la chaleur de l'exécution , on perd bientôt de vue son propre but. Je pense que, si le prince les trouve bien disposés , disposés à des partis auda- cieux, les affaires commenceront, la circonstance l'entraînera; il dura déjà fait uh grahd pas, et qu'à Vienne on ne lui pardonnera pas : alfasi , il sera ^ par la force des choses, conduit de pliis en plus loin. C'est la décision seulemeht qui lui est difficile. Que la nécessité le presse , et alors il reprendra totites ses fortes ^ toute son habileté. TERZKY. C'est là aussi ce qu'attendent les ennemis pour nous amener une armée. ACTE III, SGÈKB IL ii^S V^nez. 11 nousfauty pendant les jours prochains^;, avancer les choses plrts qa'ellesf ne Font été durant des années. Et que tout succède heureusement ici- bas , croyez-moi , nous aurons alors des étoiles favo- rables. Venez retrouver les commandans. Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud. TERZKY. Allez-y y nie. Moi ^ j'attends ici la comtesse Tensky^ Croyez que nous aussi ne serons pa« msils. Quand une corde se casse , il importe d'en «voir HiiQ autre toute prête. i];.Lo. Oui , j'ai vu votre femme sourire d'un air d'iatel** ligence. Qu'y a-t-il? TERZKY. C'est un secret. Allez. Elle vient. SCÈNE IL Le comte et la comtesse TERZKY. EUe est sortie d'un cabinet. TERZKY. Vient-elle? Je n'ai pu le retenir plus long-temps. LA COMTESSE. Elle sera bientôt ici. Envoyez-le seulement. TERZKY. Je ne sais pas, il est vrai , si le prince sera recon- naissant de ce que nous faisons. U n'a jamais rien n6 LES PICCOLOMINI, laissé paraître de sa pensée sur ce point , vous le savez. Je me suis laissé persuader par yoùs , et vous devez savoir jusqu'où vous pouvez aller. LA COMTESSE. • 4 Je prends tout sur moi. (j4 elle-même.) Je n'ai pas besoin qu'il m'ait donné ses pouvoirs. Oui , mon frère, sans nous parler nous avons su nous en- tendre. N'ai-je pas deviné pourquoi vous avez fait venir votre fille , pourquoi il a été justement choisi pour l'accompagner ? Ces prétendus engagemens avec un futur époux que personne ne connaît, peu- vent éblouir d'autres que moi ; je vous pénètre. Il ne vous convient pas de prêter la main à de telles choses. Tout est abandonné à ma pénétration ; bien ! vous verrez que vous ne vous êtes pas mépris dans l'idée que vous avez eue de votre sœur. UN DOMESTIQUE entre. Les généraux. (Dsort.) TERZKY, Ji la comtesse. Songez à exalter sa tête , à lui donner à penser que.... Quand il viendra au festin, qu'il n'hésite pas à signer. LA COMTESSE. Ne vous occupez pas de vos convives. Envoyez- le-moi. TERZKY. Car tout dépend de sa signature. LA COMTESSE. . Allez rejoindre vos convives. ACTE III, SCÈNE III. 117 ILLO revient. Qui VOUS arrête , Terzky ? La salle est remplie ; on vous attend. TERZKY. Tout de suite, tout de suite. (^A la comtesse. ) Et qu'il ne tarde pas trop long-temps; cela pourrait donner des soupçons à son père. LA COMTESSE. Inquiétudes superflues. (Teriky et Illo sortent. ) SCÈNE III. La comtesse TERZKY, MAX PICCQLOMINI. MAX, regardant avec timiditë* * * Madame , oserai-je ? ( // s^asfànce jusqu'au milieu de la salle f et la parcourt d'un œil inquiet. ) Elle n'est pas ici. Où est-elle? LA COMTESSE. Cherchez bien . Voyez derrière ce paravent ; peut- être s'y est-elle cachée. MAX. Ah! voici ses gants. (Tlçeut les prendre , la com- tesse Ten empêche. ) Vous n'avez point de bonté , madame; vous me refusez. Vous prenez plaisir à me tourmenter. LA COMTESSE. Quel remercîment de mes soins ! ii8 LES PICCOLOMINI, MAX. Ah ! c6Bce?«z quelle Aoit être ma pekie ! Bepuis que nous sommes ici n'avoir pas osé hasazderune parole^ un regard! Je n'étais pas habitue à cette rigueur. Là COMTESSE. Il faudra bien , mim beau chevalier^ "vous jhaJii-^ tuer à d'autres privations. Il faut que je sois assure'e de votre docilité ; c'est seulemept à cette condition que je puis me lUiêler de tout ceci. MAX. Mais oîi est-elle ? Pourquoi me ^ent-elle pas ici ? LA COMTESSE. Il font que vous remettiez tous vos intérêts -entre mes mains. Et qui mieux que moi pourrait vous entendre? Aucun homme, pas même votre père, «l'en vdoit rieo sawmsc, rien absoltunieBt. MAX. Il n'est pas nécessaire de me le recommander. Il n'est pas une physionomie ici dont Fexpres- ^a s'ac^cerde «en rien avec teut ce <{m ëmieut mon âme ravie. Ah! madame, $ont-<-ife tDus in^ sensés, ou moi seul le suis-je? Je me vois comme au milieu d'un peuple étranger; je ne retrouve. plus eu moi aucune trace de mes anciens ennuis , de mes anciens plaisirs. Que sont-ils devenus? Autrefois, cependant, je vivais content au milieu de ce monde ! Combien aujourd'hui tout m'y parait insipide et vulgaire ! Mes compagnons me sont devenus insup- portables; mon père lui-même, je ne trouve plus ACTE III, SCÈNE III. ng rien à lui dire. Le service , les armes , me semblent d'inutijles minuties. Cest qc quéproMY^ait une âjça/B ^ienheureu^se^ qpi 4u séjour dep joies ^ter- ndjfis reyie^d^^ à ^e^ jeux puériles , à sep oc- cupations , k ses pyenchans, à ses liaisous let à tf^vjifi sa misérable hu,mfinité. LÀ COMTESSE. Je TOUS prie cependant de jeter encore un re- gard sur liout ce monde vulgaire^ où se passent maintenant d'importantes choses. MAX. Il se passe ici quelque chose autour de moi ; je m'en aperçois à ce mouvement , à ce tumulte inac- coutumés. Quand tout sera prêt et décidé , je le sauj^ai. Où croyez-vous que j'étais, madame ? Ne me raillez point. Ce bruit du camp , cette foule impor- tune d'hommes que je connais, cette insipide gaieté, ces inutiles discours m'oppressaient , je me sentais k l'étroit ; j'ai cherché le silence nécessaire à ce cœur trop ple^n, j'ai .cherché k mon bonheur i^n asile pur. Ne riez point , comtesse , j'étais à l'égli^. Près d'ici est un cloître , je suis allé à la porte du sanctuaire. Là j'étais s^ul. Au-id^ssus de l'autejl est suspendue l'image de la mère de Dieu , up ^AUvaÂs tableau. C'est le seul ami qu'en ce moment j'aie voulu chercher. Combien de fois j'avais vu la 'Divi- nité dans jsou éclat et Faiseur des^èlfi$. >iQeiSpecr tade ne m'avait point éxnn , M maijQAenant imi à coup j'ai x:ompri$ la .dévptian aussi .-i>i^ <}u^ l'amour. 120 LES PICCOLOMINI, LA COMTESSE. Jouissez àe votre bonheur ; oubliez le monde qui est autour de vous. L'amitié' doit, pendant ce temps, agir pour vous avec soin et vigilance. Soyez seule- ment obéissant, lorsqu'on vous montrera le chemin qui peut vous conduire au bonheur. MAX. Mais qui peut l'arrêter ? Ah ! temps heureux du voyage où l'aurore nous réunissait , où la nuit seule nous séparait ! Le sable des horloges ne s'écou- lait point, les heures ne sonnaient point. Le temps était pour nous comme pour les bienheureux, il avait suspendu sa course éternelle. Ah ! celui-là est déjà déchu du ciel, qui est contraint de s'aper- cevoir de la succession du temps. La cloche ne sonne point les heures pour les cœurs heureux. LA COMTESSE. Depuis combien de temps avez- vous ouvert votre cœur ? MAX. C'est ce matin que j'ai osé dire la première parole. . . LA COMTESSE. Quoi! aujourd'hui, pour la première fois, durant ces vingt jours ? MAX. C'était dans ce pavillon de chasse où vous nous avez rencontrés , entre ici et Ncpomuce , à la der- nière station de notre route. Nous étions dans l'em- brasure d'une fenêtre ; nos regards étaient fixés en silence sur l'étendue de la campagne; les dragons ACTE III, SCÈNE III. 121 que le duc envoyait pour nous escorter arrivaient vers nous. Les angoisses de cette prochaine sépara- tion me déchiraient. Enfin , en tremblant , je hasardai ces paroles : « Tout ceci me rappelle, » madame , qu'il faut aujourd'hui me séparer de » mon bonheur : dans peu de momens vous allez )) retrouver un père ; vous serez entourée de nou- » veaux amis , et moi je ne serai plus pour vous » qu'un étranger perdu dans la foule, m — =- « Parlez » à madame de Terzky, » me répliqua-t-elle rapi- dement. Sa voix tremblait ; je vis un rouge brûlant colorer son visage charmant ^ et ses yeux fixés sur la terre se relevant lentement, rencontrèrent les miens. Je ne fus plus maître de moi. ( La princesse paraît à une porte et s'arrête. La comtesse la voit , mais non pas Piccolomini.) Je la pressai audacieusement dans mes bras , et ma bouche rencontra la sienne. Nous entendîmes du bruit dans la salle voisine ; c'était vous. Vous savez maintenant tout ce qui est arrivé. LA COMTESSE, après un instant de silence, et jetant un regai'd d'intelligence sur Th^cla. Et êtes - vous donc si timide , ou si peu curieux , que vous ne me demandiez pas, à moi aussi, mon secret ? MAX. Votre secret ! LA COMTESSE. Mais oui ; je suis entrée dans la chambre comme vous en sortiez , j'y ai trouvé ma nièce ; est-ce que dans ce premier moment, son cœur surpris MAX vivement. Hé bien ! 122 LES PICCOLOMINI, SCÈNE IV. Les prëcedens; THÉCLA^ ÇW s'pst fivaiuiiée jrapi- 4e;xieiit. THÉCLA. Êpiii^nez-Toiis ce soin, m? ^Hfte^ }1 ïfinp^fidr^ mieux «exicoje de ma bauç)ie. MAX M recttl«. C'est VOUS, madame'! Que m'avez-vous fait dire, madame de Terzky ? TH £ G LA , k la ^mtçsse. JEst-il (i^uis lo^-temps ^ci ? LA COMTESSE. Oui, et il n'a que peu de momens à y passer. Où êtes-vous restée si long-temps ? T^£GLA. tMa mère ^tfiit encore d^i^ Içs li^rf^^^ , je Ifi voyais ;Souifrir ; ^et cepen^^ut je i}te jp^is w'einpiçcher id^êtr^ heureuse. MAX, uniqaemeQt occupe k la regarder. Maintenant voti*e aspect relève mon courage ; il n'en était pas ainsi ce matin : l'éclat des pierreries dont vous étiez ornée me déiTobait la V'^e de ma bien- aimée. THÉC^A. Ainsi vous me regardiez des yeux^ et non. pas du f cœur. ACTE. III, SCÈNE IV. laS •MAX. Ail ! ce matin , lorsque je vous ai aperçue au mi- lieu cle Totre iSamiUe, dans 4es bras d'uii père , je me sentais étranger au milieu de ce cercle. Combien j'é-r tais oppressé de vous voir Fentourer de vos caresses^ de vous entendre lui donner le nom de père '! Son re- gard sévère vous forçait à renfermer en vous-même vos sensations vives et tendres. Tous ces diamans ^ cette couronne de "brillantes étoiles dont vous étiez entourée, ni*effrayaient. Ali ! pourquoi, en vous re- voyant votre père , semblait-ïl tracer autour de vous un cercle qu'on ne pouvait franchir ? pourquoi parer comm« une victime une créatture toute céleste ? pour quoi imposer à votre noble cœur le triste fardeau de votre rang? L'amour osait bien s'approcher de l'a- mour; maïs un roi seul eût osé s'approcher de vous parmi cette splendeur. THÉCLA. Ne parloAs plus de ce triivestissement ; vo]as voyez si JAi été empressée à me délivrer desop poids. ( ji la connusse.) Il semble inquiet : pourquoi }e serait- il? Chère t^nte, ppur^uoi l'avez-vous troublé? Uét^it tout autre pendant le voyage ; il était tranquille,, sjç- rein , plein d'une douce satis&ctioji . C'est ainsi que je. veux toujosurs le voir, jamw autrewient. MAX. Vous vous trouvez dans les bras d'un père, au milieu d'un monde nouveau, qui vous xenddiom- *inage, et vos yeux seront éblouis, ne fâit-ecupeBt. ■ ' MAX. Aussi pourquoi cette madame de Terzky? Wa- Irons-nQUS pas ta mèpe ? Elle est bonne , elle n^éritç que nous ayons pour elle un0 confiance filiale. THÉCLA. • « ^ . Oui, elle t'aime, elle t'estime ^a}i-HdjBs?ijs de tQ^$; mais elle n'aurait jamais le courage de cacher ce mystère à mon père; pour son repos il faut le lui cacher. ' .' MAX. ]V[ai?, pourquoi du my^vp? S^-^u ce que je T^is faire? J[ç vais n^e jeter aux pif^d^ de ton père ; ToM. IV. ' ' 9 i3o LES PIGGOLOMINt, il décidera de mon bonheur; il est sincère ^ sans dissimulation , il abhore les Toies détournées ; il est si noble et si bon ! THECLà. C'est toi qui es noble et bon. MAX. Tu le connais depuis aujourd'hui seulement; moi, j'ai déjà vécu dix ans sous ses yeux. Serait-ce donc la première fois qu'il eût fait une chose sur- prenante , inespérée ? Il est dans son caractère de se manifcister tout d'un coup comme un dieu ; tau- jours il fait naître un étonnement, un ravissement subits. Qui sait si dans ce moment même il n'attend pas mon aveu et le tien pour nous unir. Tu te tais? Tu me regardes avec Fair du doute? Qu'as -tu contre ton père ? THÉCLA. Moi, rien; seulement jç trouve qu'il est trop occupé, pour avoir le temps et le loisir de songer à notre bonheur. (Elle lui tend la main avec ten- dresse. ) Imite-moi; n'ayons pas trop de confiance aux hommes. Montrons-nous reconnaissans envers Terzky et la comtesse , pour chaque obligation que nous leur aurons ; mais ne nous fions à eux qu'au- tant qu'ils en sont dignes : pour le reste , aban- donnons-nous à notre cœur. MAX. Ne serons-nous donc jamais heureux? THÉCLA. Et ne le sommes-nous pas? N'es-tu pas à moi? ne suisse pas' à toi? Ton âme est remjplie d'un ACTE m, SCÈNE VI. i3i noble courage, et l'amour me Finspire aussi. Je de- yrais avoir n^oins de franchise , mon cœur devrait se cacher à toi davantage , la coutume l'ordonne ainsi. Mais où trouverais-tu la vérité ici, si tu ne l'entendais pas de ma bouche ? Nous nous sommes rencontrés, tenons-nous maintéhaint enlacés, fer- mement et pour toujours. Crois-moi, c'est beau- coup plus qu'ils n'en veulent faire pqur .i|Ous... Ca- chons donc notre bonheur au fond de notre cœur comme un larcin sacré. Ce don du ciel est tombé sur nous; remercions le cierde'sbn 'bienfait, 'et peut-être pour nous il fera nh miracle. - • « • SCÈNE Vï. Les prëcédens, la comtesse TËRZKY. ÎjK comtesse pr&ipitMUmaàt. . '. ; Mon mari m'envoie ici. Voici le moment impor- tant. Il faut qu'il se rende au festin. {Ils n'ont point fait attention à ce qu'elle a "dit , èlie s'avance mire eux. ) Sépare:&-vous. THÉCLA. Non , pas encore ; il y a à ppine un instant q^'il est ici. LA COMTESSE. Le temps s'écoule rapidement pour vous, ma nièce. MAX. Il n'y a rien de pressé, madame. fîa LESÏlCÇOLOMINI, LA COMTESSE. • Partez, partez, on s'aperçoit de votre absence; votre père tous a déjà demandé déuX fols. ^ .. t- .. .... T-r . Ëh bien ^ son. père! .... , THECLA. ,DoMi-Hjl d(Qrnç.(çtr(^;|;awçe$$e ^vec &es compagnons?: ce n'est pas là $^ pWo?^. €1^ • sont d^s hommes gra-. ves et expérimentés ; il est trop jeune pour être au milieu d'eux ; cela ne convient pas. » I ti CÔIftTESSÈ. * Comment ,^oudriez-vous le retenir ici ? THÉCLA vÎTement. Comme vous le dites, c'est là ma pensée. Oui, qu'il reste ici , qu'il laisse les généraux discourir. \r.. LA pour que vous veniez^ d'une main enfantine y cueillir des fleurs^ «t* |m*er vdtre sein d'un ornement frivole. THÉCLA. * Bien qu'il n'ait ^ pas semé pour moi f JOie pourrais^je pas librement recueillir les nobles fruits 4e bçIi travaux ? Et si le destin indulgent et favorable vou- lait que cette existence merveilleuse et redoutable servît i JaÈssurfer le bonheur de tnâ vie. . .^ LA COMTESSE. Tu peni^eB cî6inhie une jeune 511e épris* tl-àihôur. Regarde autour de toi^ songe au lieu où tu es ; tu n'es pas entrée dans le séjour du plaisir. Dis- moi, les murs sont -ils ornés jpour célébrer un hymen ? les convives $ont-ils couronnés de fleurs ? Il n'est ici d'autre éclat que celui des-ftrmefc.Peiii^es- tu que l'on ait rassemble ices milliers d'hommes pour former le cortège de ta noce? itegardè le front pensif de ton père , les yeux de ta mère rem- plis de larmes ; le destin de notre maison est en ce moment dans la balance. Laisse-là les séntimens ACTÇ III, SCÈNE Vni. i3y IHMlrtla d'dne jexme fille ^.^ttte ixms ces hum- bles àé9in;. montré apxt tu es la fiUe du grand jbosftixxe. La femme ne sappartîesit phs à elle-même , eUe est .ponr toi^urs attachée an destin d^autrai ; et eue Yaut d'autanat :plas ^ qû^elle sait mieux d'as- socier de choix et de ctéur à èet t»téf>#t étranger, pour le servir et le soigner avec dévouement et amour. tfléCLA. Cest ce que f crti Wïê t^épétait dans le cloître. Je ne fornldis âufctiïi désir, je ûe voyais en moi que sa fille. Cette renommée du grand homme, le bruit de sa gloire me subjuguaient aussi ^ et ne me donnaient pas un autre sentiment que celui de luî appartenir, et de me dévouer à lui cjuoîqu il m^en pût coûter. LA COMTESSE. iîtskl lîi ton sbift ; accomplis-le sans murmure ; ta mère et moi te donnerons Texéniple. TéèctÂ. Le destin me V^a montré, tehii àtiqiiel je doiâ'me dévouer, et je le suivrai avec joie. Tèn tcettï- te 1*^ ni^ntté, takéîèt^ èhfeiit, inaîs tkàn pas te Aestili. THÉGÏâ. La voix du coeur ^t ates^i la Toix du ^Aestîn. «Je iMis ài lui; c'est de lui 'seul que je tiens cette lUMb- velle vie dkint j'^existe; il a des droits isur ^ ertéàtioïi. Quétaia-i ISOLAIÏI. Ça ressemble à du latin. Camarade^ comment ça se dit-il en allemand ? TERZKY. i< Unhonnéte homme ne doit pas servir les ingrats. » MAX. « Notre très - puissant général , le sërënissime^ » prince de Friedland, nous ayant fait connaître » que des chagrins sensibles et nombreux lui fai-* » saient désirer de quitter le service de l'empereur; » mais s'étant ensuite laissé toucher par nos prières n unanimes, et ayant consenti à demeurer à l'ar- » mée, et à ne pas se séparer de nouss^ns notre » consentement^ nous nous engageons de notre » côté tous solidairement, et chacun en particulier, )) par un sçrment solennel , à lui être soumis et » fidèles , à ne le quitter en aucune façon , à sacri-* >) fier pour lui tout ce qui nous appartient jusqu'à* * » la dernière goutte de notre sang , dans tout ce qui » peut s'accorder avec le serment que nous avons » prêté à l'empereur ( Isolani répète ces derniers » mots. ) Et aussi, si l'un ou l'autre de nous, man— » quant à cette promesse , venait à se séparer de la » cause commune, nous nous engageons à le dé— n clarer traître et parjure , et à exercer contre lui )i une punition en sa personne ou en ses biens'^, en ACTE IV, SCÈNE II. 143 j) foi de quoi avons $ignë de notre nom le présent » écrit. » TERZKY. Veux-tu signer ce papier ? ISOLANI. Et pourquoi ne signerait-il pas ? Tout officier qui a de l'honneur, peut». . doit* • . De l'encre et une plume. TEHS^KY. C'est bien ; après le repas. ISOLANI, eatniiuuiit Max. Venez, venez. < t ( Toui deux s'en vont À la table. ) SCÈNE n. TERZKY, NEUMANN. >TERZKY fait signe à lYemnann qui-ett auprès 4u biiilWt, et Tentraliie sur le devant du théâtre. Apporte-tu ce. papier, Neumann? donne. Est-il disposé de façon qu'on puisse facilement le sub- stituer? I9EUMANN. 11 est copié ligne pour ligne. On n'y a rien omis que la phrase sur le serment, comme votre Excel- lence l'a ordonné. TERZKY. Bien ; pose-le ici ; et celui-là , vite au feu ! Il a maintenant fait son office. ( Neumann met k copte sur la table , et retourne ver| le buffets ) i44 l'Es PICCOLOMIRI, SCÈNE III. ILLO a quitté la seconde table; TERZKY. ILLO. 'Comment cela Ta-*t4l avec Piecotojnini ? TERZKY. , Bien , je pense ;^ il n'a Ikit aucune objection. ILLO. Il est le seul auquel je ne me fie pas , lui et son père ; ayez l'œil sur tous les deux. TERZKY. Gomment cela se passe-t-il i votre table? J'es- père que vous tenez vos convives un peu échaufTës. ILLO. Us sont tout çmxix. Je pense quin nom les avcms. Il ne s'agit déjà plus de savoir si l'on doit par hon- neur rester attaché au duc : pourvu qu'on soit bien uni , dit Mofitéettetili , on ira faire e&tendre raison à l'empereur au milieu de sa ville de Vienne. Croyez-moi , ?i ce n'était ce Piccolopiioi , nous ju- rions pu nous épargner la supercherie. TERZKY. Que veut Buttler? Taisons-nous. N ACTE IV, SCÈNE IV. . i45 SCÈNE IV. Les précëdens , BUTTLER. BUTTLER, quittant U seconde table. Ne vous troublez pas ^ feld-matéchal , je vous ai bien entendu ; bon succès à vos desseins : et quant à ce qui me touche {mjrstérieusement) , vous pouvez compter sur moi. ILLO| vivement. Le pouvons-nous ? . BUTTLEH. Avec ou sans la clause ; que m'importe à moi , vous m'entendez. Le prince, en toute occasion, peut compter sur ma «fidélité; dites-le lui. Je suis officier de Tempereur aussi long-temps qu'il sera général de l'empereur; et je suis serviteur de Fried- lapd , dès qu'il lui plaira de n'avoir plus de maître. TERZKY. Vous feriez ainsi un bon échange. Ce ne serait plus un maître avare, un Ferdinand que vous serviriez. BUTTLER, d'un ton s^eux. Ce n'est pas une foi vénale que je vous offre , comte Terzky ; il y a six mois que rien ne vous eût fait obtenir de moi ce que je promets aujourd'hui de mon propre mouvement. Je me donne au duc , moi et tout mon régiment; et l'exemple que je donne ne sera pas, je pense, sans influence. TOM. IV. lO i46 . LES PICCOLOMINI, ILLO. Qui ne sait pas que le colonel Buttler a toujours servi d'exemple à toute l'armée ? BUTTLER. Le croyez-vous ainsi , feld-marëchal? Eh bien , je n'ai aucun regret à une fidélité gardée durant qua- rante années ; j'échange volontiers une bonne re- nommée conservéejusqu'à soixante ans ^pour obtenir pleine vengeance. Ne vous offensez pas de mes. dis- cours, messieurs; pour quelque motif que je sois à vous, cela vous est indifférent; vous ne vous at- tendiez pas vous-même, je l'espère, que vos projets me feraient dévier de mes loyales opinions , et que l'inconstance , la subite colère , ou tout autre frivole motif, détourneraient un vieillard de la routé de l'hon- neur qu'il a si long-temps suivie. Venez , ma réso- lution n'en est pas moins ferme, pour avoir été prise d'après un motif dont je me rends compte. ILLO. Dites-nous franchement pour qui nous devons vous tenir. BUTTLER, Pour un ami! donnez-moi la main. Moi, avec tout ce qui est à moi, je suis à vous. Le prince n'a pas besoin d'hommes seulement , il lui faut de l'ar- gent. Tout ce que j'ai acquis est à son service , je le lui prête; s'il me survit il sera mon héritier; depuis long-temps cela est écrit dans mon testa- ment. Je suis seul dans le monde; je ne connais pas ce sentiment qui attache l'homme à une épouse f » ACTE IV, SCÈNE IV. 147 chérie I à des enfaûs aimés; mon nom meurt ayec moi. Mon existence finit là. ILLO. Il n'est pas besoin de votre argent; i|n .cœur comme le vôtre vaut des millions de tonnes d'or. BUTTLER. Je vins autrefois d'Irlande à Prague y comme jeune valet d'armëe, avec un maître que j'enterrai. Du service ignoble de l'écurie je suis monté, par le ha- sard delà guerre y jusqu'à cette dignité , jusqu'à cette élévation où je suis , jouet des destins fantasques. Wallènstein est aussi l'enfant de la fortune; et j'aime une route qui ressemble à celle que j'ai suivie. ILLO. Il y a une parenté entre toutes les âmes fortes. BUTTLER. Nous sommes à une grande époque /favorable aux hommes qui ont de la bravoure et de la résolution. Les villes et les châteaux circulent de main en main comme la plus chétive monnaie, et appartiennent au premier occupant. Les héritiers des antiques maisons sont dépossédés; on voit paraître de nou- veaux-noms, des écussons nouveaux; un peuple du Nord essaie de devenir par la force citoyen de la terre allemande. Le prince de Weimar s'apprête à former, par la conquête, une puissante princi- pauté sur le Mein. Il n'a manqué à Mansfeld, à Hâlberstadt , qu'une plus longue vie , pour s'assurer par leur épée et leur audace une seigneurie indé- pendante. Lequel d'entre eux approche de notre 148 LES PICCOLOMINI, Friedlànd? Il n'est rien de si haut où le brave ne puisse appliquer l'échelle pour y monter. TERZKY. ' Voilà iqfui est parler en homme. BUTTLER. Assurez-vous des Espagnols et des Italiens. Moi , je vous* réponds de Lessley l'Écossais. Rejoignons nos camarades^ allons. TERZKY. Où est le sommelier? Allons , donne tout ce que tu as! les meilleurs vins ! l'occasion est bonne. Nos affaires vont bien. ( Chacun s'en ra à sa table. ) SCÈNE V. LE SOMMELIER et NEUMANN viennent sur l'a- vant-scène j des serviteurs vont et viennent. LE SOMMELIER. Le meilleur vin. Ah ! si mon ancienne maîtresse , sa bonne dame de mère, pouvait voir un pareil train , elle aimerait mieux rester dans son tombeau. Oui, oui, monsieur l'officier, cela va de mal en pis dans cette noble maison. Il n'y a ni borne, ni me- sure , et cette glorieuse alliance avec ce duc ne nous rapporte pas grand profit. NEUMANN. Dieu vous bénisse. C'est maintenant que la pro-- spérité va commencer. ACTE IV, SCÈNE V. >4© LE SOMMELIER. Croyez-vous ? U y a bien des choses à dire là-dessus* UN DOMESTIQUE vient. Du yin de Bourgogne pour la quatrième table. LE SOMMELIER. C'est la soixante et dixième bouteille^ monsieur le lieutenant. LE DOMESTIQUE. C*est pour ce seigneur allemand , Tiefenbach , qui est assis là-bàs. (Hs^énva. ) LE SOMMELIER. . Ils veulent prendre un vol trop haut ; ils vdulent égaler en magnificence les rois et les électeurs. Ce que le prince a fait le comte veut le faire,, et mon cher maître ne veut pas demeurer en arrièi^e: {Aux ^ domestiques. ) Eh bien , qu êtes-vous là à écouter? Aï- Ions, de l'activité. Veillez au service de là table, aux bouteilles; tenez, le comte Palfy a son verre vide devant lui. • * ■ • , "^ UN SECOND DOMESTIQUE vient. Sommelier , on demande le grand gobelet , celui qui est d'or , aux armes de Bohême : le maître a dit que vous saviez bien lequel. LE SOMMELIER. Celui qui fut travaillé par maître Guillaume pour le couronnement du roi Frédéric ; la plus belle pièce du butin de Prague. LE SECOND DOMESTIQUE. Oui , celui là ; on veut boire dedans à la ronde. tSo LES PICCOLOMINI, LE SOMMELIER Mcouaat la tête, tandis qu il preod le golwlet et Fessui». Tout ceci sera rapporte à Vienne. NEUMiWNN. Montrez-le-moi ; quelle magnificence dans ce vase ! Il est d'or massif, et le travail en est superbe ; on a artisteriieiit représenté dessus de fort belles choses. Laissez- moi voir un instant ce premier écusson. Voilà une fière amazone sur un cheval; il foule aux pieds une mitre et une crosse épiscopales. Elle porte un chapeau sur une lance , et aussi un étendard où l'on a représenté un calice. Pouvez-vovis me dire ce que tout cead signifie ? LE SOMMELIER. Cette. femma que vous voyez à cheval est Feiti- blème 4^ 1& lilfre élection du royaume de Bohême ; elle est caractéiriàée par le chapeau et le cheval in- dompté qu'elle monté. Le chapeau esl le signe de la liberté ; car tout homme qui n'a pas le droit de se couvrir devant les empereurs et les rois n'est point libre. NEtîMANtf. IVÏaisquel est ce calice représenté sur Tétendard? ff LE SOMMELIER. Le calice signifie la liberté de l'église dé Bohême , telle qu'on en jouissait dU temps de nos pères. Us avaient , pendant la guerre des hussites , coiiquis sur les papistes le beau privilège de jouir du calice dans la communion; rien ne paraissait plus précieux aux utraquistes que lé calice : c'était le trésor que la ACTE IV, SCÈNE Y. i5i Bohême arait acquis en répandant^ dans maint com- bat^ le plus pur de son sang. Que veut dire ce papier à defrtii déroule ? LE SOMMELIER. Cest la lettre de majesté' de la Bohême que nous arions obtenue par force de l'empereur Rodolphe ^ cette chëre et inestimable charte qui assurait à la nouvelle croyance , comme à Tancienne, le privilège de sonner les cloches et de chanter en public. Depuis que l'archiduc de Gratz nous gouverne , tout cela a fini. Après la bataille de Prague ^ où le palatin Fré- de'ric perdit la couronne etVempire,,çp fut fait de notre croyance, de notre prêche, de nos autels. Nos frères ont été obligés, d'abandonner la patrie, et l'empereur a lui-même . déchiré avec ses ciseaux la lettre de majesté. Opmme vous âavez bien tout èela«^ Vcms éte$ versé dans les chroniques de vptr^, pi^y^t sommelier. LE SOMM»ELiîS»i: ' * ' » Mes aïeux étaient tabprites , et servaient sous Ziska et sous Procope. La paix soit js^yw leurs cjpn- dres. Us combattaiept pour la bonne cause. Allons^ empprtez ce vase. TÏEUKIANÎT. Laissez-moi voir encore le second ecusson. Voyez, il semble représenter les conseillers de l'empereur, Martinite , JÛa^nata , précipités du iiaut du oliàteau db Prague* Âk l je comprends ; et voici là le comt^ de Thurn qui en donne l'ordre. i5a LES PICCOLOMINI, ( Un domestique emporte le gobelet. ) LE SOMMELIER. Ah ! ne me parlez pas de ce jour. C'était le yingt-troisième du mois de mai , dans l'année seize cent dix - huit. Ce jour malheureux m'est aussi présent que ce que je vois aujourd'hui. C'est là qu'ont commencé les misères de notre pays. Depuis ce jour f seize années se sont écoulées ^ et la paix n^a pu encore revenir sur la terre. ( On crÎA à 1% ucond* table. ) Au prince de Weimar ! ( A la troisième et à la i^aatrièûie. ) Vive le duc Bernard ! ' (hk musique cessa. ) ^ 1PREMIER DOMESTIQUA. , Entendez-vous ce tumulte? SECOND DOMESTIQUE arfrivant prtfcipiUmment. AvezHVous entendu ? Ils crient sd^e Weimar l TROISIÈME DOMESTIQUE. L'ennemi de l'Autriche ! PREMIER DOMESTIQUE. Un luthérien ! SECOND DOMESTIQUÉ. Tout à l'heure , Déôdat a porté la santé de l'em- pereur, et tout le monde est resté muet. , LE SOMMELIER. . . C'est l'ivresse qui est cause de tout cela. Un hon<- nête serviteur ne doit pas avoir d'oreilles pout* de telles choses. ACTE IV, SCÈNE V, i58 TROISIÈME D OME S T IQU E , au quatrième qui est auprès de lui. Observe bien tout , Jean ; nous irons en rendre compte au père Quiroga, qui nous donnera des in- dulgences pour cela. QUATRIÈME DOMESTIQUE. C'est bien pour cela que je me suis tenu le plus que j'ai pu derrière le fauteuil d'Illo. U tient d'é- tranges propos. j (LesdomesUqtMrefïAiriieiitaAiafctaUeâ') LE SOMMELIER, JiNeamann. Quel est ce seigneur vêtu de noir, avec une croix, qui s'entretieiat si confideniment avec le comte Palfy ? NEUMANN. Us peuvent se confier entièrement à celui-là. U se nomme Maradas ; c'est un Espagnol. LE SOMMELIER. Il n'y ai pas à compter sur les Espagnols , Croyez- moi. Tous ces Italiens ne valent rien. NEUMANN. Vous ne devriez pas parler ainsi , somnaelier i ce sont justement , de toiis' les 'ge'ne'raui , ceux sur les- quels le duc se fie le plus. ( Texîckj Tient tenant un pépier, toui les eonvivVs se retirent. ) LE SOMMELIER, aux domestiques. Le lieutenant ge'néral se lève. Op sort de table ; faites votre service : allez ^ retirez les siëges, (Les domestiques se retirent vers le fond du tbéUre , une partie des conTives s'arancentO i54 LES PIGGOLOMINI, SCÈNE VI. ( Octavio Plccolomini arrÎTe parlant avec Macadas ; tb te plaofcM tous éevat Bur un à6% côtes deravaut-scèae. Du côté opposé, MaxPiccolomini s'avance tout seul pensif et sans prendre part au mouvament général. Au milieu , mais quelques pas en arrière , on ipoit groupés deux 4 deux Buttler, Isolani, Gota, Tiefenbach, Colalto, et un isstant après le eàùAb l^raVy. ) ISOLANI, pendant que les généraux viennent, en avwit. Bonne nuit ^ bonne nuit , Colalto. Lieutenant ge'nëral^ bonne nuit; ou^ pour mieux, dire^ bon- jour. . ! GÔTZ, àTiefenUch. Camarade , eh bien , ce dîner ? TIEFENBACH. Ce'tait un festin royaL GÔTZi. .. Ah ! la comtesse s'y entei^d ; elle a ^pris cela de sa belle-mère. Dipu veuille avoir son âme ! C'étoit une bonne maîtresse de maison. ISOLANI voulants en aller.- • . • , • I ' ' ** . # De la lumière ! e'clairez-mpi. 1 • r TERZKY vient à l9<ïUrBi«veeUn t>bp|^. ' i . i. Camarade , ençprç , de^jx. wiimtçs ;. il faut encore signer ceci. ÎSOLANI. Signer,' tant que vous voudrez; épargnez -moi seulement uhe Seconde lecture. TERZKY. Je ne veux pas vous en donner l'ennui, c'est le serment que vous connaissez déjà ; c'est un trait de ACTE IV, SCÈNE VI. i55 plume à donner. ( A Isolanif qui pirésenie le papier à Octai^io.) Il ne s'agit pas de rang ici; chacun à son tour, comme ça sie présentera. ( Oettno parcourt k papier arec we indifTéraBOe iftparenla* t'ersl^ FolMeHe de loin. ) GÔTZ à Tenky. Monsieur le comte , permettez tpie je vous fasse mes civilités. TERZKY. Ne vous pressez pas ainsi ; buvons - encore une fois avant d'aller dormir. Holà ! ( n Aj^elle ses gens. ) GOTZ. Je vous remercie , cela ne se peut pas. . T£RZKY: Une seule goutte. OÔTZ. Êxcus^z-moî. TIÈFÈNBACH s'asseyait. Pardon, messieurs; mais je Yne fatigue à reirtér debout. TERZKt. Na6, moilsieur le grâtid^Maîtrë. TIEFENBÀ'CH. La tête est libre , l'estomac est bon ; mais les jumbes M veulent plus me porter^. I s OL k.'NI montrant sa corpulence. Cest qu'aussi elles ont une trop lourde charge. ( Octavio a signé; il remet le papier à Tersky , qui le donne à Isolani : celui-ci va signer sur la table. ) TI^FENBACH. C'est la guerre de Poméranie qui me vaut cela ; U* i56 LES PICCOLOMINI, fallait coucher sur la glace et dans la nei^e ; de ftia vie je ne m'en remettrai. GÔTZ. Ah ! oui , les Suédois ne s'inquiètent pas de la saison. < Tertky donne le papier i don Mandes qui va tigner sur la taUe. ) OGTAYIO s'ayproclie de Battler. Vous n'aimez pas beaucoup à fêter Bacchus , mon- sieur le colonel; je l'ai bien remarqué : et il me semble que vous vous plairiez mieux au milieu d'une bataille que dans les festins. BUTTLER. Je dois avouer qu'ils ne sont pas de mon goût. OGTÂ.VIO s'approchent avec plus d'intimité. Ils ne sont pas du mien non plus , je puis vous l'assurer; et je me réjouis, digne colonel Buttler, d'avoir la même manière de penser que vous,. Une demi - douzaine , tout au plus , de boi\s amis , au- tour d'une petite table ronde , un verre de vin de Tokay, une conversation sensée et à cœur ouvert , c'est là ce qui me pi ait. BUTTLER. Oui, si l'on pouvait se donner ce plaisir, il me conviendrait assez. ( Le papier Tient 4 Buttler. Il Ta à la taMe pour le signer. L'avant-scène reste vide, de façon que les deux Piccolomini restent seuls, chacun de leur côté. ) OGTAVIO , après aToir long-temps obsenre' son fils en silence, se rapproche un peu d» lui. Tu as tardé long-temps à venir, mon ami. ACTE IV, SCÈNE VI. 167 Max m tourne vert son père, et semUe eiii]>arraW. Moi? des affaires pressantes m'ont retenu. OCTAVIO. Et ^ à ce qu'il me semble^ ta pensée n'est pas ici? MAX. Vous savez que le tumulte me rend toujours si- lencieux. OCTAVIO s*approcliè de lui davantage. Je n'ose demander ce qui t'a retenu si long-temps. ( Avec finesse. ) Et Terzky le sait cependant. MAX. Que sait Terzky ? OCTAVIO d'un air significatif. Il était le seul ici qui ne fît pas attention à ton absence. I s O L AN I , qui de loin les a oBaervës , s'avance. Bien y père; renvoyez-le*-moi aux bagages; met- tez-le aux arrêts^ il se conduit mal. TERZKY revient avec le papier. Tous ont-ils signe ? n'en manque-t-il aucun ? OCTAVIO. Ils y sont tous. TERZKY, àbautevoiz. Quelqu'un n'a-t-il pas signé ? BUTTLER àTeriky. Comptez ; il doit se trouver trente noms. TERZKY. Voilà une croix. 'l i58 LES PICGQLOMIHI, TIEFENBAGH. La croix est pour moi. , ISOLAI7I 4Tenky. Il ne sait pas écrire; mais sa croi^ est bonae ^ et il la fera bien respecter des juifs comme des chrétiens. OCTAVIO pressant Max. Partons ensemble , colonel ; il se fait tard. TERZKY. Un seul PicGolomini a signé. ISOLANI montrant Max. Prenez garde ^ c'est celui-là qui manque ; c'est ce convive de pierre ^ dont nous n'avens pu rien faire ce soir. ( Max prmd le papier dca maint de Tenkj, et le pareourtataedistnKtiaa.) . SCÈNE Vil. Les précédens ; ILLO sort de la chambra du fond ; il tient en main le gobelet d'or, et il est fort animé par le vin. Gotz et Buttler le suivent, et essaient de le retenir. ItLO. Que voulez-vous ? laissez-nioi. GÔTZ et BUTTLEE. lUo , ne bois donc pas davantage* ILLO va à Octavio , et Tembrasse tout en Duvanl . Octavio, je t'apporte ce verre j que toute la ran- ACTE IV, SCÈNE VII. iSg cune $oit noyëe dans ce gobelet que nous allons vider ensemble. Tu sais bien que tu né tn'as jamais aime. Dieu me punisse^ si je n'étais pas dans les mêmes sentimens pour toi! Que le passé soit oublié; je t'aime infiniment. ( Il veut T embrasser une autre fois. ) Je suiâ son meilleur ami; et afin que vous le sachiez , celui qui le traitera de traître et d'hypo- crite, celui-là aura affaire à moi. TERZKY If tirant k p^rt. Etes-vous hors de sens? lUo , songez où tous êtes ? ILLO d'iw air covdkd^ Que voulez-vous? ne sommes-nous pas entre bons amis ? ( /Z parcourt le cercle dCun œil satisfaite ) Ce qui me fait plaisir, c'est qu'il n'y a pas un faux frère parmi nous. TE R ZK Y à Buttler aye c instance. Emmenez-le avec vous , je vous en conjure , Buttler. ( Buttler le conduit vers le buffet. ) ISOLANI à MaXf qui toujours immobile et distrait regarde le papier. Ce sera-t-il bientôt fait , camarade ? l'avez-vous maintenant assez étudié? MAX, comme s^il se vtfTeiUait d*ao 80fi|e. Qu'y a-t-il à faire ? TERZKY et ISOLANI à kfoi». Mettre son nom au bas. « ( OçU?io , aveip vm^ ^ttination Ui^piiètA, fixe les xcgairdt sar Bft«x. ) MAX rend le papier. Laisspas cela pour aujourd'hui. C'est une affaire à t6o LES PICCOLOMÎNI, considérer^ et je suis mal disposé aujourd'hui ; êil- voyez-le^moi demain. TERZKY. ♦ Songez cependant ISOLANI. Vite, signez. Eh quoi! il est le plus jeune de ras- semblée , et il voudrait à lui tout seul avoir plus de de prudence que nous tous ensemble ? Voyez donc* Votre père aussi a signé , et nous tous. TERZKY à Octavio. Employez votre influence sur lui; persuadez-le. OCTAVIO. Mon fils est en âge de se décider lui-même. ILLO'a posé le verre sur le buffet. De quoi parle-t-on ? TERZKY. Il se refuse à signer le serment. MAX. Je dis que cela peut se remettre jusqu'à demain. ILLO. Cela ne peut pas se remettre. Nous avons tous si- gné; et toi aussi, toi, il faut que tu signes. MAX. Illo, bonne nuit. ILLO. s . 1 Non, tu ne t'échapperas pas ainsi. Le prince doit apprendre aujourd'hui quels sont ses amis. ( Tous 1<» convives se rassemJUent autour d*enXt ) ACTE IV, SCÈNE VIL i6i MAX. Le prince sait quels sont mes sentimens pour lui ; personne ne les ignore, et toutes ces sottises sont inutiles. ILLO. Voilà la récompense qu'obtient le prince , d avoir toujours préféré les Italiens. TE RZ K Y , dans le plus grand troohle , s'adresse aux gëné^aùx ^ui sont en tumulte. C'est l'ivresse qui le fait parler , ne l'écoutez pas , je vous prie. ISOLANI riant. Le vin ne donne pas des idées , il fait seulement dire celles qu'on a. ILLO. Qui n'est pas pour moi est contre moi. Quelle dé- licatesse de conscience ! parce qu'on ne lui laisse pas une porte de derrière, une clause. ITERZKY r interrompt virement. Il est hors de raison ; ne faites pas attention à ses paroles. IL L O , criant plus fort. Une clause pour s'échapper. Quelle clause ? Que le diable emporte cette clause. MAX écoute attentivement, et regarde de nouveau le papier. Qu'y a-t-il donc là de si difficile? Vous me donnez la curiosité d'examiner de plus près. TERZKY, ànio, àpart. Qu'avez-vous fait , lUo ? Vous nous perdez. TIEFENBACH à Golalto. J'ai bien remarqué qu'avant le repas on avait lu autrement. ToM. IV. II i6a LJSS FICCOLOMINI, GOTX. Je m'en suis aperçu aussi. ISOLAWI. Que m'importe? Puisque les autres noms y sont, le mien peut bien y rester. TIEFB5BACH. Ayant le repas , il y avait une certaine restriction , une cUu^ç concernant le service de l'empereur. fiUTTLER, à un des généraax. Et quoi! vou§ repentez-vous, messieurs? Songeai oh nous en sommes. La question maintenant consiste à savoir si nous conservero|xs le général, ou si nous nous le laisserons ôter. On ne peut pas prendre le$ cbQses; si fort à U rigueur et si scrupuleusement. ISOIaNI, à «n des gtfaértux. Le prince s'e^t-il arrêté ^ de$ clauses, quand il V w« s^ Âwxké vQtr? régimiçi^t ? ^ TERZKY, à Gou. Et quand i^ vous a confié cette fourniture qui voua a valu mille pistoles en un an ? ILLO. Il n'y a qu'un scélérat qui puisse pQus regarder comme parjures. Celui qui n'est pas content, qu'il le dise; je suis là pour lui répondre. TIEFÇNBACP. Eh ! on cause ensemble seulement. MAX, a^rè^ avoir la le |>apier, le rend. A demain donc. ACTE IV, SCÈNE VII. ifô JJàJjO 4WvlE40( 4f cgUrç, Çt notant plus tnattre de lui, présente d'iue main le papier à Max , et de Vautre tire son épëe. Signe ^ Judas. Fi ! Illo. OCTAVIO, TERZi[¥, B€TTLER, à la fois. Écartez l'ëpée. MAX. n a pris le furieux dasi aes i>fWi ft 1^ di^ttrw^; puis s^adressant au comte de Teraky. Faites-le pprte? ^^JF un Jit. (Dsort. Illo, jurant et furieux , est retenu par quelques-uns des généraux. Pendant ce tumulte, la ^ç^k V>V^* ) FIN DU QUATRIÈME ACT?. / i64 LES PICGOLOMINI, m %ni^'Vk»mvvy*iw¥WV¥»f9MtnMVV¥*^ni*n/¥Vtki^vywvwviftnivtiwv¥«tMfvyvt/yii^ ^ ACTE CINQUIEME. Le théâtre représente un appartement de la maison de Piccolo» mini : il fait nuit. SCÈNE PREMIÈRE. « OCTAVIO PICCOLOMINI ; un domestique Féclaire. Un- instant après, MAX PICCOLOMINI. OCTAVIO. Dès que mon fils sera rentre, tous lavertirez que je veux le voir. Quelle heure est-il ? LE DOMESTIQUE. Le jour va paraître. OCTAVIO. Laissez là votre lumière. Je ne me coucherai pas; vous pouvez aller dormir. ( Le domMtique lort. Octavio, pensif, se promène dans la chambre. Max. Piccolomini entre. Il n'est pas d'abord aperça par son père, et le regarde nn instant en silence. ) MAX. Seriez-vous mal disposé pour moi , Octavio ? Dieu sait si j'ai eu le moindre tort dans cette odieuse que- relle. J'ai bien vu que vous aviez signé. Ce que vous aviez fait, je pouvais le faire sans crainte. Cepen- dant, vous le savez, dans de telles choses je ne puis à .•">' ACTE V, SCÈNE I. i65 suivre que mes propres lumières et non celles d'autrui. OGTAVIO ▼aàlttietlembnme. Continue toujours à les suivre y mon digne fils ; elles t'ont aujourd'hui mieux guidé que l'exemple de ton père* MAX. « Expliquez-vous plus clairement. OCTAVIO. Je vais le faire. Après ce qui s'est passé cette nuit, il ne doit plus y avoir aucun secret entre nous. (^Ils s* asseyent tous les deux.) Max, dis-moi, que penses*tu de ce serment qu'on a présenté à notre signature ? MAX. Je le regarde comme sans danger, bien que la formule ne m'en plaise point. OCTAVIO. m Tu aurais , sans aucun autre motif, refusé la si- gnature qu'on te pressait de donner ? MAX. C'était une affaire sérieuse. J'étais troublé. La chose ne me paraissait pas si pressante. OCTAVIO. Sois franc , Max ; tu n'avais aucun soupçon ? MAX. Sur quoi des soupçons? pas le moindre. OCTAVIO- Remercie ton bon ange, Piccolomini. A ton insçu, il t'a retenu au bord de l'abîme. i66 LSS PICCOLOMINï, ha. Ai. Je ne comprends pas ce que vous voulez âité. OCTAVIO. Je vai9 m'expliquer. Tu auras associé ton nom à une perfidie ; d'un trait de plume tu aurais renié tes devoirs, tes sermens. Octavio ! ÔCTAVIO. jt^emeurë assis ; j*ài encore béâtfcdup à te dite. Ami , tu as depuis des ànnéei técu aàns un in- concevable aveuglement. Le plus noiîp coniplot s'our- dissait sous les yeux , et une puissance infernale dérobait à ta vue la clarté et l'évidence. Je fté pnh me taire plus long-temps ; il faut que j'arrache le bandeau qui contre tes yeux. MAX. Avant de parler, pènsez-y bien. Si vos discours né sont que dés èonjectûréfs , et je crains bien que ce ne soit rien de pîu's , épai'gnéz-lés ; je ne suis pas disposé maintenant à les accueillir tranquillement» Tu as de ptiisSâh^ motifs poûi' fuit la lumièi*e} j^h ai de pressans pour te la montrer. Je pourrais me reposer tranquillement sur l'inBocence de toâ cùRtiv , sur ta propre opinion , mais je vois un piège dange- reux préparé pour enlacer ce cœur... Le secret (il fixe sur lui un regard pénétrant) que tu nié caches me force à révéler le mien . (Biax essaie de répondre. Il fixe a lerre des regÎMcds trouble's^ après les avoir lèvâ oa ihitani ) ACTE V, SCÈNE I. 167 OGTÂ.VIO, après un moment de silence. Apprends dont! que 1 on te trompe ; qu'on se joue impunément de toi et de nous tous. Le duc feint de vouloir abandonner l'armée; et dans ce moment tnèmey on tMVaiilé k dérober k l'^itipefe&r son Ar- mée^ k la ^nduil'e à l'<è«ifteY»ii - ■ « MAX. Je coatiaifi les mensonges que débitent Les prêtres ; mais je ne m'attendais pas à les «ntetidre de vottre bottcbe. » OCXAVIO. C'eM pareé que tu le& entends <|ie «la bMiohé , qnt tu ne doig pltis les prendre poUr des nteomoiig^s de j^étres. Dans quelle démence sitppOàe-t-éA le dttc ? PÈltttv. rait-il penser que trente mille braire* ép*ouTé*> que d'honorables soldats , paï*ml lesquels ùiï cowrpte pltife de mille gentilshcnumes , quittiâr^M le èkémitl de rhonneur, du devoir, des sermens^ et s'accorderont ^ntre eux p^ur une ti^ahison ? OCTAVrO. U se garde bien de solliciter une telle iiifai^ie. Ce qu'il demande de nous est revêtu de noms moins cou- pables. Il Ae veut rienquedonnetiflâpaixà l'empire; ,et comme cette paix est odieuse à l'empereur ^ il veut... il veut l'y contraindre; il veut apaiser tous les partie , 01 potir prix de ses peines garder pour Itti la Bohême qu'iLoccupe déjà. i68 LES PIGGOLOMINI, MAX. A-t-il mérité de nous, Octario., que nous pen- sions de lui de telles indigpités ? OCTAVIO. ' Il ne s'agit pas ici de notre pensée : la chose parle d'elle-même, les preuves sont claires. Mon fils, tu n'ignores pas combien la cour est mécontente de nous. N'as-tu donc pas aperçu les artifices , les menson- ges qufe l'on met en usage pour semer l'esprit de révolte dans le camp ? Tous les liens qui attachent l'officier à l'empereur , tous les liens qui tiennent le soldat à l'intérêt de la patrie, sont rompus. Libre de tout devoir et de toute loi , il se fortifie contre l'état qu'il devrait défendre, et menace de tourner les ar- mes contre lui. Cela va si loin , que l'empereur en ce moment tremble devant sa propre armée; que d«ai^$;s^ capitale, dans son château, il redoute le glaive de parjures. Oui, il s'apprête à dérober sa iepdre famille , non pas aux Suédois, aux luthé- riens, non , à ses propres soldats. MAX. Cessez, vous me déchirez, vous m'épouvantez. Je sais bien que l'on peut être agité par de vaines crain- tes ; cependant ces fausses illusions amènent des malheurs réels. OCTAVIO. Il n'y a pas d'illusion. La guerre civile, la plus dénaturée de toutes, va s'allumer, si par un prompt secours nous ne la prévenons pas. Les colonels sont gagnés depuis long-temps ; la fidélité des subalter-* nés est chancelante; déjà tous les régimens, toutea ACTE V, SCÈNE I. i(>9 les garnisons s'ébranlent. Les forteresses sont com- mandées par des étrangers. On a confié au suspect Schafgotsch les levées de la Silésie, à Terzky cinq régimens de fantassins et 4e cavaliers; à lUo, à Kinski^ à Buttler , à Isolani^ les troupes les mieux équipées. MAX. Et à nous deux aussi. OCTAVIO. Parce qu'on se croit sûr de nous ; parce qu'on s'i- magine nous avoir séduits par de brillantes promes* ses. Il m'assigne la principauté de Glatz et de Sagan ^ et je vois bien à quel appât il compte te prendre, MAX. Non , non ^ non^ vous dis-je. OCTAVIO. Oh I ouvre donc les yeux. Pour quel motif penses- tu qu'on nous ait rassemblés à Pilsen ? Pour prendre nos conseils? Quand Friedland a-t-il eu besoin de nos conseils ? Nous sommes convoqués pour être achetés; et si nous refusons, pour être gardés en ota- ges. C'est pour cela que le comte de Galas n'est point venu. Et tu ne verrais pas ici ton père , si des de- voirs plus importans ne l'y tenaient enchaîné. MAX. Nous avons été appelés ici pour lui ; il n'en fait point de mystère. Il avoue qu'il a besoin de notre bras pour se maintenir. Il a tant fait pour nous, que ce nous est un devoir d'agir maintenant pour lui. 170 LES PICCOLOMINI, OCtATiD. Et tois-^tu ée qu'il faut que ïicm^ fassions pouf lui ? lUo , dftns le désordre de soh ivresse , a trahi le ^cret. Rappelle -toi donc ce que tu as entendu, ce que tu as vu. Cet écrit falsifié, cette clause décisive soustraite , ne témoignent-ils pas qu'on voulait nous entraîner dans un coupable engagement? MAX. Ce qui s'est passé cette nuit , au sujet de cet écrit, n'a paru à mes yeux qu'une mauvaise pratique de cet Illo. Cette race d'intrigans veut toujours se mettre à la tête de tout. Us voient que le duc n'est pas en bonne inteiligence avec la cour , et ils s'imaginent le servir en agrandissant la plaie, en la rendant incurable. Le duc, croyez-moi , ne sait rien de tout cela. OCTAVIO. Il «8t douloureux pottr mot de renverser cette con- fiance si bien établie qtie tu as en lui. Cependant , je ne dois pas ici épargner ton opinion. Il fawt prompt tement régler la conduite > dirîiger tes actions. Je t'avomerai deoc que tout ce que je t'ai confié > oe qui te semble si inc]H>yabk, je le tiens de..« de ^a propre boucbe^ de la bouche du prince. MAX vifettunît ëdM. Jamais ! OCTAVIO. Lui-même ni'a confié, ce que j'avais déjà déccm-^ vert par une autre voie , qu'il voulait passer du eote des Saxons, et, à ki tête des années réunies, forcer l'empereur ACTE V, SCÈNE I. 171 MAX. Il est violent. La <^ur l'a sensibleihent offensé. Peut-être que , dans un moment de cHagrin , il aura pu s'eublier une fois. OCTAVIO. Il était de sang froid lorsqu'il me fit cet aveu j et , comme il prit mon étonnement pour de la crainte, il me montra avec confiance des lettres de Suédois et de Saxons qui lui donnaient l'espérance d'un secours assuré. MAX. Cela ne peut être , non cela ne peut être , cela ne J)eut être. Voyez-vous , cela est impossible ; vous ui auriez témoigné votre horreur d'un tel dessein ; vous l'en eussiez dissuadé^ ou vous... vous ne seriez pas ainsi tranquillement auprès de moi. ÔCTAVIO. Je lui ai bien laissé voir ma pensée. Je l'ai pressé ; j'ai tenté des efforts pour le ramener : cependant , j'ai tenu profondément cachés mon horreur et le fond de ma pensée. MAX. Vous auriez eu cette fausseté ? €ela n'est pas con- forme à vous-même., mon père. Je ne croyais pas vos discours, quand vous me disiez du mal de lui; il m'est encore plus impossible de les croire, ^uand c'est vous que vous calomniez. OCTAVIO. Je n'ai pas cherché à pénétrer son secret. MAX. Sa confiance méritait votre sincérité. 17^ LES PICCOCOMINI, o<:tavio. Il n'était plus digne de ma franchise. MAX. La trahison était plus indigne encore de vous. OCTAVIO. Mon noble fils , il n'est pas toujours possible dans la vie de garder cette candeur d'enfant que nous dicte une yoix intérieure. Dans la continuelle néces- sité de se défendre contre la ruse et l'artifice, le cœur ne peut pas demeurer sincère et confiant : c'est une malédiction attachée à tout ce qui est le mal ; sans cesse il se multiplie et engendre le mal. Je n'examine point : j'ai fait mon devoir; l'empereur m'avait prescrit ma conduite. Sans doute il serait mieux de suivre en tout le mouvement de son âme ; cependant y renoncer pour parvenir à une bonne fin est encore au-dessus. 11 s'agit ^^ mon fils, de bien servir l'empereur j qu'importe la voix de mon cœur? MAX, Je ne puis aujourd'hui saisir ni concevoir vos discours. Le prince, dites -vous, vous a franche- ment ouvert son âme dans un dessein pervers ; et vous , par un louable dessein , vous l'avez trahi. Cessez, je vous en conjure : vous ne sauriez me priver d'un ami ; ne me ravissez pas un père. OCTAVIO rëprimaat un mouvement de sensibilitë. Tu ne sais pas tout encore, mon fils ; j'ai encore quelque chose à te révéler. (^ Après un instant de silence. ) Le duc de Friedland a fait ses préparatifs. Il se confie à son étoile : il pense nous surprendre à ACTE V, SCÈNE 1. 178 rimproviste. Il croit que, d'une main assurée, il va saisir la couronne ; il se trompe. Nous avons agi de notre côte, et c'est à son funeste et mystérieux destin qu'il ya atteindre. MAX. Ne hâtez rien , mon père. Au nom de Dieu, lais- sez-vous fléchir ; point de précipitation. OCTAVIO. Il chemine en silence dans une voie perverse. Si- lencieuse aussi et dissimulée , la vengeance le suit pas à pas. Déjà elle se tient près de lui cachée dans l'obscu- rité. Encore un pas seulement , et elle va l'atteindre d^une manière terrible. Tu as vu chez moi Questen- berg : tu ne connais encore que sa mission ostensible; il en a aussi une secrète , qui était pour moi unique- ment. MAX, Puis-je la connaître? OCTAVIO. Max, d'un seul mot, je vais mettre en tes mains le salut de l'empire et la vie de ton père. Wallen- stein est cher à ton cœur ; une forte chaîne d'amour^ de vénération, t'attache à lui depuis ta tendre jeu- nesse ; tu nourris le désir , laisse-moi prévenir l'aveu que ta confiance a différé , tu nourris l'espoir de lui appartenir de beaucoup plus près encore. MAX. Mon père. OCTAVIO. Je me fie à ton cœur. Mais puis-je être aussi cer- tain de ta fermeté? Pourras-tu d'un visage tran- 1^4 LES PICCOtOMINI, quille paraître deyaut lui , quand je t'aurai révélé tout son destio. MAX. Vous m'ayez déjà confié son crime, ( OcUtio prend un papier dans une cassette et le lui présente. } MAX. Qu'est-ce ? Quoi! une lettre ouyertçdç l'empereur. OCTAVIO. Lis. M AK , après avoir jeté les 3reax denns. Le prince comdamné et proscrit ! OCTAVIO. Cela est ainsi. MAX. ! que les choses sont ayancëes ! ô malheureuse erreur ! OCTAVIO. Continue de lire? Remets-toi. . MAX, après avoir lu, regarde son père arec e'tonnement. Comment ? Quoi ? You? ? Vous êtes. . . OCTAVIO. Four un mtoment seulement p et jusqu'à ce que le roi de Hongrie puisse paraître à l'armée > le cam-r mandement m'est confié t MAX Et croyez-vous le lui arracher? Ne le pensess pas. Mon père , mon père , on vous a donné une commis- sion malheureuse. Cet ordre 9 prétendeï«TOUS Texé- cuter 9 et désarmer le redoutable chef au milieu de son armée , entouré de ses milliers de braves ? Vous êtes perdu I vous et nous tous. ACTE y, SCÈME I. 175 OCTAVIO* Je sais le p^ril que j'ai à courir. Je suis dans la main de la proyidence y elle couvrira de son bouclier la pieuse maison impériale^ et renversera l'œuvre des ténèbres : l'empereur a eucore de 6dè)e$ servi- teurs. Il y a encore dans le camp assez de braves qui combattront courageusement pour la lionne cause. Les sujets fidèles $out avertis; les autres sont surveillés; j'atteads ^içulement le preiuier pas; et aussitôt MilX. Sur un simple soupçon, voulez -vous donc agir sur-le-champ , en toute hâte ? OCTAVIO. Loin , loin de Tempereur tout acte despotique. Ce n'est pas la volonté, ce sont les actions seules qu'il veut pupir. L« prince tient encore son de$tin dans sa main. Qu'il laisse le complot sans exécution , il pourra abandonner tranquillement le commande- Hieut; il cédera la place au fils de son empereur. Un honorable exil daiis ses terres sera plutôt un bienfait qu'une punition ; mais aussi, à la première démarche apparente Quelle démarche voulez-vomsdir^? Il n'en fera au- cune qui soit criminelle; mais vous pourrez, et déjà TOUS l'avez fait, interpréter à mal les pliis innocentes. OCTAVIO. Quelque coupable quefdt l'intention du prince, les démarches publiques qu'il a faites peuvent en- core être expliquées innocemment, et je ne penserai Il ,^6 LES PICCOLOMINI, point à user de cet e'crit avant qu'il soit prouvé , par un acte incontestable , qu'il est coupable de haute trahison ^ et doit être condamné. MAX. Et quel en sera le juge ? OCTAVIO. Toi-même. MAX. Oh! s'il en estainsi^ cet ordre sera toujours inutile. JTai votre parole , vous n'agirez pas avant que moi , moi-même , je sois convaincu. OCTAVIO. Est-il possible ,... après tout ce que tu sais^ que tu puisses encore le croire innocent? MAX, Tivament. Votre jugement peut se méprendre et non pas moi^ cœur. ( // continue as>ec un ton modéré. ) Le génie n'est pas facile à démêler comme les esprits ordinai- res. De même que les astres guident son destin, de même il s'avance comme eux dans des routes éton- nantes , mystérieuses, et toujours inconcevables. Croyez-moi, on lui fait injustice. Tout sera expli- qué , et nous le verrons sortir pur et brillant de tous ces noirs soupçons. OCTAVIO. J'attendrai. ACTE Y, SCÈNE II. 177 SCÈNE IL « Les prëcédens, UN DOMESTIQUE; un instant après, UN COURRIER. OCTAVIO. Qu'est-ce? LE DOMESTIQUE. Un courrier attend là à la porte. OCTAVIO. Si matin, à la pointe du jour! Qui est-il? d^où vient-il ? LE DOMESTIQUE. Il n'a pas voulu me le dire. OCTAVIO. Conduisez-le ici, et ne parlez pas de ceci. ( Ledo-^ mestique s'en va. Un cornette entre.) C'est vous, cor- nette ; c'est le comte de Galas qui vous envoie ? Re-* mettez-moi sa lettre. LE CORNETTE. Je n'ai qu'une commission verbale. Le général a craint. OCTAVIO. Qu'est-ce? LE CORNETTE. Il VOUS fait dire.... Puisrje parler ici librement? OCTAVIO. Mon fils sait tout. LE CORNETTE. Nous le tenons. ToM. IV. la 178 LES PICCOLOMIFI, OCTAVIO. De qui parlez^vons ? LE CORNETTE. De l'entremetteur, de Sesina. OCTAVIO, promptement. Vous l'avez ? LE CORNETTE. Le capitaine M ohrbrand Ta saisi hier matin dans une forêt de la Bohême, comme il était en route pour aller à Ratisbonne , porter des dépêches aux Suédois. OOTâVlO, Et les dépêches. LE CORNETTE. Le général les a sui>le-<^amp expédiées pour Vienne avec le prisonnier. OCTiVÏO. Enfin, enfin, c'est une grande nouvelle. Cet homme est pour nous une précieuse capture, qui peut amener des choses importantes. Qu'a-t-on trouvé sur lui ? LE CORNETTE. Six paquets sous le sceau du comte Terzky. OCTAVIO. Aucun de la main du prince ? LE CORNETTE. Pas que je sache. OCTAVIO. Et ce Sesina ? LE CORNETTE. Il s'est montré fort effrayé lorsqu'on lui a dit qu'il ACTE V, SCÈNE IL 179 irait à Vienne. Mais le comte Altringer a cherché à lui donner bonne espërancis s'il voulait tout révëler. OCTAVIO. Altringer est-il auprès de votre général ? On m'a- vait dit qu'il était malade à Lintz. LE CORNETTE. Depuis trois jours, il est à ÎB'raùemberg chez le gé- néral. Us ont déjà rassemblé soixante drapeaux, des gens d'élite , et ils vous font savoir qu'ils n'attendent que vos ordres. OCTAVIO. En peu de jours il peut se passer bien dés choses. Quana dcv€z-vo«s partir? LE CORNETTE. J'attends vos ordres. OCTAVIO. Demeurez jusqu'à ce soir. LE CORNETTE. Bien. ( Il veut sortir. ) OCTAVIO. Personne ne vous a-4-il vu ? LE CORNETTE. Personne ; les càpuci»s m'ont introduit pur iieur couvent, comme de coutume. OÔtAVIO. Allez, reposez -vous, et teûez -Irons caché; je pense que je pourrai vous expédier avant ce soir. Les choses s'approchent du dénoùment; et même avant que ce jour fatal qui brille déjà au ciel soit fini , une question décisive doit être résolue. i8« LES PICCOLOMINI, SCÈNE m. Les deux PICCOLOMINI. OCTAVIO. Eh bien , mon fils , maintenant nous allons être bientôt ëclaircis; car tout^ je le savais^ se condui* sait par Sesina. Max, qui pendant toute la scène précédente a semblé agité par un combat intérieur, d'un ton décidé. . Je veux connaître la vérité par la voie la plus prompte. Adieu. OCTAVIO. Où vas-tu? Arrête. MAX. Près du prince. OCTAVIO, effrayé. Quoi! MAX) revenant. Si vous avez cru que j'étais disposé à jouer un rôle dans vos intrigues , vous vous êtes mépris sur moi; ma route ne doit pas être tortueuse; je ne puis être véridique dans les paroles et dissimulé au fond du cœur. Je ne puis voir un homme se con- fier à moi comme à son ami^ et cependant ' endor- mir ma conscience en me disant qu'il agit à ses risques et périls , et que ma bouche ne le trompe point. Tel il me présume, tel je dois être. Je vais trouver le duc : dès aujourd'hui je vais lui de- mander de justifier sa gloire obscurcie aux yeux du ACTE V, SCÈNE III. i8i monde, et de rompre , par une démarche franche > vos trames artificieuses. OCTAVIO, Quoi 1 tu veux ? MAX. N'en doutez pas , je le veux ainsi. . OCTAVIO. Oui, je me suis mépris sur toi; je t'ai pris pour un fils prudent qui bénirait la main bienfaisante qui te retire de l'abîme; et je ne vois qu'un insensé, que le pouvoir de deux beaux yeux éblouit , que la passion aveugle , que la lumière du jour ne saurait éclairer: eh bien, va, interroge-le; sois assez im- prudent pour lui livrer le secret de ton père et de ton empereur. Contrains-moi d'en venir, avant le temps, à quelque éclat public. Et maintenant, après que par un miracle du ciel, mon sécréta été jusqu'ici conservé, que les regards clairvoyans du soupçon ont été endormis , donne-moi la douleur de voir mon propre fils anéantir dans sa rage insensée l'œuvre pénible de la politique. MAX. Oh ! cette politique , combien je la maudis. C'est avec votre politique que vous le pousserez à quel- que démarche irréparable. Oui, puisque vous vou- lez qu'il soit coupable, vous pouvez le rendre cou- pable. Oh! tout ceci aura une fin déplorable. Et, de quelque façon que le sort en décide, je vois avec pressentiment s'approcher un dénoùment funeste. Car si cette âme royale vient à tomber , elle entraî- nera tout un monde dans sa ruine; tel qu'un vais- i82 LES PICCOLOMINI. seau au miKeu àe la pleiae mer^ s^embrasant tout à coup , éclatant de toutes parts , est laneé entre le ciel et la mer, et disperse au loin l'équipage qui le montait , tel il entraînera dans sa ckute , nous tous qui étions attachés à sa fortune. Temporisez , cependant , comme voua en mtet la volonté; pardonnez-moi, si je me conduis suivant ma pensée. U ne sera question de rien entre lui et moi ; et, avant le déclin du jour» je saurai si c'est d'un suni ou d'un père que je dois être pirivé* fINB;7 GISÇUIÈIVE ÇT DElNI^ft ACTE. WALLENSTEIN, POEME DRAMATIQUE. DEUXIÈME PARTIE. N i LA MORT DE WALLENSTEIN, TRAGÉDIE EN CINQ ACTES. \ PERSONNAGES- WAUENSTEIN. OCTAVIO PICCOLOMINI. MAX PICCOLOMINI. TERZKY. ILLO. ISOLANI. BUTTLER. LE CAPITAINE NEUMANN. UN ADJUDANT. LE COLONEL WRANGEL^ envoyé des Suédois. GORDON , conimtniant d'Éfr*. LE MAJOR GERALDIN. DEVEROUX , 1 ., . j „ j w 11 ♦ • MArnnNA.ni l capitaines dans larmee de Wallenstem. UN CAPITAINE SUÉDOIS! LE BOURGUEMESTRE D'ÉGRA. SENI. LA DUCHESSE DE FRIEDLAND. LA COMTESSE TERZKY. THÉCLA. MADAME DE NEUBRUNN, dame) , , ROSENBERG , écuyer ' / *^ ^* princesse. Une députation des cuirassiers. Dragons. Domestiques I pages , peuple. La scène est à Pilsen pendant les deux premiers actes , à Égra pendant les deux derniers. LA MORT DE WALLENSTEIN k»%«»««'%«w«^«%%<%»««%v« •««<« ACTE PREMIER. Le thétere rq)rcMiite u«. i^artement èiefosé pour ie& opiérii- tions astrologiques , il est garai de sphères , de cartes ^ de ca-* drans, et autres instrumens d'astronomie. Un rideau tiré laisse voir une salle ronde dans laquelle les figures des sept planètes sont renferméesdans de&nidies éclairéeKobscorément. Seni observe les étoiles. Wallensteia est de¥ant jvm grande table noire sur laquelle est dessiné Taspect des planètes. SCÈNE PREMIÈRE. WALLENSTEIN^ SENL WALLENSTBIN. C BST boi^y Sani. Descendez. Le jour brille, et cette heure est sous riuflueuce de Mars;. Ce n'est plus le ]3M«Bftent d'opérer. Veniez , nous en savons assez. SENI. Que Totre excellence me laisse seulement observer encore Vénus. Elle se lève à l'instant, et se montre brillante comme un soleil dans l'orient. i88 LA MORT DE WALLENSTEIN, WALLENSTEIN. Oui, Elle est maintenant proche de la terre , et elle agit dans toute sa puissance. (Regardant les figures tracées sur la table. ) Heureux aspect ! ainsi s'accom- plit enfin le grand triangle fatal , et les deux astres bienfaisans^ Jupiter et Venus renferment entre eux le malfaisant , le funeste Mars; ils forcent cet artisan de malheurs à me servir ; car long-temps il se mon- tra mon ennemi^ et dans une direction perpendicu- laire ou oblique ^ tantôt parl'aspect quadrat y tantôt par l'opposition^ il lançait ses rayons ensanglantes sur mes astres ^ dont il détruisait l'influence bénigne. Maintenant y ils ont vaincu mon ancien ennemi ^ et là haut dans le ciel ^ ils le tiennent sous ma puissance. SENI. Et ces deux grands astres n'ont à redouter aucune force malfaisante. Saturne^ sans aucun pouvoir de nuire , penche vers son déclin . WALLENSTEIN. Le signe de Saturne est passé. C'est lui qui a pré- sidé à la naissance des choses cachées dans les en- trailles de la terre ^ oii dans les profondeurs de l'âme : il règne sur tout ce qui craint la lumière. Ce n'est plus le temps aujourd'hui de réfléchir et de méditer, car l'éclatant Jupiter domine , et sa puissance attire dans l'empire de la lumière les œuvres préparées dans l'obscurité. Maintenant, il faut agir promptement avant que ces signes de bonheur s'éloignent de dessus ma tête^ car tout change sans cesse dans la voûte cé- leste. ( On frappe à la porte. ) On frappe. Voyez qui c'est . ACTE I, SCÈNE IL 189 TERZKY, de dehors. Ouvrez. WALLENSTEIN. C'est Terzky. Qu'y a-t-il de si pressant? nous som- mes occupés. TERZKY, de dehors. Je vous conjure de laisser là toute autre affaire^ Ceci ne souffre aucun àëlai. WALLENSTEIN. Ouvrez , Seni. Pendant qu'on ouvre i Teraky, Wallenstein tire le rideau devant las figures. SCÈNE IL WALLENSTEIN, TERZKY. TERZKY entre. Le savez-vous déjà? Il a été pris, il a été livre à Fempereur par Galas. WALLENSTEIN , à Tertky. Qui a été pris? Qui a été livré ? TERZKY. Celui qui sait tout notre secret , toutes nos négo-* ciations javec les Suédois et les Saxons, par les mains duquel tout a passé. WALLENSTEIN, sa reculant. Ce n'çst pas Sesina ? Puisses-tu me dire que ce n'est ^s lui. ^ igo TA MORT BE WALLENSTEIN, TERZKY. Justement. Comme il se rendait de Rastisbonne chez les Suédois , des gens envoyés par Galas , qui Icgucttaient depuis long-temps, l'ont saisi. Il e'tait chargé de toutes mes dépêches à Kinsky , à Mathias deThourn, à Oxenstiern, à Arnheim. Tout cela est entre leurs mains ^ ils ont çonnaissaiice de tottt ce qui a été fait. SCÈNE III. Les précédons , ILLO. Le sait-il? TERÏKY. Oui, il le sait. ILLO , à WaMensteia. Eh bien ! penses-TOUB encore à faire ¥otre paix avec Fempereur, à regagner sa confiance ? Youdriee-Tous maintenant renoncer à tous les projets? On sait quel a été votre dessein. Vous devez maintenant aller en avant , car vous ne pouvez plus reculer. TERZKY. Us ont dans les mains des témoignages irrécusables contre nous. WALLENSTEIN. Cela est faux , rien de ma main . ILLO. Eh quoi ! croye«-vous que lorsque lui , votre beau- ACTE I, SCÈNE TIL 191 frère f a tftëgocîé en votre nom , ^n ne vim» en acc«i«- sera pas? Les Suédois vous ont cru sur sa parole, et vos ennemis à Vienne n'en feraient pas autant. TERZKY. Vous n'avez rien donné d'écrit. Mais songez-vous jusqu'oU vous êtes allé dans vos conversations avec Sesina ? Et se laira-t-il? Et s'il peut se sauver en ré- vélant votre secret , le gardera-t-il ? ILLO. Vous-même pouvez-vous en juger autrement? Et s'ils savent jusqu'où vous êtes allé, parlez, qu'atten- dez-vous? Pour conserver plus long-temps le com^ mandement, il faut vous affranchir. Si vous l'aban- donnez, vous êtes perdu. L'armée fait ma sûreté , l'armée ne m'abandonnera pas. Us savent que c'est moi 'qui ai la force, il faut bien qu'ils prennent leur parti là-dessus; et si je leur proteste de ma fidélité , il faudra bien qu ils se mon- trent satisfaits et tranquilles. ILLO. L'armée est à vous. Maintenant, en cet instant, elle est à vous. Cependant redoutez l'action lente et certaine du temps La faveur du soldat vous pro- tège aujourd'hui , demain encore, contre une violence ouverte; mais si vous leur accordez des délais, ils mineront insensiblement cette opinion favorable sur laquelle vous vous fondez; ils vous raviront chaque soldat l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'enfin la terre 192 LA MORT DE WAILENSTEIN, tremble tout à coup , et renverse l'édifice fragile et sans appui. WALLEÏÏSTEIN. C'est un incident malheureux ! ILLO. Ah ! je le nommerais heureux, s'il avait sur vous, l'influence de vous faire agir sans retatd. Le colonel Suédois... WALLENSTEIN. Serait-il venu? Savea&-vous de quoi il est chargé ? ILLO. Il ne veut le confier qu'à vous seul. WALLENSTEIN. Malheureux, malheureux incident ! Oui, certes. Sesina en sait trop et il ne se taira point. XERZKY. C'est un Bohémien révolté, un déserteur; sa tête est déjà condamnée. S'il peut se sauver à vos dé- pens, s'en fera-t-il scrupule? Si on le soumet à la torture, ne sera-t-il point faible et sans constance? WALLENSTEIN, perdu dans ses pensées. Il n'y a plus à compter sur la confiance, et quel- que chose que je fasse, je demeurerai un traître à leurs yeux. J'essaierais en vain de rentrer honora- blement dans le devoir, cela ne me servirait de rien. ILLO. Cela vous perdrait. Vous prouveriez par-là , pon votre fidélité , maU votre impuissance. .-H ACTE I, SCÈNE IIL 193 WALLENSTEIN , vivement agité et mardiaot à gnuida pis. Eh quoi ! me faut-il maintenant accomplir sé- rieusement ce qui avait servi de simple amusement à mes libres pensées? Ah ! jouer avec l'enfer, c'est se damner; ILLO. Si cela a été un simple amusement , croyez-moi , il faut l'expier par des soins sérieux et difficiles. WALLENSTEIW. Et faut-il pousser les choses à l'accomplissement aujourd'hui ? Aujourd'hui que j'ai encore la puis-^ sance, faut-il en venir là? ILLO. Oui, pendant que la chose est possible, avant qu'à Vienne ils soient revenus de ce coup , et qu'ils ^cherchent à vous prévenir. WALLENSTEIN, regardant les signatures. J'ai par écrit l'engagement des généraux. Le nom de Max Piccolomini n'est pas là, pourquoi? TERZKY. Cest que.... il a cru.... ILLO; Pure singularité ! Il n'est pas besoin de cela entre vous et lui. WALLENSTEm. • • ' ■ - * Cela est inutile, il a raison. Les réginiens ne veulent pas aller en Flandres. Us m'ont fait pré^ senter une requête , et se refusent hautement à l'ordre. Le premier pas vei:s la révolte est fait. ToM. IV. i3 MHÉHaam 1^4 LA MOiiT PB WAÏ.LPNSTEIN, ILLO. ' 1^ Yexxwm^ que %w» le§ ordres dç ï'^p^gnô}, Je veux cependant entendre ce que le fiiiëdéîs a à me dire. Ap|Mâlez4ë , T«r^y ; il «fit là , Miprès. WALLfillâTEIir. Attead^ encore iin peu. Toui otln ipife ^isH. iics «hosfsa tant trop vite ^ je ne sids pas açcpat]iiiap à m# laisser maîtriser et entraiber gyQUgyniml p^P i^ hasard des circonstances. ÉpQivtQ2Li4tt d'id)erd^ puis tous y pnsaro^. ( lis s'en vohi. ) SCÈNE ly. WALLÈNSTEIN, §ç parlant à lui-même. Est-il possible? ne puis-je plus faire ce que je voudrai? revenir en arrière, si tel est mon plaisir? il faut que j'afiàM(iif>U8se tes ehésee, pai^ que \t les ai pensées, parce que je n'ai pas repoussft de tmi la tentation, parce que tnbh cœur s'est nourri de ce èéngë> p^kro^ q«^ )j^ ttii mk» i^tudnagé Ite naoyfens d'^j^êutër «in pMjet encM^o îmcertàin^ parce que j^l voi^il %fenii? Iéb ohMiins ctiveft» devant utei. Par te 4ië« toM'-^Miîésafit, €e u'ëtait paâ uûe ide'e ACTE I, SCÈNE IV. i<,5 8<érieu$e » ce ne fut jamais un dessem arrêté; il âait seulement x^nu à ma pensée. L'indépend^moA et h^ pou¥oi( avaient de lattrait pour moi; était** ce donc un erime de charmer mon imagination par les espérances enchanteresses de la royauté? Ma^vor lonté ne dAmeurait-relle pas libre dans mon ame ? ne voyais^ pas près de moi k bonne voie quf me permettait toujours un libre retour? Où donc n»e trouvé-je tout à coup conduit ? Il ne reste plnis auT cune route derrière moi , ce que j'ai fait a éleyé nu mur dont l'enceinte me ferme toute retraite** ( il demeure prqfandémeni pensif.) Je parais coup«rr ble f et je puis tenter le crime , mais non réoBôvr ter de nol. Sous quelque jour qu'elle paraisse', ma conduite m'accuse; et ip.ême des actions pures découlant d'une source irréprochable , seraient interprétées à mal, seraient empoisonnées par le soupçon. Si j'étais, comme je le parais, un traître^ n'aurais --je pas mieux méoa^ les apparences; ù^ me serais-* je pas enreloppé dans l'ombre la plus épaisse; aurais-^ je laissé percer mon dépit dans mes discours? Non, j'arais la conscience intérieure de l'innocence , de la droiture de mes volontés , et j^ donnais un libre cours à mon emportement , i mes passions. La parole était hardie, parce que l'action était incertaine : maintenant togut. ce qui a été fait sans projet sWit et se rattache comme les résultats de la pré¥oyance dt, de la résolution. €e que la colère, ce qu'un coara^e audacieux me £ii-- saien); dire dans l'abondance de mon oœur, forme une trame artistement tissne; une accusation ter^ rible s'élèye contre moi , et je suis contraint à derr îgG LA MORT DE WALLENSTEIN, meurer muet devant eUe. Ainsi je me suis^ pour ma perte > enveloppe dans mes propre^ filets y et la violence seule peut m'en dégager. ( // se tai^encore un moment.) Et comment faire autrement? Fim- pull^ion d'un libre courage me pousse à des actions audacieuses ; la nécessité me les demande d'une rude voix; ma conservation les exige : l'aspect de là né- cessité est sévère. Ce n'est pas sans frissonner que la main de l'homme s'en va fouiller dans l'urne mysté-* rieuse du destin. Dans mon âme^ mes actions étaient encore à moi ; une fois échappées de ce sûr asile de mon cœur ^ de ce berceau qui les vit naître , une fois livrées à la réalité, elles appartiennent à la doniination du hasard , qu'aucun art iiumain ne saurait soumettre. ( Il fait quelques pas avec agita^ iionf puis s^ arrête encore pensif.) Et quel est ton dessein? le connais*-tu bien toi-même? Tu veux ébranler un pouvoir tranquille , assuré sur le trône, vieilli dans une possession consacrée, qui repose sur les solides fondemens de l'habitude , qui a jeté mille racines profondes dans le pieux et filial res-* pect des peuples. Ce n'est plus là un combat de la force contre la force : ceux - là je ne les crains pas* Je suis prêt à combattre tout adversaire que je pourrai fixement regarder aux yeux , et qui , plein de couirage, enflammera aussi mon courage. Mais, ce que je crains, c'est un invisible ennemi,* qui, peur me résister, se cache dans le cœur des hom- mes. C'eftt celui-là seul qui est terrible, et qui me trouve faible et timide. Ce n'est pas le danger qui se montre avec vivacité, avec force , que je dois re- douter, c'est le train ordinaire, éternel dés choses — "1 ACTE I, «CÈNE V. J97 de ce monde y ce qui a été et qui renaît toujours ^ ce qui subsistera demain ^ parce quil subsiste aujour- d'hui. Car Fhomme est façonné par la coutume; l'habitude a servi de nourrice à son enfance. Mal- heur à celui qui veut le troubler dans le respect des antiques choses , qu'il chérit comme héritage de ses aïeux! Le temps exerce un pouvoir de consécration. Ce qui était vénérable pour les pères devient divin pour les enfans. Si ta as la possession^ le d;roit.est pour toi, et l'adoration du vulgaire te servira de sauvegarde. {A un page qui entre. ) Le colonel sué- dois? Est-ce lui? qu'il entre. (Ze page sort. JVhU lensteinjixe un regard pensif sur la porte.) Elle n*est point encore profanée , pas encore j le crime n'a pas franchi ce seuil encore. Combien est étroite la li-^ mite qui sépare les deux portions d'une vie ! • * SCt:NE V. WALLENSTEIN et WRANGEL. ; ' .W A I/L EJi SX El N , après avoir fixé sur lai un regard pénétrant. Vous vous nommez Wrangel ? WRANGEL. Gustave Wrangel ^ colonel du régiment bleu de Sudermanie. WALLENSTEIN. C'était un Wrangel , qui , pai^ sa courageuse dé-, fense, me fit tant de mal devant Stralsund^ et qui m'empêcha d'emporter cette place. îgg LA MORT DE WALLElfSTEiN, Wrangel. Ce li'e^t pàk ttidiî mërîte qui eti doit avoir I'li6n- nêMt, monsieur* le dttc , c'est la puissance des élé- nietïs : ils combattaient contre vous ; la vîUe fut feativëe par les tempêtes du Belt. La nier et la tétre he pouvaient point obéir aux ordres d^uii seul homme. Vdiii eiilevâtés de haa têt« le chapeau d'sEiuirtfl. WliA-NGEL. Je viens pour y placer Une couronne. WA.LL ÊH S TE I N l«d fait si^ft Ae ^rèuâi« ]^1mc* , «t i'siksiad. Vo^ lettres de eréance? Venez-* vous avec àt pleins pouvoirs? W R A N G EL, d'un ton significatif. Il reste encore quelques choses à ëclaircir. VsrALLKNSTÈIN, tftU^éitla. La lettre est fort en règle. Seigneur Wrangel ^ vous serves un maître dont la tête est habile et prudente. Le chancelier m'écrit qu'il veut accom- plir les propres résolutions du roi que vous avez perdu ; il voulait favoriser mes vues sur la cou- ronne de Bohême. WHANGÊL. Il lé disait^ cela est vrai. Le roi^ de glorieuse mémoire , a toujours eu une grande ojHtiioti du génie distingué et des talens militaires de votre Ex- celleiice. Il aiinait à répétei* souvffnt que celui qui exoellait à commander devait être dottiinat€ftir et roi. • ACTE I, Scène V. 199 Il lui appartenait de parler ainsi. ( J7 lui tend ta main ai^ec confiance. ) Parlons à cœur ouvert, colonel Wrangel : j'ai toujours été au fond du cœur bon Suédois ; et* voU6 ràtét hïetx ëpttmvé eti Silë*ié €t devant Nuremberg. SouTènt je tous ai te^jiu tû ma puissâilce, et toujours je vous al leAssé une porté de dett-ièré pôût rottt échapper. Ctsi cela qu'ils ne tèulent point thé pardonner à Vienne , c'est étléi qui mé poussé maintenant à cette démarche; et, puisque nos inti^réfs sont maintenant réunis , uyoM les uns pour les autres une entièire confiance. Wrangel. La confiance viendra ; il faut que chacun d'a- bord prenne ses sâretës. WALLENSTEIK Lie chancelier, à ce que je remarque , ne se confie pas encore bien à moi. Oui , je l'avoue , je ne me présente pas ici à mon avantage. Son Excellence pense que si j'ai pu tromper l'empereur, mon maître, je pourrai en agir de même avec les enne- mis ; et que l'un pourrait plutôt se pardonner qu« l'autre. N'est-ce pas votre opinion aussi , seigneur Wrangel ? WRANGEL. J'ai une jnission à remplir et non une opinion à exprimer. WALLENSTEIN. L'empereur m'a pousse aux dernières extrémités ; je ne puis honorablement continuel^ à le 8ervi]^. !xoo LA MORT DE WALLENSTEIN, C'est pour ma sûreté , pour ma juste défense que je fais ce pas difficile^ que ma conscience réprouve. WRAIiGEL. Je le crois; personne n'en vient là sans y être contraint. ( Après un instant de silence. ) Ce que TOtre seigneurie peut avoir à débattre avec l'empe- reur^ votre maître^ ne nous concerne pas ; nous n'avons ni à le juger ni à le pénétrer. Le Suédois combat pour sa bonne cause avec sa bonne épée et sa conscience; une circonstance ^ une occasion fa- vorable se présente à nous ; à la guerre on profite de chaque avantage^ nous saisissons indistincte- ment celui qui s'offre à nous. Et si tout s'arrange bien.... WALLENSTEIN. Sur quoi peut-on avoir dçs doutes ? sur ma vo- lonté , sur mes forces ? J'ai promis au chancelier que s'il me confiait seize mille hommes , je les réu- nirais à dix-huit mille hommes de l'armée de l'em- pereur, et qu'alors. ... WRANGEL. Votre Excellence est connue pour un sublime guerrier, pour un second Attila, un Pyrrhus. On raconte encore avec admiration comment , il y a quelques années , contre l'attente générale , vous avez su tirer une armée pour ainsi dire du néant. Cependant. ... WALLENSTEIN. Cependant ? WRANGEL. Son Excellence le chancelier pense que créer et rassembler soixante mille combattans , est peut- ACTE I, SCÈNE V. soi être, une chose plus facile que d'en entraîner la soixantième partie.... (Il •'arrête.) WALLENSTEIN. Eh bien ! parlez librement. WRANGEL. « A devenir parjures. WALLENSTEIN. Le croit-il ainsi ? Il en juge comme un Suédois ; comme un protestant. Vous autres, luthériens , vous combattez pour votre Bible ; c'est votre cause que vous défendez. Vous suivez de cœur vos éten- dards ; et celui qui déserterait de chez vous aurait à la fois rompu les liens qui l'attachent à un double devoir. Chez lious il n'est pas question de tout cela. WRANGEL. Dieu tout-puissant ! n'a-t-on dans ce pays ni pa- trie , ni famille , ni église ? WALLENSTEIN. Je vais vous dire ce qui en est. Oui , l'Autrichien a une patrie; il l'aime /il a des motifs pour l'aimer : mais cette armée , qui se nomme l'armée de l'em- pereur, et qui est ici campée en Bohême, n'en a aucune. C'est le rebut des nations étrangères, l'écume des peuples ; ils ne possèdent rien que leur part à la lumière du soleil. Quant à la Bohême, où nous combattons , elle n'a aucune affection pour^ son souverain ; c'est la fortune des combats qui le lui a imposé , et non son propre choix. Elle sup- porte en murmurant le joug d'une croyance qui n'est pas la sienne. La force Ta abattue, mais ne l'a !io2 LA MORT Dfi WAtLfilTâTEIN, point ftouinide. L«f souvenir éè cé qui s'est pâtoé ààni cette contrée est encore vivant , et tntt^etiéttt uil désir ardent de vengjeance. Le fils pourrait-il ou- blier que son père a été Ut ré en proie à des chiens pour être conduit à la messe. Un peuple à qui l'on peut donner le choix de souffrir un pareil traite- ment ou de se venger, est terrible. Màk la noUétoe et lëê Offiéiet-s? Une telle Mônie , \Mt telle détérrftiMtioÉi , prince , e^t saiis eïempli*^ dans l'histoire du monde. WALLENSTEIN. Ils sont à moi sans réserve, ftapportezr-vous-en ^ non à moi, mais à vos propres yeux. (// lui donne la formule du serment; Pf^rangel la ht, et après la pose sur la table sans rien dire.) Eh bien , ^concevez- vous, maintenant? WRA.tïGÊL. Qui pourrait le concevoir? Prince , je laisse tom- ber le Inasque : oui , j'ai plein pôUvélr pdut- loùt con- elure. Le Rheingràve se tient k quati^e JbuH dé marche d'ici, avec quinze mille houinies, il h'ftt-^ tend qu'un ordi^e pour venir joindre totre àrméé | et cet ordre, je le montrerai ^ dèâ que nô,us serènâ d'accord. • WALLBNSTEIW. Et qu'exige le chancelier? W R ANOE'L , ft'Hh tOki sigoiflcaif. Ce soiit ddUise régiment , de bètis Suédois , ]4n réponds sur ma tête. £t comnie cependant tout ceci pourrait n'être qu'un Eaux semblant.... ACTE I, SCÈNE V. 2o3 WÂLLEHSTEnr. Seigneur Suédois ! . # • WRÂNGBL, eoAtimninfc tnà^iuillemeat. Il faut en ooiiséquencc ^e^ pour éomttie&oer^ le duc de Friedland rompe formèllemetit , saris pos* ^bilHë de retour ^ arec l'empereur; jtis^e^là on ne lui confiera pas tin seul soldat suédois. Qu*eîîge-t-Oû ? Parlez sans retatd éf sans détour. WRANOEL. Que les régimens espagnols qui sont dévoués à lempereur soient désarmés ; que l'on se saisisse de Prague; et que cette viUe^ ainsi que là forteresse d'Égra , soient remises aux Suédois* Gm, demander beàtièoup. Prague! pÈmë pour É^ë; mais Prague, fl'y Comptez pas. Je vous don- nerai toutes leâ sûretés ifpt ifMtÈ pottVék rÂisotiuà*^ MèM^Àt êtigéi^; itiâid Prague, hiats ta Bohême ; je f\ÛÀ Mùî^inéme la défendre. W&ANGEL. On n'en doute pas. Aussi n'est-ce pas seulement à leur défense que nous songieons; nous ne voulons point avoir dépensé en vain des hommes et de l'argent. WiLLEKSTtlir. Cela «et jtiste. > wrâvgisl. fit tant que ndus ne Bcroiis pas indemnisée > Tf ague z»tera en gags. 2o4 LA MORT DE WALLENSTEIN, WALLENSTEIN. Vous fiez-vous si peu à nous ? W RANG EL se 1ère. Les Suédois doivent prendre leurs précautions avec les Allemands. On nous a appelés de l'autre rive dé la Baltique ; nous avons délivré l'empire de la tyrannie ; nous avons scellé " de notre sang la liberté des consciences, la sainte confession de l'Evan- gile : cependant, maintenant on ne sent déjà plus le bienfait de notre présence , mais son poids ; on regarde d'un œil malveillant ces étrangers au milieu de l'empire. L'on voudrait, les mains pleines d'or, nous renvoyer dans nos forêts. Non , ce n'est pas pour le salaire de Judas , ce n'est pas pour des bourses d'or et d'argent que nolis avons laissé notre roi sur le champ de bataille. Le noble sang de tant de. Suédois, ce n'e^t pas pour de l'or et de l'argent qu'il a coulé. Nous ne voulons pas rapporter dsfhs la patrie noa drapeaux ornés seulement d'un stérile laurier ; ; nous voulons demeurer comme citoyens sûr cette terre dont notre roi a pris possession en y tombant. WALLENSTEIN. Empêchez l'ennemi commun de me détruire , et alors vous êtes assuré d'un partage avantageux. » WRANGEL. Et l'ennemi commun une fois abattu , quel sera le lien et le garant de la nouvelle alliance ? Nous savons, prince, que vous pratiquez une négociation secrète avec les Saxons, comme si les Suédois n'a- vaient rien à y voir. Qui nous garantit que nous ne. ACTE I, SCÈNE V. 2o5 serons pas la Yictime de ce traité qu'on croit néces- saire de nous cacher? * WAIiLËNSTEIN. Le chancelier choisit bien ses négociateurs. Il ne pouvait m'en envoyer un plus tenace. {Il se lève.) Avisez à une meilleure condition , Gustave Wrangel ; qu'il ne soit plus question de Prague. WRANGEL. Mon plein pouvoir ne va pas plus loin. WALLENSTEIN. Occuper ma ville capitale.... j'aimerais mieux retourner à l'empereur. WRAKGEL. S'il en était encore temps. WALLENSTEIN. Cela m'est possible encore maintenant ^ à cette heure. WRANGEL. Peut-être il y a peu de jours ; plus aujourd'hui , depuis que Sesina est pris; cela est impossible. ( fFaUenstein se tait et parait frappé. ) Prince, nous croyons que vous agissez sincèrement depuis hier ; nous en sommes assurés , et puisque cet écrit nous répond de l'armée , rien ne doit plus arrêter la con- fiance réciproque. Prague ne doit pas être un sujet de division. Monseigneur le chancelier se contentera d' Altstadt : il laisse Ratschin à votre Excellence : mais avant tout , Ëgra doit nous être livré. Jusque- là, il ne faut pas songer à notre jonction. r ^ aoe LA MORT B£ WALLBNSTEIN, WâLlïÎNSTEI». Ainsi , il faut que je me «fie à tous , et vous point à moi. Je rëflëchirai sur cette proposition. Je dois vous prier de ne pas y réfléchir trop long- temps. Cette négociation traîne depuis deux ans. Si cette fois elle n amène aucune conclusion , le chan» celiep la regardera comme rompue pour toujours. Vous me pressez beaucoup. Une telle décision doit être bien fnéditée. "WRANGEI*. Il faut y réfléchir avant de la prendre. Mais ^ prince , une prompte exécutiçn peut seule la faire réussir. (Il sort.) SCÈNE Vi. WALLENSTEIN , ILLO et TERZKY reviennent. ÏLLO. Est-ce terminé ? 1»EÏIZKT. Êtes-vous d'accprd ? ILIO. Ce Suédois est sorti d*un air satisfait. Qui , vous êtes d'accord. WAILENSTEÏN. Écoutez-moi. Il n*y a encore rien de fait; et tout bien balancé } j'aime mieux ne pas agir. ACTE I^ &GÈBE Yl, 307 Quoi ! Qu'y a-t-il ? WALLEIfSWiN. Vi¥r6 pftf la pAûé de cés Suédois^ èe ces arro- gaiis ? JQi iie le ^\m supportet". Allez-y Qus doncj comme un fugitifs iinploii^r leurs secours? vous le^r dpniiçz pli^^ quç yq^ç i;(0 recevez d'eux. WALLENSTEIN. Dois-je imiter ce coua^tablé de Bourbon , qui se Tendit aux ennemis de sa nation^ qui tourna ses armes contf^ «9 p^tr^f^t h^ m^dédiofio^ fut sa ré- compense f et l'horreur des hommes a puni sa con- duite dénaturée et criminelle. Votre position est-elle- donc la même? Croyez-moi , tous les hommes honorent la bonne foi à l'égal des liens les plus étroits du sang^ et <îha- cun se sent né pour punir ceux qui l'offensent. La haine des secies y la fureur des partis > les ri^^lités , la jalousie envenimée se réconcilient^ tous tetxt qui cherchent réciproquement à se détruire s'apai- sent^ se réunissent pour poursuivre T^mH^mi de l'humanité entière, 1^ psiim^tre féroce qui force l'enceinte respectée , è l'abn de laquelle vivent les hommes. Car toute la prudence d'un individu ne saurait le mettre entièrement à l'abri. La nature a placé sur son front l'âoil tomme une safttinelie; aoS LA MORT DE WALLENSTEIN, mais en arrière, c'est la pieuse bonne foi qui sert de sauvegarde et de défense. TERZKY. , Ne vous jugez pas plus sévèrement que ne le font vos ennemis, qui vous offrent, pour agir, une main amicale. Il n'avait pas tant de scrupule, ce Charles-Quint, l'oncle et l'aïeul de cette maison imr périale; il reçut Bourbon à bras ouverts : c'est le calcul qui gouverne le monde. SCÈNE VIL Les précédens ; la comtesse TERZKY. WALLENSTEIN. Qui vous a appelé? les femmes n'ont point af- faire ici. LA COMTESSE. Je venais vous offrir mes vœux; serais-je entrée trop tôt? j'espère que non. WALLENSTEIN. Employez votre autorité, Terzky; dites^ui de s'éloigner. LA COMTESSE. Je voulais saluer le roi de Bohême. WALLENSTEIN. C'est encore une question à décider. LA COMTESSE aux autrtt. Hé bien , où en est-on ? parlez. ACTE I, SCÈNE VIL 209 TERZKY. V Le duc ne veut pas. LA.GOMTESS£« Il ne veut pas? que lui faut-il? ILLO. Cest à vous^ maintenant > à parler; pour moi j'ai épuisé mes raisons : on parle de fidélité et de con- science. . ' > LA COMTESSE. • * « ^ j • • Eh quoi ! n aurez-vous da courage et de la réso- lution que lorsque tout est dans réloignemeiitî.jLor&- qu une longue route à parcourir est encore ouverte devant vous? Et maintenant, quand le songe de- vient une réalité, quand l'accomplissement ap- proche, quand le résultat est assuré, c'est alors que vous commencez à trembler. Êtes-vous audacieux dans les projets seulement, et faible dans l'action? Eh bien, donnez pleine raison à vos ennemis, c'est cela même qu'ils attendent. Ils ne peuvent douter d'un dessein dont vos lettres et votre seing peuvent vous convaincre; cependant ils ne croient pas à la ppssibilité de l'exécution , car ils n'ont pour vous ni crainte, ni égards. Est-il possible? Quand vous êtes allé si loin , quand on a découvert ce qui est le plus coupable, quand on peut vous imputer une entreprise déjà commencée, voulez -vous reculer sans en avoir recueillile fruit ? En former le projet n'est qu'un crime vulgaire; l'accomplir est une 0Cf-* tion immortelle :^ie)le réussit, elle sera justifiée; car le succès est le jugement de Dieu. ToM. IV. 14 210 LA MORT DE WALtENSTEIN, UN DOMESTIQUE entre. Le colonel Piccolomini. ■ LA COMTESSE promptement. Qu'il attende. WALLENSTEIN. Je ne puis le voir maintenant; dans un autre moment. Uir DOMESTIQUEw Il demande à vous voir un instant seulement ; il a une affaire pressante . * WALLEIfSTEIN, ^i sait ce qu'il a à nous dire? je veux 1q voir. LAC O MT £ S §^ , 99ur!»iit. CeW pjçut i^e pr^^^^nt pour lui. W[w yçjijys , vous pQUVje? ftttieqdre. Qg.'ejrt-çe ? LA COMTESSE, Yq}^ \^ saurpaj ftpj:fÈ»5. M^if^t^gnti p^n^i^ à expé- dier Wr^jpgel. ( Le domestique lort. ) WALLÇl^ï^TEï». 5i Tott pwTait encore choisir ; si vim î^w laioim yÎQleute pouvftij ep^ore..., je voudrais §açore h prendre ; et différer \^» moyf^s eUrèm^. LA COM7E|9E. N« désirez-vous rien de plus? cette voie vous demeure ouverte. Renvoyez Wrangel. Oubliez vos anciennes espérances; rejetez loin de vous votre vie passée ; résolvez-vous à en eommencer une nouvelle. ACTE I, SCÈNE VIL an La vertu a aussi ses héros comme la gloire et la for- tuue. Allez à Vïenne vous jeter aux pieds de l'em- pereur ; portei;-y vos trésors , et déclarez que vous n'avez rien fait que pour éprouver la foi de ses ser- viteurs et amener les Suédois à un accommode^ient* ILLO. Il est encore tro^ tard pour cpla. On eq sait trop. Il porterait seulepiei^t sa tête §ur un éckafaud. tA co]¥[Tpgs|:. / Jç xie crgins pas çeU • On ipitpqu^ d^ preuves ppur le iCQj;idft.mner suivaQ|; lej^ loi^ , et pu n'usera point de r^rfaitrair^. Qn Ifiissem le 4uc se re|ir0r tran- quillement : je voi^ coiyiiiie tout se passera. Lç roî 4(S (fongria ^ montrera , et il va sans dire qw, le duc p^ptliiit I auçiM;! éplaîpci^e^ent n^ sera aéces*- saire. Le roi recevra le serment des troup^$ , et tout dem^^i^ra dans Tordre aecoiitumé. Un noiatin , le duc se retiref*a. Por^navant U vivra dans ses cb^r teaux : là , il ira à la chasse , il bâtira , il aura de beaux haras , il se formera une cour^ il distribuera d^ cJldEs M ehafi^b^Uan^ tiendra uae table fastueuse; en un mdt ^i*^ » en petit , un fort grand roi. Et cainm# il aura m prapdre un parti prudent , et sç résoudre h n$ plus avoir ni force y ni distinction réelle , on le laissi^ra briller tant qu'il vaudra ; jus* qak aop dernier joiu^ ^ il aura une rapré^nl:ation de prince ; }e duc pourra même prendra |>la€e pajPmi ceux q/ui dotyent leur éléyatioa au Mrt dés armas, parmi ies créatures récentes de li| fiàvepr de la CQ>ur ; il pourra , avec un feiste pareU , faix^ le seigneur et le prince. ai2 LAMORT DE WALLENSTEIN, WALLENSTEIN se lève, vivemept agité. Dieu tout-puissant !. montrez-moi. une route pour sortir de ces anxiétés ; mais montrez-moi une route que je puisse suivre. Je ne puis pas, comme un héros en parole, coname un parleur de vertu, m'é- chaufFer à volonté sur mes pensées ; je ne puis , quand la fortune m^abandonne , lui dire comme un^ fanfaron : Va , je n'ai pas besoin de toi. Si je n'agis pas , je suis anéanti. Ce n'est pas le sacrifice , ce n'est pas le danger qui m'effraient et qui me font hésiter sur le dernier pas, sur le pas décisif; mais plutôt toniber dans le néant , plutôt devenir si petit après avoir voulu être si grand , plutôt être confondu par le monde avec ces misérables qu'un jour élève et qu'un jour détruit, plutôt tout cela que de faire pro- noncer d'un pôle à Tautre mon nom avec horreur , que de voir le nom de Friedland s'unir à l'idée de toutes les trahisons , de tous les parjures. LA COMTESSE. Et qu'y a-t-il donc là qui soit si fort contre nature?. Je ne puis le voir ; expliquez-le moi. Ah ! ne laissez pas ces fantômes d'une sombre superstition obscurcir les lueurs de votre génie. Vous êtes accusé de haute trahison. Que ce soit à tort ou à raison , c'est de quoi il ne s'agit pas maintenant. Vous êtes perdu , si vous n'usez pas promptement du pouvoir que vous pos- séder. Eh bien ! quelle est la paisible créature qui n'emploie pas à défendre sa vie toutes les forces de la vie ? L'audace n'est-elle pas toujours justifiée par la nécessité? AGTE'I, SCiÊNE VIL 2i3 WALLENSTEIN. Autrefois Ferdinand m'a été si favorable ! Il m'aimait 9 il m'estimait ; nul n'était plus que moi près de son cœur : quel prince a-'t^l honoré autant que moi ? Et finir ainsi ! LA. COMTESSE. Si TOUS gardez un si fidèle souvenir des moindres faveurs , n'avez-vous donc aucune mémoire des af- fronts ? Je vais vous rappeler ici quelle récompense reçurent à Ratisbonne vos fidèles services. Vous aviez offensé tous les princes de l'empire ; pour le servir, vous aviez accumulé la haine, la malédiction du monde entier ; dans toute l'Allemagne , vous n'aviez pas un seul ami , parce que vous seul étiez dévoué à votre empereur. Au milieu de cette tem- pête qui s'éleva contre vous à la séiCnce de Ratis- bonne , vous ne pouviez avoir que lui pour appui : il vous a laissé succomber , il vous a laissé abattre , il vous a sacrifié à l'orgueilleux Bavarois. Et ne me dites pas que votre première dignité rendue a réparé une si cruelle injure ! Ce n'est pas sa volonté qui vous a replacé oîi vous êtes ; c'est la dure loi de la néces- sité qui vous a porté à cette place qu'on veut encore vous ravir. •WALLENSTEITN. Il est vrai : ce n'est pas sa volonté qui m'a rendu mon pouvoir ; je le dois à son affection pour moi : c'est d'elle que j'abuserais , et non de sa confiance. LA COMTESSE. La confiance, l'affection? l'on avait besoin de vous. La nécessité , ce despote impérieux qui nV ai4 LA MORT DE WALLENSTEIN, que faire de vains nômd , él de figurans de théâtre , ^ui vent Factiitm^^t non Tapparence/ qui sait trou- ver partout le plus grand et lé meilleur pouy le placer au gouvernail^ et qui Tirait saisir jusqu'au milieu de la populace; la nécessité Voué a placé ou vous êtes , et vous a prescrit votre vocation : pen- dant long-temps ^ tant que cela a été possible , cette race a su se défendre avec des hommes au cœur d'esclave, et s'est maintenue en taisant jouer les . faibles ressorts dé son art. Mais quand[ arrivent les circonstances extraordinaires, le vain fantôme né peut plus rien ; tout tombe alors dans les fortes mains de la nature, et de ces génies gigantesques qui n'obéissent qu'à eux-mêmes, qui ignorent tout ce qui n'est que d^^ convention , qui agissent d'après leur propre impulsion, non d'après celle qu'on veut leur dormer. WALLENSTEIN. Il est Vrai qu'tb m'ont toujourâ céi^nu tel que je suis; je ne les ai poini trompés dans notre marché; jaimaîs je' n'ai pris la peine dé each^r l'audace de mmn csoraetèi^e intpérieux. LA ÊÔliTESSï:. Bien plus; si toujours vous vous êtes môntîfé ter- rible, si vous êtes toujours demeuré fidèle à vous- même, la fauté est à ceux qui vous redoutaient, et qui cependant ont remis le pouvoir en vos mains •. Cha- que caractère ne mérite point de repfoche, tant qu'il demeure d'accord avec lui-même ; il n'aurait de tort que s'il venait à Et contredire. N'étes-Vdus pas lè même , qm , il y a huit mè , pâréôu^rait âVec ACTE I, SCÈSE VU. 2i5 le fer et la Ikmnie les cercles de rÂUetnagne^ qui était le ûiun de tous Its états , qui méprisait toas les commandeméns de l'emjiire , qui ne connaissait que le terrible droit de la force , et foulait aux pieds toutes les souYéraiiïtIés |iê«ir établir la domination de votre despote? C'était alors qu'il fallait rompre vos orgueilleuses volontés et vous ramener à l'or- dre ; mhid cela était utile à l'empereur, et lui plai- sait; il apposait en silence, suf tous tes désordres, son sceau impérial. Ce qui était juste alors, parce que vous le faisiez pour lui , est-il honteux aujour- d'hui parce c'est contré lui que vous agirez ? WALLEPfSl'ÉÏN se levant. Je nWais jamais vu la chose de ce côté. Oui, cela est vrai ; toui ce que mon braâ à exécuté au nom de l'empereur dans l'empire, était contraire au bon ordre; et même ce manteau de prince que je porte, est la récompense de services qui sont des crimes. LA COMTESSE. Avouez doiic qu'entre vous et lui il ne peut être question de la jvSttce et Atk devoir, mais seulement de la force et de la circotostanee. Le mdmfent est arrivé de dons les gtands caknb de voti^è vie, et d'eà tirer le résultat; le» signes célestes se montrent propices auMlessns de ve^S ; les planètes vous pnH> mettent le sticcès, et proclantent dans knr révolur* tion que le temps est venu,. Attri<»*tons donc en vain , pendant toute votre vie y tneiuré le cours des étoiles , tracé des cercles et de» cadrans y dessiné sur ces murs des zodiaqiieB et des sphères, placé auteur de vous les figures muettes et mystérieuses des sept 2i6 LA MORT DE WAILENSTEJN, dominateurs du destin ? Tout ceci n'aurait*il donc été qu'un vain jeu? Tous ces apprêts n'auraient conduit à rien , cette science ne serait que vide , si elle ne vous servait à rien , si elle n exerçait pas de pouvoir sur vous au moment de la décision. WA LLEI9STEIN, pendant c«s derniers mots , s'est promené avec agitation , conime dans le travail de la décision ; il s'arrête tout à coup et interrompant la comtesse. Qu'on rappelle Wrangel-, et que trois courriers se tiennent prêts sur-le-champ. ILLO. Ah ! Dieu soit loué ! ( n sort promptement. ) WALLENSTEIN. C'est l'œuvre du mauvais génie de lui et de moi . Il se sert de moi, l'instrument de son ambition, pour le pu- nir ; et, quanta moi, je m'attends que le fer vengeur est déjà aiguisé conti^e mon sein. Celui qui a semé les dents du dragon ne peut espérer d'heureuses moissons; le crime porte avec lui dans son cœur un ange de vengeance, le mauvais espoir. Ce n'est plus maintenant un rêve, il n'y a plus à revenir en arrière ; arrive maintenant ce qui doit arriver. C%st le destin qui décide tout pour celui qui a livré son cœur à lui obéir aveuglément. {A Terzkj. ) Fais passer Wrangel dans mon cabinet. Je veux parler moi-même aux courriers ; qu'on fasse chercher Oc- tavio. (A la comtesse qui montre un air triomphant.) Ne vous applaudissez pas tant, car le destin est ja- loux de sa puissance, et s'offense des joies anticipées. Nous avons confié la semence à ses mains; si elle croîtra pour notre bonheur ou pour notre perte, c'est ce que la fin nous apprendra. (Uiort et h toile tosUw. y ACTE II, SCÈNE I. 317 %»%»^Vfc%ii»i.%»%^i»»>w» % )i»%^wi»w<»»%%%*^%^i»»»»»»%»»»»»%»» » » % %»» M »»i»i>%t^%> ACTE DEUXIEME. Le théâtre représente un appartement. SCÈNE PREMIÈRE. WALLENSTEIN, OCTAVIOPICCOLOMlNIj bien- tôt après MAX PICCOLOMINI. WALLENSTEIN. II. m'écrit de Lintz y où il dit qu'il est malade ; ce- pendant j'ai l'avis certain qu'il est caché à Frauen- berg) chez le, comte Galas; tu les feras saisir tous les deux ^ et tu me les enverras ici \ tu prendras le commandement dél^ régimens espagnols; tu feras toujours des.préparatifs^ et tu ne seras jamais prêt. Si l'on veut t'obliger à agir contre moi^» tu diras oui^ et tu continueras à ne rien faire. Je sais que dans tout ceci tu préfères un poste qui né comporte point d'action ; tu as le désir de conserver les appa- rences tant que tu le pourras ; les partis extrêmes ne sont pas ton fait y aussi t'ai-je choisi un reile fait exprès pour toi. Rien ne sera cette fois plus utile que ton inaction ; pendant ce temps le destin se dé- clarera pour moi^ et tu sais alors ce qu'il y aura à faire. (Max Pkcolomini entre. ) Maintenant^ va^ «i8 LA MORT DE WALLENSTEIN, mon vieil ami, il faudra que tu partes cette nuit; premds mon propre cheval, celui que j'ai ici. C'est une séparation qui ne sera pas longue; nous nous reverrons, je pense, tous joyeux et satisfaits. OGTA.Y16 à son fils. Nous nous parlerons encore. (H sort.) SCÈNE II. WALLÊNSTEIN, MAX PÎCCOLOMINI. MA A s^approcïie d«Iui. Mon général.... WAL1.ENSTEIN. Je ne le suis plus , si tu te regardes comme un officier de l'einpeteur. llAl. Aifisi f&êȧ pétki^t^tït^ à toult^ abàifidoànèr l'ài^ttiée? J'ai 1-ièftoilcë au mtfitè de l'éltfpét^ttr. Max Et vous voulez abandonner l armée ? WALL^EifSTElN. Att mnttÉAtéf ft^pet^ m^ l'mttàeher pftr d^ lient èftèol^è jltm élMi^. (il s' assied.) Ùtàf Max, je n'ai pùÈ V6Ulu M'oTutrir à toi aVâ^nt que le moment d'agir iM âi*riifxé. Ld jeune^d, dans l'heûreu^^ vivaàrté'cb se» êmûittem , a t'itu^itiet Mpftde du jt^U ; et c'est u*iè joi* p^t tl\é de tf^i^oir à prèutéi- et à défendre ACÏÊ It, SCÈNE II. 219 son opinion que qfUâôd il ne à a^t plus que de don- ner l'exemple. CepèûdàM loi's^^ue hmis âroii* à h*iw prononcer entare deux lÉràlhéUi's cèlHafin$> entre deux partis où la ligne du devoir ne peut être exac- tement suivie, c'est un Lonheur de n'avoir pas un *hoîx h faire , et k hëèés^ité est ici Une faveur du sort. Elle tfst prîeà^airte'; ne regarde pas éh arrière, tu né |)burrtfi8 y ttoù^et aucune Itimièf^é. ftégaf*dé eu avant; ^'examine pAà, et prépâre- aao LA MORT DE WÂLtENSTEIN, Tant toi, les devoirs combattent contre les devoirs; il te faut prendre un parti dans la guerre qui s'allume aujourd'hui entre ton ami et ton empereur. MAX. La guerre ! est-ce là le nom qu'il faut employer? La guerre est terrible comme un des fléaux de Dieu ; mais comme eux elle peut être juste , ordonnée par ' la destinée. Est-ce une guerre juste , que celle que vous vous apprêtez à faire à l'empereur, avec la propre armée de l'empereur ? Ah ! Dieu du ciel , quelle résolution ! Un tel discours convient-il entre vous, et moi à qui vous paraissez comme l'étoile immuable du pôle , comme la règle de ma vie? Quel déchirement vous produisez dans mon cœur ! Faut-il donc que je renonce à ne plus attacher à votre nom la sainte habitude de l'obéissance, l'im- pression profonde d'une ancienne vénération ? Non , ne détournez pas de moi votre visage , il fut tou- jours pour moi comme la face du tout -puissant, et ne peut perdre tout à coup son pouvoir sur moi. ^ Mes sens sont encore retenus par leurs anciens liens, * quand l'âme déchirée s'est déjà affranchie. * WALLENSTEIN. Max, écoute-moi. MAX. Âh ! n'agis point ainsi , n'agis point ainsi. Vois , ta noble et pure physionomie ne participe pour rien encore à ces malheureuses résolutions ; ta seule ima- gination en a été souillée : l'innocence n'a pu encore abandonner la sublime expression de tes regards. ACTE II, SCÈNE II. 221 Rejette cette noire pensée , cette pensée ennemie ; un mauvais songCv est seulement venu pour éprouver ton inébranlable vertu. L'humanité ne saurait se garantir de ces idées d'un instant ; mais il faut qu'elles soient vaincues par un noble sentiment. Non , tu ne veux pas finir ainsi : ce serait décrier, parmi les hommes , les grands caractères et les facul- tés puissantes ; ce serait justifier cette opinion du vulgaire , qui ne veut point qu'on s'abandonne à ces naturels sublimes quand ils ont toute leur li- berté, et qui ne se rassure que par leur impuis- sance . « WALLEIÏSTEIN. Le monde me blâmera sévèrement ; je m'y at- tends. Je me suis dit à moi-même tout ce que tu dis : eh ! qui n'évite pas les partis extrêmes, quand il peut s'en dispenser! Mais, ici, il n'y a pas à choisir; il faut endurer la violence ou l'employer : voilà toute la question ; il ne me reste pas une autre ressource. MAX. Hé bien , soit. Maintenez-vous à votre poste ; ré- sistez à l'empereur par la force. S'il le faut, venez- en à une rébellion ouverte; je ne l'approuverai pas , mais je la pardonnerai , et, tout en la blâmant, j'y prendrai part avec vous. Seulement, ne devenez point un traître; le mot est prononcé, ne devenez point un traître , car ceci n'est pas seulement un emportement au delà des bornes , ce n'est point une faute où le courage s'égare dans sa force , c'est une toute autre chose , c'est une action de noirceur , c'est une action infernale. i 222 LA MORT DE WALLENSTEIN, WALIiEl'fSTËIN d'un front sévère, mais avec modération. La jeunesse est prompte dajQç se^ discpiu^ > et ne songe pas qu'ils doivent être ipi^piés pjrmdemmeut comme le tranchant de Y^cief } elle ipQSure hs, choses d'après son ^rd^ate irofiginatio^ ^ ^ Jles v^pport?^»* qu'à elle ; elle ^e hâte dç pronoACiçç- lep mots de honte et de di^Ué , de bien et de mal , et elle ap- pli(jii,e ftuj^ hom;ra.es et g^x chosçs içs i4ees qw ^n iiaa^in^tion fai^t^^tiqu^ ^ attachée? k çe§ flxotp ijole^i- nel^. yeçprit est v^iste , wai^ le i|iQade e?t plus r^*- serre ; les pensées habitent sans peine près l'unie de Vautre, mais les choses s'entrechoquent rudement d^ns l'espfice réel- Vqw que l'i^» pvp^np une plwe , il fettt qjoe l'autre j^ quit^ç^ Qui ixe ve»t paj être repoi|i^sé , dp,it reppi^s^er le3 ^uire$ ; c'est le combat qui décide , et il n'y ^ de yiptoire que ppur le plus 6)rt. Il est vrai que celvi qui mgfiche ^>iq$ désirs dans la vie I qui ne cherche à .atteindre ^^çu^ but , peut vivre pur au milieu d'un atmosphère pur , et, comme la salamandre , habiter parmi des flammes inno- .cepte§. h9^ ix^ture m'» fait d'un Umoi^ plu^ grossier, et les désirs m'attachent h 1^ terre : oçfte tej(*re ap- partient ^u m^UFgis esprit I »oq p^ip w bon. Iaq^ dieux ne nous e»Yoie»it d'en H»ut que 4^ biews cpm- muus à tous 1q3 hpiumef ; leur lumière pous pharme , mais ne pous enrichit point, /et dans Içur* d^m^^ine on ne peut acquérir aucune possession. Ppu^ pbtenir les per^eries et l'or précieux , il faut s'a4r^â3ser aux mauvaises puifis^nces qui^ djius leur perversité, habitent le roy£|ume des ténèbres. Qm u^ peut les fléchir que par des sacrifices^ et il n'est point de ACTE II, SCÈNE It. 223 mortel qui , après les avoir s^Ti^i» ait eoBseirvë son âme clans toi^te sa pureté. M AX avec expre^ion. Âh ! .crains ^ craiq^ ces mauv^ise^ pui^ance$ ; £lles soi^t injSdèles dfin3 leurs promççfiçç : ce $Qi)t des esprits de mensonge ^iii t'attirent dajis l'abîme par leurs artifices. Ne tç ççnfie point k çUeç ; crpîs nies conseils. Ah ! reviens k tO)ti dçYoir J çert^ipçmiP^t ^ en est temps encore. Envoyez-moi à Yiwnejl ^ui^ consentez-y : laissez-moi faire votre paix avec l'em- pereur ; il ne vous connaît pas ; moi je vous connais c il apprendra à vous voir tel que vous voient mes yeux, et je vous rapporterai sa confiance. U est trop tard. Tu ne sais pas ce qui est arrivé. MAX* Et fût-il trop tard , si le^ choses en sont au point où un crime seul pourrait vous sauver dç yi^tre chute , tombez , tombez dignement comme vous avez régné. Abandonnez le commandement; des* cendez du théâtre. Vous le pouvez 4veo gloire ; que ce soit aussi avec innocejico ! Vous avez tant vécu pour les autres, vivez enfin pour vo^j^^léI^e, Je vous accompagnerai ; jamais J6 ne séparerai moo destin du vôtre. WALLENSTEIN. ^ U est trop tard. Pendant que tu perds ici tes dis- cours , mes rapides niessagers voient fuir derrière eux le chemin qui les sépare de Prague et d'Égra : rends -toi; nous agirons comme nous le devons: I I a24 • LA MORT DE WALLENSTËIN, marchons avec dignité et d'un pas ferme dans la route que i^ous trace la nécessité. Et que fais-je qui soit plus mal que ce César dont le nom s^ jusqu'ici retenti avec gloire dans le monde ? Il conduisit contre Rome les légions que Rome lui avait confiées pour là défendre : s'il se fût dessaisi du glaive, il était perdu comme je lé serais si je désarmais. Je sens en moi quelque chose de son génie. Souhaite- moi son bonheur ; je saurai supporter , s'il le faut , l'autre fortune. (Kfiz, qui jtuqu'alon aTait paru dans une vive agitatioa, s'ëloifpM rapidement. Wal- lenstein le suit des yeux avec douleur et demeure profondément absorbé àwa» se» pensées* SCÈNE IIL WALLENSTËIN, TERZKY; un instant après ILLO. TERZKY. Eh bien , Max Piccolomiui vous abandonne-t-il ? WALLENSTËIN. Où est Wrangel ? TERZKY. Il est parti. WALLENSTËIN, Si promptement ? TERZKY. Comme s'il se fût englouti sous terre. Il venait de vous quitter quand je suis allé pour le chercher. Je voulais lui parler, il était déjà parti , et personne ACTE II, SCÈNE III. aa5 n'a su me dire comment. Je crois , en vëritë , q^ c'est un dëmon qui est venu ; un homme ne peut pas disparaître aussi rapidement. ILLO arrire. Est -il vrai que vous donnez une mission au père? TERZKY. Gomment , à Octavio ! à quoi pénàez^rouâ ? WALLENSTEÏTï. II va à Frauenberg, conduire les regimens espa- gnols' et italiens» TERZKY. Fasse le ciel que vous ne suiviez pas ce projet ! ILLO. Voulez-vous confier des troupes à ce perfide , «t lé placer loin de vos yeux , justement dans le m^Hxient décisif? TERZKY. Ne faites pas une telle chose. Par-dessus tout ne la faites pas. WALLÈNSTEIN. Vous êtes des hommes étranges. ILLO. Pom' cette fois seulement , écoutez nos avis : qu'il ne parte pas. WALLENSTEIN. Et pourquoi ne me fierais-je pas à lui cette fois, comme j'ai toujours fait ? Qu'est-il arrivé' qui puisse détruire la bonne opinion que j'avais de lui ? Dois-je, suivant votre fantaisie , reformer l'aticienne idée que j'ai de lui? Ne penses pa$ tat^ouvel' en moi ToM. IV. i5 226 LA MORT DE WALLENSTEIN, une légèreté de femme. Puisque je me suis confié à lui jusqu'à ce jour^ je m'y confierai encore au- jourd'hui. TERZKY. Mais pourquoi faut-il que ce soit lui? envoyez-^n un autre. WALLENSTEIN. Ce sera lui , parce que je l'ai choisi. Il conyient à cet emploi^ voilà pourquoi je le lui ai confié. ILLO. C'est un Italien , voilà pourquoi il vous convient. WALLENSTEIN. Je sais bien que vous ne les avez jamais appréciés. Parce que je les estime^ que je les aime l'un et l'autre y que je les préfère visiblement, ainsi qu'ils le méritent , ils offusquent votre vue. Mais que fait votre jalousie au soin de mes intérêts? Vous les haïssez , cela ne leur nuit point à mes yeux. Aimez- vous , haïssez-vous les uns les autres , comme vous le voudrez; je ne contrains les jugemens ni les in- clinations de personne, mais je connais très-bien de quelle valeur chacun de vous peut être pour moi . ILLO. Il n'ira pas, je briserai plutôt les roues de sa voiture. WALLENSTEIN. Modérez-vous^ Ulo. • TERZKY. Lorsque Questenberg était ici, il était toujours avec lui^ ils ne se qidttaient point. ACTE II, SCÈNE III. M^ WALLENSTEIN. Je le savais^ et c'était par ma permission. TERZKY. Et les messages secrets qu'il a reçus de Galas , j^en suis instruit aussi. WALLENSTEIN. Cela n'est pas vrai. « ILLO. Ah ! TOUS êtes ayeugle; tous avez des yeux pour ne pas voir. WALLENSTEIN. Vous ne pourriez ébranler la confiance qui s'est établie au plus profond de mon âme. S'il me trompe^ c'est que toute la science des astres serait menson-^ gère. Sachez que j'ai un gage du destin méme^ qui me répond qu'Octayio est le plus fidèle àef mes amis. ILLO. « » Et qui vous assure que ce gage ne vous trompe point? ^ WALLENSTEIN. Il est des momens dans la vie de l'homme où il semble pénétrer plus avant dans l'esprit qui régit cet univers^ où il peut librement interroger le sort. Dans un de ces instans , pendant la nuit qui s'écoula avant la journée de Lutzen , j'étais tout pensif y appuyé contre un arbre , et les yeux errans sur la plaine ; les feux du camp brillaient d'un éclat obscur à travers le lN:*ouillard ; le bruit sourd. des armes , les cris monotones des sentinelles interrom- paient seuls le silence. En ce moment mon exi<* 228 LA MORT DE WALLENSTEIN, stence entière absorbée dans les idées de destin et d'avenir, était concenti'ée dans une contemplation intérieure ; ^t mon esprit , plein de méditation , unissait à la pensée du sort prochain de la journée qui comiîfieiîçanl ,"' la pensée dé l'avenir le plus reculé. Je me disais à moi-même : v Que d'hommes sont » là, à qui tu commandes ! ils sùiveBt task étoile ; ils » ont placé tous leurs intérêts sur ta tête , comme >t sur une chance rd» sert; ils se sont ieiiii>àtiqués » avec toi sur la barque de ta fortune. Cependant » s'il venait un jour où le destin contraire dispersât » tout ceci ., il en tst him (peu qui te restai^sent fidè- » lement attachés. Ne ponirrais-tje savoir quel est » oelm :de tous ceux .que ie ca^|> renferme, qui » m'est le |)lns fidèle ? Fais-le moi Od^Miitk^e par un j) sign^y ô 'destin I (^ue celvi-^là âoit le- ptiemier qui » ce matin vienne à moi , et me donne une marque )) d'attachement. » Pensant ainsi je m'endormis. Et je £fts transporté '^en '(fs)piHt àti *nriflieii ^du com- bat : la mêlée était grande ; une balle atteignk mon cheval , je tombai , cavaliers et chevaux passaient sur mot! Cdrps saïis y prendite garde ; j'étais gisant , res- pferanl} i» peine , ftio^rant , -fbuté -aux pieds ; alors un bras seccfttrable me ^aiisât tout à cdup, c'était Octavio ; et alws je m'éveillai; il était jour, ^t Octavio ^aît debotft devant moi. «ï'rère, dit -il, ne monte pas j) aujtwird'hui là pie , c^^m'me de coutume ; sers-toi » plutôt de ce cSieval , que j'ai choisi p^rttr toi : fais tocela pcfur Tamout de moi; un songe Wallonne )) cette idée. » Et la vitesse de son cheval nie dé- roba a!ux dragons deSanIl^ier qui me poursuivaient. ACTE II, SCÈNE HT. 229 Le jour même mon neveu se servit de la pie, et Ton n'a jamais revu le chçval ni le cavalier. s ILLO. C'est un hasard. WALLENSTEIN, d ao ton expressif. Il n'y a pas de hasard; et ce qui nous parait un S9rt ayeugle diécouk dir^ctein;ent df^uQe ^uacce profonde et cachée, «f ai l'as^^ance sacrée et solen- nelle qu'Octavio est mon bon génie ; qu'il n'en soit plus question. (11 se retire. ) TERZKY. Ma consolation, c'est que Max nous demeure comme otage. ILLO. Et celui-là ne sortirait pas vivant d'ici. WALLEN&TEIN s^MrrateQtre^e^Là eux. Vous êtes comme les femmes qui en reviennent obstinément à leur premier mot , quand oa leur a parlé raison pendant des heures entières. Saches que les pensées et les actions des hommes ne sont past semblables au3^ v^uas de la m^ir qui se succè- dent aveuglément ; oJles ont , comme dans une ca-^ verne pt'ofbnde , leur source dans l'iDtërîeur de l'homme , dans cette image abrégée die V^oirers. Telles que les fruits des arbres , elle^ croissent néoes*-* sairementf le$ jeux du hasard iine peuvent les dé- natu^rer ; j'ai péi;iétf é j:ii9qu'au î^mà de l'âme huh- main^ , et je çon-pciis^ et les volkmtés et tes actions. • (]|a «orient ) 33o LA MORT DE WALLENSTEIN, SCÈNE IV. Le théâtre représente un appartement dans la maison Piccolo- mini. OCTAVIO PICCOLOMINI prêt à partir; UN ADJUDANT. OCTAVIO. La garde est-elle là? L'ADJUDANT* Elle attend en bas. OCTAVIO. Ce sont des hommes sûrs , adjudant ? Dans quel régiment les avez-vous pris ? L'ADJUDANT. Dans le régiment de Tiefenbach. OCTAVIO. C'est un régiment fidèle. Qu'ils se tiennent tran- quillement dans la seconde cour. Que personne ne se montre que je n'aie sonné. La maison sera fermée et sévèrement gardée , et toute personne qu'on sai- sirait demeurera arrêtée. ( V adjudant sort. ) J'es- père que je n'aurai pas besoin de leurs services. Je regarde mes calculs comme bien assurés; mais il s'agit ici du service de l'empereur. Nous jouons gros jeu ; et il vaut mieux prendre trop de précau- tions que d'en manquer. ACTE II, SCÈNE V. aSr SCÈNE V. OCTAVIO PICCOLQMINI , ISOLANI entre. ISOLANI. Me voici. Doit-il venir encore quelqu'un des autres ? G CTAV 10 d'ua air de mystère. Avant tout , j'ai ui^ mot à vou& dire ^ comte Iso- lani. ISOLANI, auMÎ arec mystère. S'agit-il de ce que le prince veut entreprendre ? Vous pouvez vous fier à moi : mettez-moi à Fë- preuve. OCTAVIO. Cela pourra bien être. ISOLANI. . Camarade , je ne suis pas de ceux quî ne sont har- dis qu'en paroles , et qui^ quand on en vient au fait, prennent honteusement le large. Le duc en a agi envers moi en ami : Dieu sait ce qui en est. Je lui dois tout , et il peut faire fond sur ma fidélité. OCTAVIO. C'est ce qu'il faudra montrer» ISOLANI. Mais, prenez garde p tous ne pensent pas ainsi. Il y en a beaucoup qui tiennent pour la cour , et qui pensent que ces signatures qu'on a surprises derniè- rement n'engagent à rien» 23a LA MORT DE WALLEBSTEIN, OCTAVIO. Ah , ah ! nommez-moi ceux qui pensent ainsi. ISOLANI. Par lediable , tous les Allemands le disent comme cela. Esterhazy , Kaunitz , Deodat, proclament main- tenant qu'on doit obéir à la cour. OCTAVIO. Je m'en réjouis. ISOLANT. Vous VOUS en réjouissez ? OCTAViO. Oui , de ce que l'empOTeur a encore de si fidèles amis f de si braves serritetirs* ISOLA NI. Ne raillez pas. On les compte parmi les plus bra- ves gens. OCTAVia Assurément. Dieu me préserve de railler. Très- sérieusement^ je me réjouis de voir la bonne cause si bien appuyée. ISOLANl. Que diable , qu'est-ce donc? Ne seriez-'voua pas. . . Pourquoi suis-je donc ici ? O C TAY I O wBc grmté. ^ Pour déclarer clairement , et avec franchise^ si vous voulez être ami ou ennemi de l'empereur. ISO^iANI fiÂr«m9at. Je pourrai donner cette explication à celui qui aura le droit de me faire cette questioii. ACTE II, SCÈNE V. 233 OCTAVIO. Ce papier vous apprendra si j'en ai le droit. ISOLANI. Quoi? Mais... c'est la main et le sceau de l'empe-r reur. ( // Ut. ) « Tous les commandans de uotre ar- » mée se conformeront aur ordres de notre fidèle et u amë lieutenant géjoeral Piceolomini ^ comme aux. » nôtres propres. » Ah ! oui , assurément ^ aui^ cmi; je vous fais mon compliment y monsieur le lieute- nant général. OCTAVIO. Vous soumettez-vous à cet ordre ? • ISOLANI. Moi ? Mais aussi vous me surprenez par cette su- bite nouvelle. On me donnera le temps de la ré- flexion, j'espère. OCTAVIO. Deux minutes. ISOLANI. Mon Dieu, la question est cependant... OCTAVIO. Claire et simple. Vous devez déclarer si vous vou- lez trahir votre souverain , ou le servir fidèlemeat. ISOLANI. Trahir ! Mon Dieu , qui parle de trahir ? OGTAVIO. Oui, c*estla question. Le prince est un traître : il veut conduire l'armée aux ennemis. Expliquez-vous précisément et sans délai. Voulez-vous vous parju- 236 LA MORT DE WALLENSTEIN, BUTTLER. « Vous m'honorez beaucoup.. OCTAYIO, aprfa oiiir Pragcre; demain on veut 110U& conduire aux ^nfnemi$« Gependaintil se trom^e> la |l)lfudeKice veille, ron. BUTTLER. Général^ n'aveï-^-Vims rien de plus à m'ordonner? 9i36 LA MORT DE WALLENSTEIN, OCTAVIO. Songez à vos cheveux blancs ; revenez en arrière. BUTTLER. Adieu. OCTAVIO. Eh quoi I voulezrvous donc, pour une telle guerre ji iirer votre bonne et brave épec? Voulez-vous donc changer en malédictions la reconnaissance que KAu- triche avait envers vous , poux une fidélité gardée pendant quarante ans ? BUTTLER mariant trec amertume. La reconnaissance de la maison d'Autiûche? ( n veut sortir. ) OCTAVIO le laisse allerjusqa'à la porte, pais le rappelle. Buttler I BUTTLER. Qu'y a-t-il encore ? OCTAVIO. Oîi en êtes-vous pour le comté ? BUTTLER. Le comté ! Quoi? OCTAVIO. Ouji, le titre de comte, c'est ce que je veux dire* BUTTLER avec empressement. Mort et damnation ! OCTAVIO froidement. Vous le sollicitez , on vous l'a refusé. ACTE H , SCÈNE VI. aSg BUTTLER. Vous ne me raillerez pas impunément : l'épee à . la main. OCTAVIO. Remettez votre ëpéej racontez- moi tranquille- ment comment la chose s'est passée , après je ne TOUS refuserai pas satisfaction. BUTTLER. Eh bien! soit, que tout le monde sache une fai- blesse que je ne pourrai jamais me pardonner à moi- même ! Oui , général , je suis avide des honneurs , et je ne puis supporter l'abaissement. Cela me fait souffrir 9 de voir qu'à l'armée la naissance et les titres sont plus que les services ; je ne veux pas être moins que mon égal. D^ns un malheureux moment je me suis laisser aller à faire cette démarche ; c'é- tait une folie, mais je ne méritais pas .d'en être si durement puni. On pouvait refuser; pourquoi ren- dre.le refus plus blessant par un mépris outrageant? pourquoi fouler aux pieds, avec un cruel dédain, un vieillard, un fidèle et loyal serviteur? pourquoi lui rappeler si rudement la honte de son origine, parce qu'il s'est oublié un moment ? Mais la nature a donné un dard au reptile pour se venger de celui qui l'écrase avec orgueil. OCTAVIO. Vous fûtes calomnié; soupçonnez-vous l'ennemi qui vous rendit ce mauvais o£Eice? BUTTLER. Que m'importe ? ce doit être quelque courtisan , 24o LA MORT DE WALLENSTEIN. quelque ser^ile débauche, quelque Espagnol , peut- être le descendant de quelque ancienne maison dont j'ai offusqué les regards , un fat envieux que chagrine un rang acqu4s par mes services. 0CTàVÏO. Dites-moi, te duc approuva cette démarche? BTJTTLER. Lui-même m'y avait excité, et s'employa pour moi avec une noble chaleur d'amètié. o-ctaVio. Ah ! étes-vous hieh certain de cela ? BUTTLER. J'ai lu la lettre. . . oc TâV IO , d %& ai)- «ignificatif. Et m>oi a«issi. Mais elle a^vait un tout autre con- tenu. ( •Butther semble surprisx. ) J'ai , par hasard , cette lettre entre mes mains : vous pouvez la par- courir de vos propres yeux. ( niui donne U lettre. > BUTTLEH. Qu'efrt-ce donc ? OCTAVIO. Je crains , colonel Buttler , qu'on ne se soit indi- gnement joué devons. Le duc, dites^vous, vous a excité à cette démarche. Dans cette lettre il parle de vous avec dédain , et conseille au ministre d'hu- milier votre impudence, comme il l'appelle. {Buttler a lu la lettre ; ses genoux tremblent ; il prend un siège et s'assied. ) Aucun ennemi ne vous persécute : personne ne vous veut de mal : l'aifiront qae vous ACTE II, SCÈNE VI. 241 avez reçu doit être attribue au duc seul : et son des- sein est clair /il youlait tous détacher de yotre em- pereur ; il espérait obtenir de votre vengeance ce qu'il n'aurait pu jamais gagner , dans une tranquille situation d'esprit , sur votre fidélité bien affermie ; il voulait vous employer comme un aveugle instru- ment pour le succès de ses projets criminels. C'est à quoi il est parvenu ; ihest heureux pour lui d'avoir pu vous détourner du bon chemin où vous avez marché pendant quarante années. BUTTLER d'une voix ëmae. Sa majesté l'empereur pourra-t-il me pardonner? OCTAVIO. Il fera plus ; il réparera l'injuste affront qu'a reçu un digne homme. Il confirme , de son propre mou- vement , la faveur que le prince vous avait accordée dans des vues coupables : le régiment que vous com- mandez est à vous. (^Buttler veut se lever, et semble de nouveau, défaillir : son âme est vivement tour--' mentée ; il voudrait parler , et ne le peut pas : enfin il prend son épée à son côté, et la présente à Picco- lomini. ) Que voulez-vous ? Remettez-vous. BUTTLER. Prenez-la. OCTAVIO. Pourquoi ? Revenez h vous. BUTTLE R. Prenez-la. Je ne siîîs plus digne de cette épée. OCTAVIO. Recevez-la de nouveau de ma main , pour l'em- ployer avec honneur à défendre la juste cause. ToM. IV. lô 242 LA MORT DE WALLENSTEIN, BtrtTiÊA. J'ai pu manquer de fidélité pour un si généreux empereu]6 ! (ycTAVio. Vorfs a^et réparé Ybtre faute ; quittez prompte- metit le duc. BÛTTtETL Moi lé quitter ! OCTAVIO. Comment ! Que voulez-vous dire ? BUTTLER avec un eifaportement terrible. Seulement le quitter I II doit périr ! OCTAVIO. Suivea^moi à Frauenbei*g> où tous les sujets fidèles se rassemblent près de Gftlas 6t d'Attriiiger. J'en ai ramené beaucoup d'autres à leur devoir , et cette nuit ils quittent Filseli. BtJTTLÈR vivAnent agite, se promène ça et là pui» vient k Octavio avec un regard assuré. Comte Piècobmini ! l'hirnime qui à tièlé sa foi peut-ii oser ericore fàrlet d'honneur? OdtAtlO. Il le peut, quand son repentir est aussi sincère. BÙttLEÏl. Laissez^moi ici sur ma parole d'honneur. OCTAVIO. . Que prétendez-vous ? BUTTLER. Laissezrmoi ici avec mon régiment. ACTE II, SCÈNE VL 243 OGTAVIO. Je me fie à vous. Cependant ^ cmes-moi ce que vous méditez. ^ BUTTLER. La suite tous Fapprendra : ne m'en demandes pas davantage. Fiez-vous à moi ! Vous le pouvez , par la ciel ; ce n'est pas son bon génie que vous laisses auprès de lui. Adieu. UN DOMESTIQUE apsorte un biUet. Un inconnu a apporté ceci et il est reparti sur-le- champ* Les cheva\ix du prince sont déjà en bas. ( U sort. ) OCTAVIO lit. « Pressez-vous de partir. Votre fidèle Isolani. » Allons quittons cette ville. Si près du port faudrait- il échouer ? Partons , partons , il n'y a plus de sû- reté pour moi ici. Mais.... SCÈNE Vil. Les deuï PICCOLOMINI. (Max entre dans la plus violente agitavion; ses regards ont uae «ipression sombre; sa démarche est mal assurée ; il ne parait pas apercevoir son père, qui se tient à Técart et l« regarde avec inquiétude. Il se promène & grands pas, pais s'arrête font à coup, et se jette sur un siège q^i se trouve près de lui. ) OGTAVIO sVpproche de lui. Je pars^ mon fils. (// n'obtient aucune réponse, il prend la main de Max. ) Adieu , mon fils, adi^u. MAX. Adieu. ©44 LA MORT DE WALLENSTEIN, OCTAVIO. Tu me suivras de près ? MAX sans le regarder. Moi , vous suivre ! votre route est tortueuse , ce n'est pas la mienne. ( Octavio laisse sa main et se recule.) Ah ! si vous aviez été droit et sincère, jamais les choses n*en fussent venues là ; tout aurait tourné autrement. Il n'eût pas pris ce terrible dessein. Les bons auraient conservé leur pouvoir sur lui, et il ne fût|)as tombé dans les pièges des méchans. Pour- quoi, semblable à un malfaiteur ou à son complice, vous êtes-vous glissé près de lui , pour l'épier avec ruse et en silence? Malheureuse fausseté, mère de tout ce qui est mal, tu nous a perdus, tu nous a plongés dans le désespoir. Noble franchise , protec- trice de l'homme tu nous eus tous sauvés. Mon père, je ne puis vous excuser, je ne le puis. Le duc m'a jette dans un horrible étonnement , mais vous , vous êtes presqu'aussi coupable. OCTAVIO. Mon fils, hélas, je pardonne à ta douleur. MAX se lève, et le regarde d'un œil de doute. Serait-*il possible ? Mon père , mon père ! auriez- Tous conduit tout ceci avec préméditation. Sa chute sert à votre élévation. Octavio, cette idée m'afflige. OCTAVIO. . Dieu tout-puissant ! MAX. MalheuiT à moi ! la nature est changée pour moi ; ACTE II, SCÈNE VÏI. a/JS tt le soupçon est entré dans mon àme confiante. Fidélîté> confiance, espoir^ toutestpeixiu pour moi! j'ai été trompé par tout ce* que je- vénérais le phis; Non, non, tout ne m'a pas trahi. Elle yit encore pour moi, elle, sincère et pure comme le ciel^pàrtoiit règne la tromperie, Thypocrisie, le meurtre, Se poison , le parjure et la trahison; notve amour sèurH dans toute rhumanité , reste pur et sans pro£mationl OCTAVia • ■ < < . « > I 1 Max, viens avec moi sur-le-champ, cela, vaut mieux. ' MAX. Eh quoi ! avant de lui avoir dit adieu ; un der-- nier adieu. Jamais. * < OCTAVIO. Épargne-toi le déchirement d'une séparation né- cessaire; viens avec moi, viens, mon .fils. ( Il reat Tentrainer. ). MAX. Non , j'en jure par le ciel. ÔOTAVIO le Hrçss^U Viens avec moi , je t'en conjure , . moi , ton père. MAX. Demandez-moi ce qui est humainement possible; je demeure. OGTAVIO. Max, au nom de l'empereur^ suivez^moi. MAX. L'empereur n'a pas de droits svr mon cœur. Et voulez^^ous me ravir encore le^ seul bien qui me à46 LA MORT DE WALLENSTEIN, reste dans «loh malheur, sa pHië? Faut-il donc fiK> com|DlircrueUemtot^nne teUecrunuté? Dois-ije dbn€ prendre honteufieiheot une irréparable résolution? me. dérober à nîUe furtiTement par laSn» iuite lâche tAihdigoè? Nèn 9 elèe verra mes ^ovEffiranees, ma ttouleitr ; elle 'entendra les tônghrts de nson 4me de*- cbîree ; elle versera )des larmes sur moi« Ah I les hmiimBs sont crawls ) mails elle ^ c'est un atige; elle sauvera mon cœur d'un désespoir horrible et furieux ? elle calmera la >doiileur de la mort par de douces paroles de consolation. OCtAflO. '* Tu ne te séparerai pas cl*elle, cela *të sera im- possible. Viens mon fils, préserve ta vertu. I .; Malt. î m Ne prodiguez ^s9és'discbui s înttttles, j'obéis à la voix du cœur, c'est la seule où je puisse me confier. OCTAVIO afectW)ubleeterelnManl. ■. ■ Max ! Max ! si un éhagrîii si horrible m'était ré- set-vé ; si tu.... mon fils , mon^prôpi^e stetng/jeii'ose y penser ; si tu te livrais à une telle honte , si tu imprimais cette flétrissure à i'^l0oc^lew^.lde iiétre maison, alors le monde verrait avec effroi «iQ^gluive du fils s'abreuver dans un «ffreux combat , du sang de son père. .,.._. MAX. Ah ! si VOUA ^ttsstOB ^taicfux pensé des «hommes , vous eussi^K igid'iimK meilleure sMle; misérabie ACTE II, 6CÈNE VU, «47 f ^oupçpns «ftaitdîls! |4eii «16 se»ble ni férule, •ni-assuT'ëy toot est ^i^batioeiai^ à lV)eil de celiii <^ ne mit pelait avoir de jCon!Êaiice. - «• OCTAVIO. Et si je me fie a tan xxauFi ^fi^^-t-il toujours en ton pouvoir de suivre ses mouvemens ? MAX. Vous n'avez pu les vaincre ces mouvemens de mon cœur ^ le duc ne le pourra pas davantage. OCTAVIO. Ah ! Max , je ne te verrez jamais ! MAX. Vous ne me verrez jamais indigne de vous. OCTAVIO, Je pars pour Frauenberg, je te laisse ici les irégimens de Pappenheim, de Lorraine, de Toscane , et de Tiefenbach pour te défendre; ils t'aiment, ils sont fidèles à leur serment et ils aimeraient mieux succomber avec courage en combattant que d'aban- donner leur chef et l'honneur. MAX. Assurez-vous que je perdrai la vie en combattant ou que je les conduirai hors de Pilsen. OCTAVIO prêt à s'aloigner. Adieu. MAX. Adieu. OCTAVIO. Quoi ! pas un regard d'affection, pas un serrement 248 LA MORT DE WALLEKSTEIN, de main en nous quittant ; nous partons, pour une guerre ^ sanglante , incertaine , dont la suite est douteuse. Ce n'est ainsi que nous avions coutume de nous séparer; il est donc vrai^ je n'ai plus de fils. (Max Miette dans ses bras ; ils se tiennent long-temps ejnbrassës en silence, puis s'âoip* gnent chacun d'un côté différent. FIN DU DEUXIÈME ACTg. >- «■ ' \ ï', .-,)■ I 'mÉÊÊÊÊmimiim -> ~^- ACTE III, SCÈNE I. 349 »'»"'»»»»•»»»»»"'""*»' ^ ^\'%'tni%if»^%%' t nni\x%\i(%'Vh%vv%'vvh% i 'wti%'wv\iv t m.iw%ih'ww\iWk.\ ACTE TROISIEME. Le théâtre représente l'appartement de la duchesse de Friedland. SCÈNE PREMIÈRE. La comtesse de TERZKY; THÉCLA, madame de NEUBRUNN occupées à aès ouvrages de femme. LA COMTESSE. JN'avez-vous rien à me demander, Thécla? rien absolument? depuis long-temps j'attends un mot de vous, pouvez-vous supporter d'être si long-temps sans entendre prononcer son nom ? quoi , mon se- cours vous serait-il devenu superflu? auriez-vous une autre voie pour communiquer ensemble? avouez-le moi , ma nièce, l'avez-vous vu? THÉCLA. Je ne l'ad vu ni hier, ni aujourd'hui: * ' LA COMTESSE. Avez-vaus su quelque chose de lui ? ne me cachez rien, THÉCtA. Pas un mot. ... LA COMTESSE. Et vous pouvez être si tranquille ! 25o LA MORT DE WALLENSTEIN THÉCLA. Je le suis. LA COMTESSE. Neubrunn, laissez-nous. ( Madame "de Neiâ>raan s'^oigae. ) SCÈNE IL La comtesse TEJ^ILI,, THÊCLA. LA COMTESSE. Je n'aime pas qu'il garde un tel silence dans lïn- stant actuel. TEÉGLA. Dans l'instant actuel ? LA COMTESSE. Maintenait qu'il s^it lLO}^,^cétaàt le Bao¥aep|t-4c se declfirer. Ei^pliquez^^Yous ' plus cjUiir^ment^ ii -wf^w yq^lfsz que je you3 icppvpiienne ? LA COMTjBSSE. C'est pour cela qia^ j'aî vpulai çae nwiB dEnssions seules. Vous n'êtes. plus un enfant, Thëcla, votre coeur est ho^^s de tutelle; vous aimez, et l'amour donne plus de force et de courage. Tous l'avez montré ainsi. Votre cs^ractère tient plus de votre père que de votre mère ; aussi pouveziTCKHS >ti3|0iidre des choses qu'elle ne serait point capable de sou- tenir. ACTE m, SCÈNE IJ. aSi THÉCIA. Je vous en prie^ abrégez ces préparations. De quoi s'agit-il? ditesJe-moi ; j^n recevrai moins d'alarmes que de cet exorde. Qu'$ivez-vous à me dire ? parlez-moi promptement. LA COMTESSE. Vous ne devez pas concevoir de craiiite&. THÉCLA. f arlez , je vous en conjure. LA COMTESSE. Il dépend de vous dé rendre un grand service à Totre père. ; . , thécla! Cela dépend de moi ; que puis-jc faire? LA COMTESSE. Max l^iccolomini vous aime ^ vous pouvez Fatta-^ cher étroitement à votre père. • . . THÉCLA. I : 'Qù'est-il besoin de moi? ne Test-il' pas déjà ? I4A CO>MT£SS£. . THÉCLA. . 'Et pourquoi ne le serait-il plus, pourquoi ne se- rait-ce pas pour toujours? LA COMTESSE. Il est aussi attaché à l'en^pereur. . THÉCUA. £a$ phu qa€ le devoir et lâbgbnttur ne l'exigent. 252 LA MORT DE WALLENSTEIN, LA GOMTESSSL On lui demande de prourer son amour, et non pas son honneur. Le devoir et l'honneur, ce sont des mots qui peuvent avoir bien des sens difierens. U faut que vous lui fassiez comprendre que c'est l'a- mour qu'il doit consulter pour connaître son devoir. THÉCLA. Comment? LA COMTESSE. Et qu'il doit renoncer ou à vous ou à l'empereur. THÉGLA. Il suivra volontiers mon père dans la condition privée ; vous avez appris de lui - même combien il souhaite abandonner les armes. - LA COMTESSE. Il ne faut pas qu'il les abandonne; je veux dire qu'il doit les, prendre pour servir votre père. . THÉGLA. Il sacrifierait avec joie son sang et sa vie pour mon père , ci- l'on voulait exercer la yiolepce cpn- tre lui. LA COMTESSE. Vous ne voulez point me comprendre. 'Écoutez- moi. Votre père abandonne l'empereur; il est ré- solu de s'unir aux ennemis avec toute l'armée. THÉGLA. O ma mère ! LÀ COMTESSE. Il a besoin d'un grand exemple pour entraîner l'armée avec lui. Les Piccoloniinî ont une grande . ACTE III, SCÈNE II. 253 considération dans Farmëe ^ ils commandent à l'opi- nion, et le parti qu'ils prendront est décisif. Nous serons plus assurés du père si nous avons le fils pour nous. Vous avez donc dans votre main.... THÉCLA. ma malheureuse mère, quel coup mortel te menace ! Elle n'y. survivra pas. LÀ COMTESSE. Elle se conformera à la nécessité, je la connais. L'avenir et son incertitude oppressent son cœur trem- blant; mais ce qui est décidé, ce qui est irrépa- rable , elle le supporte avec résignation . THÉCLA. Ah ! funeste prévoyance de mon cœur ! mainte-- nant , maintenant la froide et terrible main du sort vient détruire mes douces espérances. Je le savais bien. Aussitôt que je suis entrée en ces lieux, un horrible pressentiment m'a averti que les astres du malheur étaient sur ma tête. Mais pourquoi penser à moi d'abord ? ma mère ! ma mère ! LA COMTESSE. Remetteat-vous ; n'éclatez pas en vains géraisse- mens : conservez à votre père un ami , à vous* un amant ; par -là tout pourra devenir heureux et calme. THÉCLA. Heureux? Eh quoi ! nous sommes séparés pour toujours; hélas ! il n'y a plus à en parler. LA COMTESSE. Il vous abandonnerait ! Il pourrait vous aban- donner ! ^maÊÊÊ^Êmm^Êll^Êm^aÊi^ÊÊÊÊÊ^Ê,È^m,mÉ^mm^^»m^^BÊm v«i ^SS LA MORT DE WALLENSTEIN, sente à nos yeux quelque image nouvelle , plus triste et plus effrayante. LA dugh;e:sse. Tu auras un sort plus heureux. IÇt nous aussi, ton père et moi , nous avons eu de beaux jours ! Je pense encore avec bonheur aux premières années de notre union. Alors, son esprit était à la fois actif et serein ; 1 ambition l'animait d'un feu modéré; ce n'était point encore une flamme dévorante : l'empe- reur l'aimait , se confiait à lui , n'entreprenait rien sans l'avoir consulté. Mais depuis ce malheureux jour de Ratisbonne , où il fut précipité de sa haute fortune , un esprit inégal , insociable , sombre , soupçonneux , s'est emparé de lui : le calme a fui loin de lui ; renonçant à son ancienne félicité , ayant perdu la douce confiance qu'il avait en ses propres forces , il applique son cœur à des pratiques téneTjreuses , qui jamais n'ont porté bonheur à aucun de ceux qui les employèrent. LA COMTESSl^. Vous voyez avec vos yeux; mais est-ce là les dis- cours qui conviennent, lorsque nous l'attendons? il sera bientôt ici , vous le savez ; devrait-il vous trou- ver dans une telle disposition ? LA DUCHESSE. Viens , mon enfant , essuie tes larmes , montre à ton père un visage serein ; regarde, ta chevelure est en désordre, rattaches-en Içs noeuds; viens, sèche tes pleurs, ils obscurcissent le doux éclat de tes yeux. Que voulais-je dire? Oui, Piccolomini est un jeune homme noble et distingué. ^ ACTE III, SCÈNE IV. 3157 LÀ COMTESSE. U est vrai, ma sœur. TH ÉGL A , à là comtesse d'un air de souffiranoe^. Ma tante , Youdrez-Yous m'excuser ? ( EUc T«ttt se retker. ) LA COMTESSE. Oîi allez-vous? votre père vient. THÉCLA. Je ne puis le voir maintenant. LA COMTESSE. U s'apercevra de votre absence et vous deman- dera. LA DUCHESSE. Pourquoi sortir? THÉCLA. Il m'est impossible de le voir. LA COMTESSE, àladuchess*. Elle n'est pas bien. LA DUCHESSE ia<{«iète. Que peut avoir ma chère enfant? ÇSâles suivent toutes deux Thida, et semblent inquiètes; eÙesla rejoignent. Wallenstein * paraît en conversation avec lUo. ) SCÈNE IV. Les prëcëdens, WALLEîSfSTEIN^ ILLO. WALLENSTEIN. Est-on tranquille dans le camp ? ILLO. Tout est trancmille. , ToM. IV. 'î. 158 LA MORT DE WaLLëMSTBIN, WALLBTÏSTEIN. Dans peu d'heures nous pourrons recevoir de Prague , la nouTcUe que cette riUe est devenue notre capitale ; alors nous pourrons jeter le masque ^ nous ferons connaître aux troupes qui sont ici , la démar^ che qui a été faite et son résultat^ dans de telles circonstances l'exemple fait tout. L'homme est, de sa nature, imitateur , et celui qui marche devant con- duit le troupeau. Les régimens de I^ague savent seulement que les régimens de Pilsen nous ont rendu hominage , et ceux de Pilsen vont oous pi>èfaer ser- ment, parce que ceux de Prague leur auront dottoé l'exemple. Buttler, dites-vous, s'est déjà déclaré? IlLO. De son propre mouvement , sans être solKoite | il est venu vous offrir et sa personne et son régiment. WÂLLENSTEIIf. Il ne faut pas toujours croire , je le vois bien , à cette voix intérieure qui s'élève dans notre cœur pour nous donner de secrets avertissemens; souvent l'esprit d'erreur prend pour nous tronxper les appa- rences de la voix de la vérité, et rend des oracles imposteurs. Ainsi je demande pardon à ce brave et digne Buttler de ma secrète injustice, mais un sen- timent dont je ne suis pas le maître et que je pour- rais appeler de refiroîf se glisse dans mon cœur à son approche , arrête les mouveiaens de mon amitié; et voici que ce loyal capitaine, malgré les avertissemens de mon esprit, donne le premier signal de mon bonheur. «^ ACTE III, 8CÈSE IV. mSg ILLO. Et son exemple puissant attirera à TOUi^ n^a doutez pas , les principaux de Tairmëe. Maintenant^ allez et eirrayez-moi Isolani^ je l'ai encore tout récemment obligé > je veux commeater par lui| sMet. (Illo sort; pendant ce temps-là lès femmes se sont avancées. ) Voici ma fille chérie et sa mère ; j'ai voulu me reposer de tous mes soins^ venez ; j'ai désiré passer une heure plus douce au milieu du ceircle chéri de ma famitle. LA COMÎf:SS£. Kous n'avons pas été souvent réunis , mon frère. WALLENSTEIN, à part à It comtesse. Pourra-t-elle m*entendre? est-elle préparée ? LA COMTESSE. Pas encore. WALLENSTEIN. Venez ici, ma fille, asseyez-vous près de moi. Votre voix a un charme bienfaisant. Votre mère m'a parlé avec élc^e de votre talent : vous savez , par les doux sons de l'harmonie, exercer sur l^s âmes un salutaire enchantement. J'ai besoin , en ce moment , d'entendre cette voix touchante ; elle cltas- sera l'influence des mauvais esprits , dont les som- bres ailes s'agitent au-dessus de ma tête* LA DUCHESSE. Oil est votre luth , Thécla ? Venez , donnes i votre père une preuve de vos talen|. / 26o LA MORT DE WALLENSTËIN, THÉGLA. O ma mère j Dieu ! LA DtJGHESSE. Allons , Thëcla , donniez ce plaisir à votre père. THÉGLA. Je ne le puis , ma mère. LA GOMTESSË. Comment ! qu'est-ce donc , ma nièce ! THÉGLA, ila comtesse. Épargnez-moi. Chanter en ce moment , danS/Une telle angoisse^ Tâme si cruellenient accablée! chan- ter devant lui , quand il fait mourir ma mère de douleur I LA DUCHESSE. Comment , Thëcla , du caprice ! Votre père in- dulgent doit^il TOUS témoigner en vain son dësir ? 4 f LA COMTESSE. Votre luth est ici. THÉGLA. mon Dieu! comment pourrai-je?.... ( Elle prend le luth, d'une nuin tremblante ; elle parait yiolemment agitée, et au moment où elle va commencer à chanter, elle tressaille, jett^e Finstrument, et se retire prtfci» pâtamment. )' LA DUGHESSE. Ah ! ma fille , elle est souffrante.... WALLENSTËIN. Qu'a votre fille ? Est-elle souvent ainsi ? LA COMTESSE. Puisqu'elle s'est ainsi trahie elle-même, je ne garderai pas plus long-^èmps le silence. I y. • •' ACTE III, SCÈNE IV. ath WALLENSTElif. Et qîioir? LA COMTESSE. Elle Faime. WALLENSTEÏN. ^ Aimer; qui? LA COMTESSE. Elle aime Piccoloihini ^ ne ravez-YOus pas re- marque ? et ma sœur non plus ? LA DUCHESSE. C'est donc là ce qui agitait son cœur? Dieu te bénisse^ mon enfant^ tu n'as pas à rougir de ton choix. LA COMTESSE. Ce voyage.. • Si ce n'était pas yotre projet^ si vous n'y souscrivez pas, vous auriez dû choisir un. autre guide* WALLENSTEIH. Le sait-il ? LA COMTESSE. Il espère la posséder. . r "._ ^ ^ WALLENSTEÏN. Il espère la posséder ! Ce jeune honime est-il in- sensé? LA COMTESSE. Pouvait-elle le.... WALLENSTEÏN. Pense-t-il donc obtenir la fille de Friedland ? En * * ■ vérité, une telle prétention me plaît; ses pensées ne sont pas humbles. aSa LA MORT DE WALLEKSTEIN, LA. COHTESSK. Gomme tous lui avez toujours témoigne beau- coup de faveur.... WALLENSTEIN. Il voudrait devenir mon héritier I Oui , assuré- ment je l'aime , je fais cas de lui; mais qu'a de com- mun cette opinion avec ma fille? N'a-t-on pas d'au- tres témoî^A^ de &veur à dAaner que la main de sa fille y de son unique enfant ? Lui donnent des droits sur mon cœur, mais non sur ma fille. 8ft positMn y k con^ération dont i! jouit. . . é WALLBfiiSTBIiT. Sa considération. Il est sujet : c'est sur lestrànes de l'Europe que je veux ciiercher un gendre. LA DUGHETSSE. Âh ! cher duc , ne nous efforçons pas de nous éle- ver A kaut ^ de ctaijite d'épnMiver ensuite «ne chute trop profonde. WALLENSTEIV. Je me serais à si grands frais élevé à la hauteur où je suis f j'aurais laissé loin derrière moi le vul- gaire des hommes , et la conclusion d'un si grand rôle serait de m*all!eri une famille ordinaire? Ce serait pour cela que ... ? (// s* arrête tout à cotip , puis reprend as^ec fermeté. ) Elle est la seule chose qui restera de ACTE III, SCÈNE tV* «63 moi sur la terre , je Teux voir une couronne sur sa tête, ou perdre ia vie? Tout ^e que je fais» tout^ n'est-ce pas uniquement poto agrandir $oa sort? Oui, dans l'instant même où nous parions. . . (// s'ar- Tête pensif. ) Et mamtenant je pounrafe comme un père sans fermeté la laisser s'unir à celui qm lui a plu, qu'elle a aimé , à un sim{de citoyen? et ce se- rait aujourd'hui que j'y consentirais, aujourd'hui même que je yeux mettre la dernière main à mon ouvrage ? Non , elle est pour moi un trésor que j'ai depuis long-temps xésenré ; elle est la jdus précieuse part de ma richesse, et certes, je ne songe pas à l'échanger contre un moindre prix que le sceptre royal. LÀ DUGHESSB. Oh ! mon cher ^poux , tous éUwm Totre édifice , TOUS le portez jusqu'aux nues , tous y ajouter sans cesse , et tous ne songez pas qu'une base si étroite ne saurait supporter cette construction fragile et chancelante. WALLENSTEIN, è h comtoflic. Lui aTe2>-T0us anncmcé quel séjour j'ai choisi pour elle? LA DUGHÇSSE. Quoi! ne retournerons-nous pas enCarinthie? WALLENSTEIN. Non. LA DUCHESSE. Ou dans quelqu'autre de tos terres? WALLENSTEIN. Vous n'y seriez pas en sûreté. i64 LA MORT DE WALLENSTEIN, LA DUCHESSE» * Pas en sûreté dans les états de Fempereiir ! stms la protection de l'empereur ! WALLENSTEIN. L'épouse de Friedland n'a rien à espérer de l'em- pereur . LA DUGHESSB. Dieu ! TOUS auriez poussé les choses si loin ? WALLENSTEIN. Vous trouverez un asile en Hollande . , LA DUCHESSE. Quoi ! TOUS nous envoyez dans un pays luthérien ? WALLENSTEIN. Le duc François de Lauenbourg vous servira de conducteur. . LA DUCHESSE. Le duc de Lauenbourg ^ l'allié des Suédois, l'en- nemi de l'Empereur ? WALLENSTEIN. Les ennemis de l'empereur ne sontplus les miens ? LA DUCHESSE regarde arec effroi le duc et la comtesse. Il est donc vrai ! il est donc assuré ! Vous êtes dis- gracié, vous êtes privé du commandement, Dieu du ciel ! LA COMTESSE à part, au duc. Laissez-le lui croire ainsi. Vous voyez qu'elle ne pourrait soutenir la vérité. ACTE III, SCÈNE V. a65 SCÈNE V- Les prëcédens , le comte TERZKY. LA COMTESSE. Terzky, qu avez-vous ? quel effroi est peint sur TOtre yisage ? quel fantôme tous est apparu ? TERZKY, tirant Wallenstein à part. Avez-Yous ordonné de faire partit* les Croates? WALLENSTEIN, Je ne sais rien de cela. TERZKY. Nous sommes trahis I WALLENSTEIN. / Quoi? TERZKY. Us aont partis cette i|uit ainsi que les chasseui^ et ont abandonné les villages ou ils étaient cantonnés. WALLENSTBIN. Et Isolani ? TERZKY. Vous l'avez fait partir. WALLENSTEIN. Moi? TERZKY. i Comment vous ne l'avez pas fait partir? ni Deodat non plus ? tons deux ont disparu. /■ 1^66 LA MORT DE WALLEKSTEIN, SCÈNE VI. Les prëcédens , ILLO. ILLO. Ténsky vt)us a441. . . ? TERZKY. U sait tout. Sait-il aussi que Maradas, Esterhazy , Gotz, Co- lalto et Kaunitz l'ont abandonné ? TEJ^KY. Diable! j WALLEIÏSTEIN, l«ar faisant signe. / Du calîne. LA COMTESSE, gai le» » «Juai tia avec inquiétude , s'approchg. T«n^y/ah mon Dieu I fin y Mm? ^'«9t4Jl écrire ? '■ ^ALLEU S^fim Yeat sortir. Ce n'est rien ; sortons* TERZKY le suit. Ce n'est rien , Thérèse. LA GOMTESSl^ l'art/fttdtat. Rien l et ne vois-je pas votre visage pâle et votre sang glacé? ne yois-je pag non frère chercher une Gootenaxice assurée ? ra 7A.6E MÉvft. Un adjudant demande le comte de Terzky. (Teriky soit le page. ) 1 ACTE III, SCENE VI. 267 f WALLENSTEIN. V^ycz ce tju'il vient annoncer {à Illo) ; tout ceci n'aurait pas pu se passer si secrètement^ s'il n'y avait quelque rébellion Qui a la garde des portes ? ILLO. Tiefenbach* WALLEWSTEIW. Que Tiefenbach soit sur-le-champ remplacé par les grenadiers de Terzky . Écoutez , avez-vous quel- que nouvelle de Buttler? ILLO. Je viens de rencontrer Buttler ; il sera ici tout à Iheure, il est ferme dans son dévouement. (Ilfeflovt. Wflttufllein veut le tuiTre.) LA COMTESSE. Ma scrar nu le laissez p«s s'téloigner de vous^ retenez-le dans ce malheureux moment. LA DUCHESSE. Grand Dieu y qu'est-ce donc? (B1«1b nUmI, «tVatteiM àlw.) M'ALtilBllSTETN, n retoarkmt vers elle. Soye^ calmes^ ma sœur, chère épouse ; nous sommes dans un camp. Cest ainsi que les choses s*y passent, le calme et la tempêle s'y succèdent rapidement, tous ees esprits indomptés sont difficiles à gouverner , et Jamais le général ne peut jouir d'un instant de repos. Demeurez ici 1 je sors ; les gémissemens des femmes s'accordent mal avec l'activité des hommes. ( fl teat sortir, Teriky revieat. ) 268 LA MORT DE WALLENSTEIN. TERZKY, Demeurez ici ; on peut tout voir par cette fenêtre. WALLENSTEIN. Allez , ma sœur. LA COMTESSE. Jamais. wallenstein: Je le veux. TERZKY U prend i part, et lai fait un signe en loi montnntla dudMtte. Thérèse.... LA DUCHESSE. Allons, ma sœur, puisqu'on l'ordonne. (Elles sortent. ) SCÈNE VIL WALLENStEIN, le comte TERZKY. WA LLEN STB I N , s'avançant vers la fenêtre. Qu'est-ce donc ? TERZKY. Toutes les troupes sont en mouvement et en tu- multe ; personne n'en sait la cause : chaque corps va , dans un sombre et mystérieux silence , se ranger sous ses drapeaux. Le régiment de Tiefenbach laisse voir une mauvaise disposition ; les Wallons seuls se tiennent à part dans leur cantonnement , n'y laissent pénétrer personne , et demeurent tranquilles comme à l'ordinaire. • WALLENSTEIN. Piccolomini est-il avec eux? / ACTE III, SCÈNE VIL 269 TERZKY. On le cherche^ et on ne le trouve nulle part. WALLENSTÎEIN. Que TOUS a annopcé cet adjudant? • * TERZKY. Ce sont mes régimens qui l'ont envoyé ; ils vien- nent de vous jurer encore une fois fidélité , et ils attendent avec une ardeur guerrière le signal du. combat. WALLEIHSTEIN. Mais comment ce tumulte a-t-il été excité dans le camp ? L'armée ne devait être instruite de rien qu'au moment où le sort se déciderait pour nous à Prague. TERZKY. Ah I que Ae m'avez-vous cru ! Encore hier , nous vous avons conjuré de ne pas laisser sortir de la ville ce serpent d'Octavio , et vous-même lui avez, donné des chevaux pour. . • pour favoriser son départ. WALLENSTEIV. Encore vos éternels propos ! Une fois pour toutes, qu'il ne soit plus question de ces absurdes soupçons. TERZKY. Vous vous étiez fié sur Isolani , et cependant il est le premier qui vous abandonne. WALLENSTEIN. Je l'ai tiré hier de sa misère ; eh bien , je n'ai jamais compté sur la reconnaissance. TERZKY. Ils lui ressemblent tous : les autres sont tels que lui. I 270 LA MORT DE WÀLLENSTBIN, WALI.BlfSTEIlf. Eh Uen , s'il me quitte , a«-t-il tort ? U est fidèle au dieu du hasard , que la passion du jeu lui a tou- jours fait honorer. C'est à ma fortune quil était attaché ; c'est elle qu'il abandonne et non pas moi. Qu'étais-je pour lui et qu était-il pour moi ? J'étais le navire qu il avait chargé de toutes ses espérances. Tant que nous avons été en pleine mer , il a navi- gué avec confiance : il voit le vaisseau périlleuscr- ment engagé dans les écueils^ et il se hâte d'en retirer ses richesses. Aucun lien personnel ne nous unissait ; il me quitte comme l'oiseau quitte la branche où il avait construit un nid. Celui qui s^imagine trouver un cœur dans les hommes fri- voles , mérite d'être trompé : la vie ne laisse , sur de telles superficies , que des traces rapides et faciles à effacer ; rien ne pénètre jusqu'au fond du coeur ; des sensations vives donnent au sang un mouve- ment peu durable , mais il n'y a point d'âme pour échauffer les entrailles. TERZKY. Cependant , j'aimerais mieux me confier à cette surface fragile qu'à une profondeur qui m'effraie. «HBaaa^dHwau AGIR III, SCÈNE TIU. vjt SCÈIŒ TIIL WALLENSTEIN, TERZKY; EiLO arrive furieux. iLLa Rërolte et trahison I TERZKY. Âh ! qu'y a-t-il de nouTeau ? ILLO. Quand j'ai donne au rëgîment de Tiefenbach Tordre de se retirer ..•• ahl perfidie et oubli du devoir I TEHZKT. Hé bien? Quoi donc?^ ILLO. Ils ont refuse d'obëir. Faites tirer dessus ; ah ! donnea>-en l'ordre. De la modération. Et quelle raison donnent-ils? Qu'ils ne doivent obéir à âueun autre qu'au lieu-* tenant général Piccolomini. WALLE9STSIN. Conunent ? quoi donc ? 272 LA MORT DE WALLENSTEIN , ILLO. Qu'il leur a laissé cet ordre, et le leur a montra écrit de la main de Fempereur. TERZKY. De la main de Fempereur! tous entendez, prince! ILLO. Par son ordre aussi, les colonels sont partis hier. TERZKY. Entendez-vous ? ILLO. M ontëcuculi , CarafFa, et encore six autres géné- raux sont absens ; il leur a persuadé de le suivre. Il était depuis long - temps porteur de cet ordre de l'empereur ; et encore dernièrement , il s'est con- certé avec Questenberg. (Wallenstein tombe dans un fautenil, et se cache le visage dans ses mains. ) TERZKY. Si cependant vous m'aviez cru ! ■ SCÈNE IX. Les prëcëdens ; LÀ COMTESSE. LA. COMTESSE. Je né puis , je ne puis plus long-temps supporter cette angoisse. Au nom de Dieu , dites-moi ce qui se passe. ILLO. Les régimens nous abandonnent ; le comte Picco-^ lomini est un traître. ACTE III, SCÈNE IX. ^73 hk. COHTESSE. Oh ! mes pressentimens ! ( Elle lort précipiUmmtnt. ) TERZKY. Si Ton m'eût cru. Eh bien^ vous le voyez ^ si les étoiles vous ont trompé I WALLBNSTEIN m lève. Non , les astres ne sont pas mensongers ; mais ceci s'écarte du cours des astres et du destin. La science a été véridique ^ mais un perfide cœur a fait mentir le ciel. La divination ne peut s'applicpier qu'à la vérité ; et lorsque la nature sort de ses rè- gles ordinaires, toute la science échoue. Non, jamais je ne rougirai de cette faiblesse; ce qui eût été une superstition 9 ce serait d'avoir pu concevoir de si honteux soupçons sur la nature humaine. Il y a même*, dans la poursuite des bêtes féroces, une sorte de religion à observer, et le sauvage ne par- tage pas son repas avec la victime dont il va percer le flanc. Tu n'as rien fait de grand là , Octavio. Ce n'est pas ta pl-udence qui a vaincu la mienne, c'est ton lâche cœur qui a remporté un infâme triomphe sur mon cœur sincère. Aucun bouclier ne pouvait me garantir de ton poignard : tu l'as perfidement di- rigé vers mon sein désarmé. Contre de telles armes , je n'ai pas plus de défense qu'un enfant. ToM. IV. 18 5174 LA MORÎ D£ WALLENSTEIN, SCÈNE X. Les précédens ; BUTTLER. TERZKY. Ah ! voici Buttler ! Nous avons encore un ami ! WALL fi 19 s TE I^ ya à lai lés bris ouverts , et 1 embrasse avec tendresse. Que je te presse sur mon cœur, mon vieux frère d^armes. Les rayons bienfaisans du soleil ne m ont jamais réjoui autant que le visage d'un ami dans un tel moment. BOTTLER. Mon gén^j*al , je venais. ... WALLENSTEIN s'appuyant sur son e'paule. Sais-tu déjà que le vieux Piccolomini ma dtrahi ? Qu en dis-tu ? Pendant trente ans nous avons vécu près l'un de l'autre. Nous avons à la guerre dormi sur la même couche, bu dans la même coupe, mangé le même pain; je me reposais sur lui avec autant de confiance que maintenant je m'appuie sur toi j et dans le moment même oii plein de tendresse j'épan- chais mon âme dans son sein , il prend son avan- tage , tire son poignard , épie adroitement l'insta'nt favorable, et le plon^ lentement dans mon cœur. ( n repose sa tête sur l'ëpaule de fiuttlv. ) BUTTLER. Oubliez le perfide ; dites , que voulez - vous faire ? WALLENSTEIN. C'est bien , tu as raison ; continuons à suivre • ' ACTE III, SCÈNE X. 57$ notre route. N'ai-je donc pas encore une foule d'a- mis? Le destin ne me traite-t-il pas encore avec affection , puisqu au moment même où il démasque rhypocrisie d'un perfide, il me donne un fidèle ami? Ne parlons plus de lui ; ne pense pas que je regrette son assistance , c'est sa trahison qui m'af&ige : je les aimais , je les estimais tous les deux. Maie Mas avait pour moi un amour yéritable , il »e m'a pas trahi , lui. Assez, assez , sur tout ceci ; il faut mmui tenant prendre d,e promptes mesures. Le courrier que le comte Kinsky m'envî)ie de Prague peut Arriver à chaque instant; il ne faut pas que ce qu'il nous apporte tombe entre les mains des mutins. Envoyez donc sur-le-champ un messager fidèle qui puisse le conduire sûrement jusqu'à nous par des ctiemins détournés. ( Illoveut sortir pour exëtuter ctt ordre. ) BUTTIIÎR le retenant. . Mon général , qui attendez-vous ? WA.LLENSTEIN. Le courrier qui doit m'apporter la nouvelle de ce qui s'est passé à Prague. BUTTIBR. WALLENSTEIW. . Qu'aveat-vous ? BUTTLER. * Ainsi vous ne save» j>âs ? WA1.LENSTEÎK. Quoi donc? 276 LA MORT DE WALLENSTEÎN, BUTTLER. Pourquoi ce tumulte s'est élevé dans le camp. WALLENSTEIN. Pourquoi ? BUTTLER. Ce courrier. WALLENSTEIN «Tec. impatience. Hé bien?... BUTTLER. Il est ici. TERZKY et ILLO. Il est ici? WALLENSTEIN. Mon com-rier? BUTTLER. Depuis quelques heures. WALLENSTEIN. Et je ne le sais pas ? BUTTLER. La garde l'a saisi / ILLO frappaot du pied. Damnation! BUTTLER. La lettre qu'il portait a été ouverte, et court de main en main dans le camp. WABLENSTEIN impatient» Savez-vous ce qu'elle contient? BUTTLER hëûtant. Ne me le demandez pas. ACTE III, SCÈNE X. 277* TERZKY. Ah ! malheur à nous ^ lllo; tout s'écroule à la fois» WALLENSTEIN. Ne me cachez rien , je puis entendre la plus rude nouvelle. Prague est-il perdti? l'est-il? avouez-le franchement. BUTTLER. Il est perdu. Tous les régimens places à Budweiss^ àTabor, à Braunau, à Koniginngratz , à Brûnn^^à Znaym vous ont abandonné et ont renouvelé Leurs sermens à l'empereur. Kinsky, lUo^ , Térzky et vous- même êtes proscrits. ^Terikj et Blo montrent leur effroi et leur d^espoir. Wallenatein demeure ferme et tranquille. ) WALLENSTEIN, après un insUnt de silence. Tout est décidé, voilà qui est bien. J'ai été promp* tement affranchi des angoisses du doute. Maintenant je respire librement, mon âme reprend sa sérénité ,r. c'est au milieu de la nuit que brille Tastre de Fried- land. C'est avec une résolution tremblante, avec un courage incertain, que j'ai tiré Tépée; tant que j'ai eu à choisir, j'ai éprouvé des combats intérieurs. Aujourd'hui la nécessité commande , tous les doutes s'évanouissent; je combats pour ma vie et pour ma tête. ( IVsort ; les autres le saivent. } 37» LA MQKt DE WALLEN8TEIN , SCÈNE XL • La comtesse TERZKY arrive par une porte latérale. Non^ je ne puis supporter plus long-temps.... où sont-Us? personne en ces lieux!... ils me laîs^entaeule, seule daM5 cette terrible anxiëte'. Il faut me cou- traindre devant ma sœur, pfuraltre calme, et ren- fermer mes souffrances dans mon cœur déchiré. ... je ne puis soutenir cette idée.... si le sort se déclarait contre nous , s'il nous fallait passer chez les Suédois non comme d'honorables alliés, accompagnés d*une armée puissante et nombreuse > mair comme des fugitifs dépouillés et les mains vides. S'il nous fal- lait errer, de contrée en contrée , comme le Pala- tin, et promener en tous lieux le honteux souvenir de notre grandeur passée. . . . Non , je ne puis songer à un pareil moment; etquand il supporterait une telle chute, moi, je ne supporterais pas de le voir ainsi tombé. SCÈNE XII. LA œMTESSE, LA DUCHESSE, THÉCLA. T H £ G L A , Toulant retenir la duchesse. ma mère , demeurez. LA DUCHESSE. Non ; il y a encore ici quelque terrible secret que l'on me cache. Pourquoi ma sœur m'évite-t-elle ? pourquoi semble-t-elle agitée ;dip tant d'alarmes? poui^quoi es-tu remplie d'énroi ? que veulent dire ces signes muets que vous faites l'une à l'autre en yous cachant de moi ? THÉCLA. Rieii^ ttia mère. .;. . LA DUCHESSE. Ma scftur^ J6 Teux le sarroir. ' ^ « ' <♦; v LA COMTESSE. Et pourquoi lui en faire up secret? si on le Im cachait ne faudrait-il pas que tôt ou tard elle le.sùt et le supportât? Ce n'est pas le moment de.se livrer ^ la faiblesse. Le courage et la fermeté d'âme notîa$ sont nécessaires ; c'est du courage qu'il nous laut user. Il vaut donc mieux lui apprendre son sortd'uo, seul mot. On vous trompe, ma sœur, vous croyess Iç duc disgracié, le duc n'est point disgracié, il est.,, THi;CLA alknttêftlamiiitfliM. V^dêB-^ous donc la tuer ? » * - . . LA COMTESSE. Leduceçt... De le f^^meté, ma mère. LA COMTESSE. Le duc s'est révolté , il a voulu s'unir aux enne- mis avec son armée ; l'armée l'a abandonné et il est trahi. ( A c«s derniers mots, la duchesse s^Tanouit, et tombe sans mouTcmtBt dyns les IrM de sa eue. ) 98* LA MORT DE WALLENSTEIN, I SCÈNE XIII. Le tbeitre représente nne grande salle chec le duc de Friedknd. WÂLLENSTEIN, revêtu de son armure. \ Tu as réussi , Octavio , me voici maintenant pres^ qu'aussi abandonné que jadis dans l'assemblée des princes à Ratisbonne. Je n'ai plus, d'autre secours que moi-même. Mais ce que peut valoir un homme vous l'aviez déjà éprouvé; vous avez enlevé à l'arbre l'ornement de ses rameaux^ mais sa tige dépouillée est encore debout. Mais au dedans de lui vit encore cette sève vigoureuse, cette force créatrice capable d'enfanter un monde nouveau ? déjà , une fois , je vous ai donné une armée, moi seul. Vos armes s'é- taient évanouies devant la puissance des Suédois; Tilly, votre dernier espoir succombait sur le Lech ; Gustave, comme un torrent déchaîné, ravageait la Bohême, et l'empereur tremblait dans son palais à Vienne. On ne trouvait plus de soldats , car la foule suit le cours de la fortune... On tourna les yeux sur moi , moi le réparateur des désastres. L'orgueil de l'empereur s'abaissa devant celui qu'on avait cHilel- lement offensé. Je me montrai : à ma première pa- role , je créai une armée , les soldats accoururent en foule dans mon camp. La trompette sonna , mon nom, comme celui du dieu de la guerre, retenti^ par tout l'univers. Aussitôt on déserta la charrue et les ateliers pour venir se ranger sous des dra- ACTE III, SCÈNE XIV. î8i peaux dont chacun connaissait le bonheur. Et ne suisp-je pas encore ce que j'étais? Ne suis-je pas en- core cette âme qui a su se créer un corps? Fried- land ne saura-t-il point remplir son camp de sol- dats ? Conduisez hardiment contre moi des milliers de guerriers; ne sont-ils pas accoutumés à corâ- batti'C sous les ordres de Wallenstein et non contre lui. L'on a séparé les membres de la tête; hé bien! l'on verra où était le siège de Fâme. {Illo et Terzky entrent. ) Courage^ amis, courage, nous ne sommes pas encore à terre. Cinq régimens de Terzky et les bandes audacieuses de Buttler sont encore à nous... Demain l'on nous amène une armée de seize mille Suédois ; je n'avais pas plus de forces , lorsqu'il y a neuf ans , je sus reconquérir toute l'Allemagne pour l'empereur. SCÈNE XIV. Les précédens; NEUMANN, qui prend à part le comte Teraky pour lui parler. TERZKY ÀNeuœaun. Que demandent-ils? WALLENSTEIN. Qu'est-ce ? TERZKY. Dix cuirassiers de Pappenheim demandent à vous parler au nom de leur régiment. WALLENSTEIN sur-le-champ à Nenmano. Faites-les entrer. ( Neumann sort. ) J'espère quel- que chose de ceci. Observez qu'ils sont encore dans le doute , et qu'on peut encore les gagner. atb LA MORT DB WÂLLENSTEIN, SCÈNE XV. WALLENSTEIN, TERZKY, ILLO, dix CUIRAS^ SIERS conduits par un SÔUS-OFFICIER ,• ils se mettent en ligne devant le duc, et lui font le salut militaire. 'WAliLENSTEIN après !«• aToôr examina an moment i^adresse au soa^oAciér. Je te connais bien , tu es de Bruges en Flandres ; tu t'appelles Mercy. LE SOUS-OFFICIER. Je m'appelle Henri Mercy. Tu te trouvas coupé dans une marche , et entoura par les Hessois , et tu te fis jour avec cent quatre- vingts hommes à travers des milliers d'ennemis. tE SOUS'OFFICIEK. Oui, mon général. WALLENSTEIN. Et qu'as-tu obtenu pour ce trait de bravoure ? LE SOUS-OFFIGIER. SI Ce que j'ai demandé , mon général , ITiooii^ttr de servir dans les cuirassiers. WALLENSTEIN s^adresie i ua autre. Tu étais parmi les gens de bonne volonté que je fis sortir d'Altenberg , pour s'emparer de la batterie suédoise. SECOBîI) CUIRASSIER. Oui, moo général. ACTE III, SCÈKE XV. 283 WALLENSTEIN. Quand j'ai une fois parlé à Fun de vous, je ne l'oublie jamais; dites-moi votre affaire. LE SOUS-OFFICIER commande. Reposee-vous sur vos armes. WALLENSTEIN s'adresse à un troisième. Tu t'appelles Risbeck, tu es natif de Cologne. TROISIEME CUIRASSIER. Risbeck de Cologne. WALT>SNSTEIIt. Tu amenas prisonnier dans le camp de Nurem- berg , 1q colonel suédois Piibald. AOXSIÈME CUIR ASSUBR. Ce n'est pas moi, mon général. WALLENSTEIN. Ah ! oui, c'était ton frère aîné. Tu avais un autre frère plus jeune, où est-il ? TROISIÈME CUIRASSIER. n est à Olmutz , dans l'armée de l'empereur. WALEBfSTEI^, «a sms-aaeifv. Allons , je vous écoute. LS SOtJS^OFFICIER. Il nous est venu dans les mains une lettre de l'empereur, qui..., WALLENSTEIN rintmen^ Gomment aves-*vous été chaws 2 a84 LA MORT DE WALLEKSTEIR, LE SOUS-OFFICIER. Chaque escadron a tiré son député au sort. WALLENSTEIir. Allons , au fait. LE SOUS'OFFICIEIL Il nous est venu dans les mains une lettre de Fem* pereur, qui nous ordonne de ne plus obéir à ton commandement, parce que tu es un ennemi , un traître à la patrie. WALLEWSTEIW. Et quel parti avez-vous prb là-dessus ? LE SOUS-OFFICIER. Nos camarades, à Braunau, à Budweiss, à Prague, à Olmutz, ont obéi sur-le-champ, 4tet les régimens * de Tiefenbach et de Toscane ont suivi leur exem- ple ; mais nous ne croyons pas que tu sois un en- nemi , un traître à la patrie , et nous pensons que c'est quelque mensonge, quelque fausse invention de Espagnols. (^Avec cordialité. ) Toi-même tu nous diras ce qui en est , car tu as toujours été sincère avec nous , et nous avons la plus grande confiance en toi. Il ne doit pas y avoir de tiers pour s'expli- quer entre un brave général et ses braves soldats. WALLENSTEIN. Je reconnais bien là mes cuirassiers. LE SOUS-OFFICIER. Le régiment te demande si tu as seulement pour dessein de conserver le commandement qui t'ap- partient , que l'empereur t'a confié , de te main- ACTE III, SCÈNE XV. aSS tenir dans ton pouvoir pour servir l'Autriche en loyal général; alors nous tiendrons pour toi , nous défendrons ton bon droit contre tout le monde , et quand les autres régimens t'abandonneraient, seuls nous te resterons fidèles et nous donnerons notre vie pour toi. Car c'est notre devoir de soldats de plutôt périr que de te perdre; mais si les choses sont, comme le dit la lettre de Fempereur , s'il est vrai que tuveuilles nous conduire en trahison à l'ennemi, ce dont Dieu nous puisse garder , alors nous t'aban- donnerons et nous obéirons à la lettre. WALLENSTEIN. Écoutez-moi, mes enfans. # LE SOUS^OFFICIER» Il n'y a pas besoin de beaucoup de paroles , dis oui ou non, et nous serons satisfaits. WALLENSTEIN. Écoutez-moi. Je s^is que vous êtes intelligens, que vous pensez et jugez par vous-mêmes sanis suivre le train de la foule , et c'est pour cela que je vous ai toujours , comme vous le savez , distingués du reste de l'armée; l'œil rapide du général ne compte que les drapeaux , et ne peut distinguer chaque tête en particulier; les ordres qu'il donne sont inflexibles, il faut s'y conformer en aveugles , et l'on ne peut pas évaluer ce que vaut l'homme en lui-même ; cepen- dant vous savez qi^e je n'en ai jamais agi ainsi avec vous ; comme dans votre rude métier , vous avez le sentiment de vous-mêmes , comme j'ai lu dans vos yeux que vous saviez pensef en hommes , je vous ai 286 LA MORT DE WAtLENSTEIN, traités toujours en hommes libres , et j'ai employé avec vous la roix de la raison. LE SOUS-OFFICIER. Oùi^ mon général , nous avons toujours été traités avec considération par tot^ tu nous a honorés de ta confiance et favorisés plus que tous les autres régi- mens ; aussi ne nous conduisons^nous pas comme le vulgaire des soldats^ tu le vois bien^ nous agissons avec toi en toute confiance ; dis seulement un mot^ un mot nous suffira. Dis que tu ne songes à aucune trahison et que tu ne veux pas conduire l'armée aux ennemis. • WALLENSTEIW. C'est moi , moi qu'on trahit; l'empereur me sacri- fie à mes ennemis ; il faut que je succombe si mes braves troupes ne me sauvent pas; je veux me confier à vous , votre cœur sera ma défense : voyez , c'est contre ce sein qu'on dirige lés coups, c'est contre cette tête blanchie. Telle est la reconnaissance que nous obtenons des Espagnols, pour ces sanglantes batailles livrées dans les plaines de Lutzen ou devant les murailles des forteresses ; est-ce donc pour cela que nous avons présenté notre poitrine désarmée au fer des ennemis, que nous avons dormi sur la pien^c, et sur le sol glacé ? Aucun torrent n'a été assez ra- pide pour nous arrêter, aucune forêt n'a été impé*- nétrable ; nous avons poursuivi l'infatigable Mans- feld dans tous les détours tortueux de sa fuite ; notre vie n'a été qu'une marche sans repos.' Sembla- bles aux touriallons du vent, nous avons impétueu- sement parcouru le monde agité par la guerre, et ACTE m, SCÈNE XV. 487 maintenant que nous ayons exécuté les travaux difficiles, ingrats, maudits qu'exige la guerre, que notre bras fidèle et infatigable a rendu la charge moins pesante, cet enfant royal viendrait conclure une paix facile, ravir à notre tête Tolivier dont elle mérite si bien d'être couronnée, pour en orner ses blonds cheveux ? LE SOUS-OFFICISH. Non, cela ne sera pas ainsi tant que nous pourrons Tempecher'; personne que toi ne doit finir cette guerre terrible que tu as conduite avec tant de gloire; tu nous a guidés dans les champs sanglans du carnage, il faut que nous revenions commandés par toi à travers les campagnes paisibles; aucun autre ne doit partager avec nous le fruit de tes longs travaux. WALLEIfSTÏIÏf. Et quoi, pensez-vous recueillir enfin ce fruit dans vos vieux jours , ne l'espérei pas. Vous ne verreî jamais la fin de cette guerre, elle nous dévorera tous ; l'Autriche ne veut pas la paix et c'est parce que je la recherche qu'on veut ma chute. Qu'importe à l'Autriche si cette longue guerre épuise l'armée et dévaste le monde ; elle ne cherche qu'à s'accroître et à conquérir des domaines. Vous êtes émus; je vois une noble colère briller dans vos regards guerriers. Ah ! puisse mon esprit vous animer et vous conduire Courageusement aux combats comme autrefois. Vous voulez me soutenir, vous voulez défendre mes droits avec vos armes, cela est généreux. Cependant ne croyez pas que votre troupe peu nombreuse puisse y réussir à elle seule ; en vain vous vous sacrifieriez 288 LA MORT DE WALLENSTEIN, pour votre général. {D'un ton de confidence.) Non, laissea^moi pour assurer le succès , chercher des alliés. Le Suédois nous offre son secoui*s> laissez- moi le servir en apparence, jusqu'au moment, où également redoutables avec deux partis, nous tien- drons dans nos mains le destin de l'Europe , et alors du sein de notre camp, nous présenterons la douce paix au monde consolé. LE SOUS-OFFICIER. Ainsi tu ne traites avec les Suédois qu'en appa- rence j tu ne veux pas trahir l'empereur j tu ne veux pas nous faire Suédois : vois-tu , c'est la seule chose que nous désirions expliquer avec toi. WALLENSTEIN. Eh ! que m'importe les Suédois? je les hais comme les gouffres de l'enfer ; et , avec laide de Dieu , j'es- père leur faire repasser bientôt leur Baltique : c'est là ce que je souhaite par-dessus tout. J'ai un cœur, et le désespoir du peuple allemand me touche. Vous n'êtes que de simples soldats ; cependant estimez- vous au-dessus du vulgaire , car vous m'avez paru plus dignes que tous les autres de m'entendre parler à cœur ouvert. Voyez , il y a quinze ans que le flam- beau de la guerre est allumé , et l'on n'a pas encore eu depuis un moment de repos. Allemands et Sué- dois, catholiques et luthériens , aucun ne veut céder à l'autre ; tous les bras sont levés les uns contre les autres : partout des factions ; nulle part un juge. Dites , qui pourra mettre fin à tout ceci ? qui pourra dénouer tous ces fils qui s'embrouillent de plus en ACTE III, SCÈNE XVI. 289 pins ? Us doivent être tranchés; je sens que je suis rbomme du destin,^ et' j'espère qu'avec votre secours j'accomplirai ses décrets. SCÈNE XVI. Les précédens, BUTTLER. BUTTLER, en toute hâte. On a eu grand tort , mon général. WALLENSTEIN. Quoi ! BUTTLEK. Cela nous fera tort auprès de ceux qui pensent bien. WALLENSTEIN. Quoi donc ? BUTTLER. C'est déclarer trop clairement la révolte. WALLENSTEIN. Qu'est-ce donc ? BUTTLER. Les régimens de Terzky ont arraché de leurs drapeaux l'aigle impériale , pour y placer votre écusson. LE SOUS-OFFICIER, aux cuirassiers. Allons , marche ! WALLENSTEIN. Maudite soit cette idée et celui qui l'a donnée I (^Aux cuirassiers qui se retirent.) Arrêtez, mes en- ToM. Vf. 19 I 390 LA MORT DE WALLENSTEm, . fans y arrêtez ! c'est une erreur ; écoutez : je la pu- nirai séyèrement ; écoutez-moi. Us n'entendent rien. (J[ Illo.) Suivez; qu'on les persuade, qu'on les ra- mène à tout prix. (Jllo sort.) Cela nous précipite dans notre ruine. Buttler , Buttler , tous êtes mon mauvais génie. Pourquoi venir m'annoncer ceci dans ce moment? Tout était en bon chemin ; ils étaient à moitié gagnés... Les misérables ! avec leur empressement irréfléchi.... Ah ! le destin se joue cruellement de moi. C'est le zèle de mes amis et non la haine de mes eiinemis qui me jette dans l'abîme. SCÈNE XVII. Les précédens. La DUCHESSE entre avec précipi- tation ; THÉCL A et la COMTESSE la suivent : un instant après , ILLO. LA DUCHESSE. Ah ! qu'avez-vous fait , Albert ? WALLENSTEIN. Et encore cela ! LA COMTESSE. Pardon , mon frère ; cela a été impossible auti^e- ment : elle sait tout. LA DUCHESSE. Qu'avez-vous fait ? LA COMTESSE, à Terzky. N'y a-t-il jJius d'espérance? Tout est -il donc perdu? ACTE III, SCÈNE XVII. 291 TERZKY. Tout. Prague est aux mains de Fempereur ; les rëgimens ont de nouveau juré fidélité. LA COMTESSE. , Perfide Octario ! Et le comte Max est -il aussi parti? TERZKY. Où pourrait-il être ailleurs ? Il est , ainsi que son père , du parti de l'empereur. ( TktfcU se précipité àuu les bnn de ta mèn^ et w ce<^t le Ttsage dans son sein. ) LA DUCHESSE , la sertant dans ses bras. Malheureuse enfant , malheureuse mère ! WALLENSTEIN, tirant À part Tenky. Fais avancer dans la cour une voiture de voyage pour les emmener. ( Montrant les femmes. ) Scher- fenherg partira avec elles , il m'est fidèle ; il les con- duira à Ëgra, où nous les suivrons. ( A Illo, qui resfieni. ) Et vous ne les ramenez point. ILLO. Entendez-vous le tumulte? Tout le corps de Pap- penheim est en mouvement ; ils redemandent leur colonel f et prétendent qu'il est dans le château où vous le retenez de force ; ils disent que si vous ne le leur rendez pas, ils viendront le délivrer les ar- mes à la main. ( Tons montrent de U surprise. ) TKEZKY. Que faire en cette circonstance ? ôgi LA MORT DE WALLENSTEIN , WALLENSTEIN. Ne l'ai-je pas dit? Mo» cœur m'a fait deviner la ve'rite', il est. encore ici. Il ne ma pas. trahi ^ cela n'était pas possible; je n'en ai jamais doute. LA COMTESSE. Il est encore ici , quel bonheur ! Je sais bien ce qui l'y retiendra toujours. ( Elle embrasse Thëcla. ) TERZKY. Cela ne peut être, re'fléchissez-y. Le père nous a trahis; il s'est déclaré pour l'empereur : comment le fils eût-il osé rester ici ? ïtLO. . J'ai vu passer, il y a quelques heures , sur la place l'équipage de chasse que vous lui avez récemment donné. LÀ COMTESSE. ma nièce , il n'est sûrement pas loin d'ici./ THÉO LA a fixé son regard sur la porte, et s'ëcrie avec vivacité. Le voici ! SCÈNE XVIH. Les précédensj MAX PICCOLOMINL MAX s'tvaBçant. Oui, oui, le voici. Je ne puis continuer plus long-temps à errer d'un pas timide dans ce palais , à m'y cacher pour attendre un instant favorable. Cette attente et ces angoisses sont au-dessus de mes ACTE III, SCÈNE XVIII. ' o<^3 forces. (7/ i/a i^ers Thécla, qui s^est jetée dans les bras de sa mère. ) Regarde-moi , ne détourne pas tes re- gards; ange du ciel, avoue-le librement devant fous. Ne crains personne , entende qui voudra que nous nous aimons. Qu'y a-t-il encore à cacher? Le mystère ne convient qu'aux heureux : le malheur et le désespoir peuvent paraître sans voile devant toutes les clartés du jour. ( // remarque la comtesse , qui regarde Thécla as^ec un visage de satisfaction. ) Non , madame , je n'attends rien , je n'espère rien* Je ne viens pas pour rester , je viens pour dire de derniers adieux. C'en est fait y il faut , il faut te quitter > Thécla , il le faut ; accorde-moi encore un regard de pitié , je ne puis emporter ta haine. Dis-moi que tu ne me hais pas ; dis-le moi , Thécla. (Il prend sa main, et paraît vivement ému. ) Dieu, Dieu', je ne puis m'éloigner de ces lieux, je ne le puk^ je ne puis quitter cette main. Dis -moi, Thécla , que tu as pitié de moi ; dis-moi que tu es toi-même convaincue que je ne puis faire autre- ment. ( Thécla évite de rencontrer son regard. Elle lui montre de la main son père ; il se retourne alors vers le duc , qu'il n'avait pas encore semblé voir. ) Vous ici ? Ce n'est pas vous que j'y venais cher- cher, mes yeux ne devaient plus vous revoir; je voulais ne voir qu'elle seule : je souhaitais d'en- tendre son cœur s'expliquer librement ; je n'ai rien à attendre d'aucun autre que d'elle. WALLENSTEIW. Penses-tu que «je sois assez insensé pour te laisser , partir, et que je veuille ici faire parade de grandeur i94 LA MORT DE WALLENSTEIN, d'âme. Ton père m'a indignement trahi; tu n'es plus à mes yeux que son fils ^ ce n'est pas vainement que tu te trouves en mon pouvoir. Ne crois pas que j'aie égard à la vieille amitié qu'il a si lâche* fnent anéantie : le tempis de l'amitié et des généreux ménagemens est passé ; c'est maintenant le tour de la haine et de la vengeance. MAX. Vous disposerez de moi, je suis en votre pouvoir. Vous savez bien que je ne brave ni ne redoute votre colère; ce qui m'a retenu ici, vous le savez. (// prend la main de Thécla, ) Voyez tout, tout ce que j'aurais voulu vous devoir ; j'aurais voulu devoir à votre main paternelle le sort des bienheureux* Vous avez détruit ce bonheur, mais peu m'importe ; vous avez, d'une âme indifférente, foulé dans la pous- sière la félicité de tout ce qui vous entoure. Le dieu que vous servez n'est pas un dieu de misériqif^de. Pareil à cet élément aveugle et terrible que ne gou- verne aucun instinct, qu'aucun lien ne peut ar- rêter, vous ne suivez que les farouches impulsions de votre cœur. Malheur à ceux qui placent sur vous leur confiance, et qui, séduits par votre ac- cueil hospitalier, fondent sur votre amitié l'édifice de leur bonheur. Tout à coup, inopinément, au milieu du calme de la nuit, on entendra bouil- lonner le gouffre enflammé , un torrent destructeur s'élancera avec une force impétueuse, et renver- sera tous les travaux des hommes. WALLENSTEIIÎ. • ' C'est le cœur de ton père que tu viens de peindre. ACTE III, SCÈNE XVIII. agS C'est la noire hypocrisie de son cœur, c'est son âme toute entière que tu as décrite... Ak ! j'ai été trompé par l'art des enfers : l'abîme m'a envoyé le plus dissimulé y le plus fourbe des mauvais esprits et l'a placé comme ami à mes côtés. Qui aurait pu ré- sister à la puissance infernale?.. Je portais le ser-« peut sur mon sein » je le nourrissais de la substance de mon coeur, il se laissait caresser en silence par mon amour, je n'eus jamais un soupçon contre lui , je le laissais lire librement dans ma pensée ; j'avais rejeté toute réserve, toute prudence, toute précaution. Mes yeux cherchaient parmi les astres, ou dans la vaste enceinte du monde l'ennemi, que je portais renfermé dans le sanctuaire de mon cœur... Si j'eusse été pour Ferdinand ce quOctavio était pour moi , je ne lui aurais jamais déclaré la guerre, jamais cela ne m'eût été possible... il était pour moi un maître injuste et non pas un ami. Jamais l'em^reur ne s était confié à ma foi. La guerre était déjà allumée entre lui et moi, quand il remit en mes mains le bâton de commandement; car la guerre est éternelle entre la méfiance et la dissimu- lation. La paix ne règne qu'entre la confiance et la bonne foi... Ah! que là race future puisse étouffer dans le sein de sa mère celui qui doit empoisonner la confiance ! MAX. Je ne justifierai pas mon père ; p^r malheur cela est impossible. Des circonstances cruellçs et mal-« heureuses sont survenues. Une action criminelle se rattache toujours à une autre par une étrx>ite et 296 LA MORT-DE WALLENSÏEïN, triste chaîne. Mais nous^ nous qui ne sommes cou- pables de rien , pourquoi arons^nous été entraînés dans ce cercle de forfaits et de calamités ? à qui avions-nous manqué de foi ? pourquoi les attentats et la duplicité de nos pères nous ont-il enlacés de leurs affreux serpens? pourquoi la haine implacable des pères a-t-elle cruellement séparé nous que l'a- mour unissait. ( n serre Thécla dans ses liras arec désespoir. ) WALIiENSTEIN, après lavoir regarde' fixement et en silence, s approche de Ini, Max^ demeure près de moi,., ne me quitte pas, Max... Te souyiens-tu de ce jour où l'on t'apporta dans ma tente au camp de Prague? tu n'étais qu'un tendre enfant peu accoutumé encore à la rigueur de nos hivers du nord; tes mains s'étaient raidies en portant une enseigne pesante, que tu ne voulais pas quitter. Alors je te pris et t'enveloppai dans mon manteau, je te servis de garde-malade, je ne rougis point de te rendre les plus petits soins , d'avoir pour toi l'empressement inquiet et attentif d'une mère ; jusqu'à ce que , réchauffé sur mon cœm', tu eusses repris ta jeune vivacité... Depuis lors ai-jechangéde sentiment pour toi? j'ai prodigué les richesses à des milliers d'hommes, je leur ai distril^ué des domai- nes , je les ai récompensés par des postes honora- bles... Toi , je t'ai aimé, je t'ai donné mon cœur et tout moi-même. Les autres étaient des étrangers , tu étais l'enfant de la maison... Max, tu ne peux pas m'abandonner, cela ne se peut pas, je ne puis, je ne veux pas le croire, que Max soit capable de m'abandonner. ACTE JII, SCÈNE XVIII. 297 MAX. mon Dieu ! WALLENSTEIN. Depuis les premiers pas de ton enfance , j'ai tou- jours été ton appui et ton guide : qu'a fait ton père pour toi que je n'aie pas fait aussi et au delà ? Je t'ai entouré des liens de mon amour ; brise-les si tu peux. Tu es attaché à tnoi par les chaînes les plus sacrées , par les nœuds les plus in- timesvdont la nature peut unir les hommes l'un à l'autre... Va , abandonne-moi, sers ton empereur. Sa toison d'or et ses rubans seront la récompense que tu obtiendras pour avoir compté pour rien ton ami, le père de ta jeunesse, et tous les sentimens les plus sacrés. MAX, yivement combattu. mon Dieu , puis-je faire autrement ? ne le dois-je pas? messermens , mon devoir. .. WALLENSTEIN. ^Ton devoir envers qui ? qui es-tu ? si ma con- duite envers l'empereur est blâmable, le blâme 'est pour moi, non pour toi : T'appartiens-tu à toi- même? es-tu maître de toi, es-tu placé comme moi dans le monde, de manière h être l'auteur de tes ac- tions ? tu dépends de moi , c'est moi qui suis ton empereur. IMPobéir, m'appartenir, voilà pour toi la loi de l'honneur et de la nature... Si la planète où tu vis et que tu habites sort de son orbite, se préci- pite embrasée sur quelque monde voisin , et l'en- flamme , dépend-il de toi de ne pas la suivre ? elle t'entraînera par la force ^e son impulsion , ainsi 298 LA MORT DE WALLENSTEIN, que son anneau et ses satellites. Tu es combattu par de Yains scrupules... Le monde ne te blâmera pas , il te louera plutôt d'avoir cède' au pouvoir de l'a- mitie'. SCÈNE XIX. Les précédens; NEUMANN. WALLENSTEIN. ^ Qu'est-ce? NEUMANN. Les cavaliers de Pappenheim ont mis pied à terre, et s'avancent ici; ils ont résolu de forcer le palais l'épëe à la main , et de délivrer le comte. WALLENSTEIN, à Ter«ky. Qu'on baisse le pont, qu'on avance l'artillerie et qu'on les reçoive à coups de mitraille. {Terzkjr sort.) Me prescrire leur volonté les armes à la main ! Allez Neumann, qu'ils seretirent sur-le-champ, tel est mon ordre; qu'ils se rangent tranquillement en bataille , et qu'ils attendent ce qu'il me plstira d'ordonner. ( Neumann sort. lUo va à la fenêtre ) LA COMTESSE. Laissez-le partir, je vous en conjure, laissez-le partir. ILLO i la fenêtre. Mort et damnation ! WALLENSTEIN. Qu'est-ce? ACTE III, SCÈNE XX. agg ILLO. Ils escaladent rHôtel-de-Villè , ils y pénètrent en renversant les combles , ils dirigent les canons sur le palais. MAX. Les furieux ! ILLO. Us font mine de tirer sur nous. LA COMTESSE et LA DUGHSSSfi^ Dieu du Ciel ! MAX, à Wallenstein. Laissez-moi descendre, je leur dirai... WALLENSTEIN. Ne fais pas un pas. MAX, montrant la duchesse et Thëcla. Mais il s'agit de leur vie et de la vôtre» WALLENSTEIN. Que va nous apprendre Terzky? SCÈNE. XX. Les précédens ; TERZKY, revenant. • • Des nouvelles de nos fidèles regimens ; ne retenez pas plus long-temps leur courage , ils demandent la permission d'attaquer ; ils ^ont maîtres de la porte de Prague et de la porte de Mûhl , et si vous y con- sentez , ils peuvent attaquer l'ennemi par derrière ^ 3oQ LA MORT DE WALLENSTEIN, le poursuivre dans la yille et en triompher aisément dans les défiles des rues. ILLO. Venez , ne laissez pas leur zèle se refroidir ; les soldats de Buttler nous sont aussi fidèles; nous sommes en nombre supérieur , nous les réduirons et nous arrêterons toute la sédition ici à Pilsen . • WALLENSTEIN. Faut-il donc que cette ville devienne un champ de bataille, et que la fureur des discordes civiles, soit déchaînée dans son enceinte ? faut-il livrer la déci- sion du sort à l'ivresse d'une rage qui n'obéit plus à aucun chef? Il n'y a point d'espace ici pour com- battre , il n'y en a que pour s'égorger ; la voix du général ne pourrait plus arrêter cette aveugle furie ; hé bien , que cela soit ainsi ! Il y a long-temps déjà que j'ai cru que tout serait décidé d'une manière sanglante et prompte. ( Il se retourne s^ers Max. ) Qu'est-ce donc? veux-tu tenter le combat avec moi? tu es libre de partir, place-toi en face de moi, con- duis-les au combat; tu connais l'art de la guerre, tu l'as appris sous moi, je ne rougirai pas d'un tel adversaire , et toi tu ne trouveras jamais une plus belle occasion de me payer de mes leçons. LA COMTESSE. Oii en sommes-nous, grand Dieu? Max, Max! pouvez vous supporter cela ? MAX. J'ai promis de ramener fidèlement à l'empereur les régimens qui m'ont été confiés ; il faut tenir ma ACTE III, SCÈNE XX. 3oi promesse ou mourir; mon devoir ne me demande rien de plus. Je ne combattrai pas contre vous tant que je pourrai l'éviter , et votre tête, quoique enne- mie, m'est encore sacre'e. (On entend deux coups de fusil. lUo et Tenky courent à la fenêtre. ) WALLENSTEIN. Qu'ya-t-il? . TERZKY. Il est tombé. WALLEÏÏSTEIN. Tombé ! qui ? ILLO. Ce sont des soldats de Tiefenbach qui ont tiré. WALLENSTEIN. Sur qui ? ILLO. Sur Neumann que vous venez d'envoyer. WALLENSTEIN horsdeluL Malédiction ! Je ferai donc... ( Il veut sortir. ) TEKZKY. Vous exposer à leur fureur aveugle ? LA DUCHESSE et LA COMTESSE. Au nom de Dieu.... ILLO; Mon général , pas en cet instant. LA COMTESSE. Arrêtez-le, retenez-le. WALLENSTEJIf. Laissez-moi ! 3o2 LA MORT DE WALLENST£IN, MAX. Ne sortez pas maintenant. Cet acte sanglant aura augmenté leui^ fureur ; attendez, qu'ils aient pu s'en repentir. WALLENSTËIN. Retirez -TOUS ! J'ai déjà trop tardé. Tant qu'ils n'ont pas tu mon visage , ils ont pu se livrer à leur criminelle audace; mais ils vont entendre ma voix; mais je vais paraître devant eux. Ne sont -ils pas mes soldats ? ne suis-je pas leur général , leur chef redouté ? Venez voir s'ils ne reconnaîtront pas les traits de celui qui , comme un astre éclatant ^ leur servait de guide dans les combats ! Il n'est pas besoin d'avoir recours aux armes ; du haut de ce balcon je vais me montrer aux rebelles , et bientôt vous verrez les esprits apaisés reprendre le cours habi- tuel de l'obéissance. SCÈNE XXL La COMTESSE, la PUCHESSE, MAX, THÉCLA. LA COMTESSE, à la duchesse. Ils vont le voir ; il y a encore de l'espoir , ma sœur. LA DUCHESSE. De l'espoir ! je n'en ai plus. MAX, qui, pendant la dernière scène , sVst tenu à Tëcart et a wmklé viplemnaent comr hattu, s'approclH». Ma constance est à bout. Je suis venu ici d'une âme ferme et déterminée : je croyais ma conduite ACTE lU, SCTÈNE XXI. 3o3 juste et à l'abri du blâme , et il m'a fallu paraître tel qu'un homme haïssable > dur , inhumain ^ digne de malédiction , en horreur à tous céuic qui me sont chers ; il m'a fallu les voir plongés dans la douleur > et je pouvais d'un mot leur rendre le bonheur. Mon cœur se révolte en dedans de moi j deux voii se font entendre dans mon sein : j'erre dans l'obscu- rité , et ne sais plus reconnaître la bonne voie. Ah ! tu le disais avec raison , mon père ^ je me suis trop fié à mes propres forces : me voici maintenant ébranlé ; je ne sais plus ce que je dois faire. tA COMTESSE. Vous ne le savez pas ? Votre cœur ne vous le dit pas? Je vais donc vous le dire. Votre père, par une indigne trahison , nous a abandonnés, a attenté à la tête du prince, nous a exposés aux affronts. Sa con- duite indique clairement celle que vous, son fils, devez tenir : il vous faut réparer Tinfamie dont il s'est rendu coupable , donner un pieux exemple de fidélité , empêcher que le nom de Piccolomini soit plongé dans l'opprobre et voué à l'exécration éter- nelle de la maison de Wallenstein. MAX. Où est cettié voix de la vérité dont je dois suivre les ordres? je ne suis agité que par les désirs et les passions. Âh I si un ange pouvait en ce moment descendre du ciel , et de ses mains pures puiser pour moi à la source de leternelle lumière d'aii la justice découle sans cesse ! (S es jeux s^ arrêtent sur TTiecla.) Ah ! pourquoi chercher encore un ange ? pourquoi en demander un autre? (// s^ approche d'elle et la â 3o4 LA MORT DE WALLENSTEIN, ^erre dans ses bras. ) C'est ici , sur ce cœur que sa sainte pureté rend infaillible ^ que je veux me ré- soudre. Je veux interroger ton amour : c'est lui seu- lement qui peut donner du bonheur. Si je le perdais , c'est que je serais coupable et malheureux. Pourras- tu m'aimer, si je demeure ici? Prononce que tu le pourras , et je suis à vous. , LA COMTESSE avec expression. Réfléchissez. MAX rinteiTOmpt. < Ne réfléchis point ; dis ce que tu éprouves. LA COMTESSE. Songez à votre père. Max llnten-ompt. Ce n'est pas la fille de Friedland que j'interroge ; c'est ma bien-aimée. S'il s'agissait ici de gagner une couronne , tu pourrais chercher à décider d'après les lois de la prudence ; mais il s'agit du repos de ton ami , et du sort de mille braves , au cœur héroïque , qui suivront l'exemple qu'il donnera. Dois-je abjurer les sermens et les devoirs qui m'engagent à l'empe- reur? dois-je lancer dans le camp d'Octavio un plomb homicide? Ah si la balle est une fois lancée, elle ne suivr'a pas une direction aveugle ; un esprit fatal la conduira , lui donnera l'instinct ; les furies venge- resses du crime la détourneront, et lui feront, dans leur méchanceté, suivre la route la plus funeste. THÉCLA. OMax! Af AX Tinterrompt. Non , non , suspends ta réponse ; je te connais : ACTE III, SCÈNE XXI. 3o5 le deyoir le' plus cruel peut paraître le pluis sacre à ton noble cœur. Ne recherche pas une grandeur d'âme au--dessus deS forces humaines : songe à ce que le prince a toujours été pour moi ; songe com- ment mon père a reconnu ses bienfaits. Âh ! les nobles et libres inspirations de la reconnaissance , de la pieuse et fidèle amitié , ne sont-elles pas aussi une religion sacrée pour le cœur ? la nature ne se venge-t-elle pas cruellement du barbare qui re- pousse les mouremens qu'elle excite ? Mets tout dans la balance ; laisse ton cœur en décider , et prononce. THÉÇLA. Ah ! le tien a décidé depuis long-temps ; suis ton premier mouTcment. LA COMTESSE. , Malheureuse ! THÉCLA. Le sentiment que ce loyal cœur n'a pas d'abord éprouvé et embrassé pourrait-il être le plus juste ? Va^ accomplis ton devoir. Quel qu'eût été ton choix ^ je t'aurais toujours aimé : tu ne pouvais cesser d'être noble et digne de toi-même. Mais le remords jie doit jamais troubler la pureté sublime de ton âme. MAX. Il faut donc te quitter , me séparer de toi I THÉ CL A. Tu es fidèle à toi-même^ c'est être fidèle à moi. Le destin nous sépare , nos cœurs resteixt unis. Une sanglante haine divise à jamais les maisons de Fried- ToM. IV. ao '• — — • ,>. a^ \ \ 3i>6 LA MORT DE WALLENSTEIN, land -et de Piccalômitii ; mais nous ne sommes point cxMKfermes à «os familles. Va^ va, hâte^toi; dt^nds la bonne cause : la ndtt^ est malheureiise. La malé- diction dm. eiel est sifr notK tête. Nons sommes des- tinés à succomber. Je serai aussi entraînée dans ma ruine par les fautes de mon père : ne t afflige pas sur mot : mon sort sera bientôt -décide. ( Max la presse dans ses bras avec une vive émotion ; on entend derrière la scène les cris bruyaAs répétés et longuemeiit prolonge : Vive Ferdinand I aocompagnés d'une musi- que fuerrière. 'Max et Tkédn ae tieniwnt «aibfMsés, iiat ie troidder. ) SCÈNE XXII. Les précédens, TERZKY. LA COMTESSE «Ikiit &ta rencontre. Qu'y 4Ht-il ? Que signifient ces cris ? TERZKY. C en est fait ^ ttfut est perdu. LA COMTESSE. Quoi ! son aspect n'a fait aucune iknpresâion ? TERZKY. Rien; tout a été vain. LA DUCHESSE. Ils crient s^watî TERZKY. Oui| pour rem|>ereur. LA COMTESSE. Oh ! quel oubli de leur devoir ! ACTE III, SCÈNE XXIII. 807 TERZKY. Ils ne Tant pas laissé une fois leur parler : dès qu'il élevait la voix ^ ils l'interrompaient par un bruit tumultueux. H vieut ici. SCÈNE XXIIL Les précédens ; WALLENSTEIN , ILLO , BUT- TL£R ; un instant ap^ès des eutrassiers^. WÀLLENSTEp en s'aTançant. Térz^y! TERZKY. Mbo prince ! WALLENSTEIN. Que nos régimens se tiennent prêts à partie au- jourd'hui , car nous quitterons Pilsen avant ce doir . ( Terzkjr sort. ) Buttler ! BUTTLÈA. Mon général! WALLENSTEIN. Le commandant d'Égra est votre ami et votreî compatriote ; écrivez-lui sur-le-champ par un cour- rier qu'il se tienne prêt à rious Mcevoir dans la plkce. ¥ouS' nous suivpezr av«c votre- régiment. BtîTTLiiR. Cela sera fait, mon général. \VALLBNSTEl{fVaviiàc«elitreMla eCTktfdà; «fai aVaielit' continua i se tniir «m- brassés. Séparez-vou$. MAX. ODiett ! 3o8 LA MORT DE WALLENSTEIN, / ( Des cuirassiers armés entrent dans la salle et se rangent dans le fond. On entenA jouer sous les fenêtres la marche da régiment de Pappenheim, comme pour avertir Max. ). WALLENSTEIN aux cuirassiers. Il est ici ; il est libre , je ne le retiens plus. ( lis marchent vçrs le eàU de la scène , de sorte qne Max peut encore se rapprocher à» ThécIaO MAX à WaUenstein. . Vous me haïssez, tous m'éloignez de vous avec . colère. Puisqu'il faut renoncer aux liens de Fan- tique amitié, ne pouvez-vous les dénouer douce- ment? faut-il rendre plus déchirante encore cette •déchirante séparation? Tous le savez, si j'ai pu apprendre à vivre sans vous. Je vais dans l'exil et dans Te désert , et je laisse ici tout ce qui m'est cher. Ah! ne détournez pas vos yeux de moi! tournez encore une fois vers moi ce visage qui me sera tou- jours cher et sacré. Ne me repoussez point. (Il veut prendre sa main, JVallenstein la retire; il se tourne vers la comtesse. ) Ne pourrai-je obtenir ici un re- gard de pitié, madame de Terzky ? (Elle se détourne de lui ; il se retourne vers la duchesse. ) Et vous , mère chérie? LA DUCHESSE. Allez , comte , où votre devoir vous appelle ; peut- être un jour pourrez-vous vods montrer notre fidèle* ami, notre ange protecteur auprès de l'empereur. MAX. Vous voulez me donner de l'espérance, et m'em- pecher de partir entièrement désespérée! Ah ! ne me trompez point par de vaines illusions; mon mal- heur, et je remercie le ciel qui me donne le moyen - -A-t ACTE III, SCÈNE XXIII. 309 de le finir. • . . {La musique militaire se fait de nouveau entendre , et la salle se remplit de plus en plus de sol- dats armés. Il aperçoit BuUler. ) Vous ici, colonel Buttler ! et vous ne voulez pas me suivre ! eh bien ! demeurez, et soyez plus fidèle à votre nouveau maître que vous ne lavez été au premier; promet- tez-moi de défendre sa vie, de la préserver de toute atteinte; donnez-moi votre main. {Buttler relire sa main. ) La proscription de l'empereur le poursuit, et livre sa noble tête au premier assassin qui voudra mériter le prix du sang. C'est maintenant qu'il a besoin des soins vigilans , des regards inquiets de l'amitié; et ceux dont^ en le quittant, je le vois ea- touré. ... ( n regarde lUo et Buttler avec des yeux qui expriment le doute. ) Cherchez des traîtres dans le camp de votre père et de Galas; ici il n'y en a plus qu'un. Allez, et déli- vrez-nous de son odieux aspect ; allez. (Max essaie encore une fois de se rapprocher de Thécla. Wallunsteia l'en cmplcheni paraît irr^lu, désespéra. La salle se remplit de plus en plus. Les trompettes se fbnt^ de nouveau entendre pour Favertir. ) MAX. Sonnez, sonnez, trompettes. Ah ! que n'est-ce déjà la trompette des Suédois! et pourquoi ne vais-je pas d'ici chercher sur-le-champ la mort? Pourquoi toutes ces épées nues ne sont-^e& pas tournées contre mon sein ?.. . Que voulez-vous? vous venez m'arracher d'ici ! Ah ! ne rate précipitez pas dans le désespoir, gardez-vous-en bien , vous pourriez vous en repentir. ( La salle est toute remplie de soldats armés. ) Encore! voulez -vous entasser sans cesse ■ttmrmit^^-'-^ " - - " 3io LA MORT DE WAXiLENSTEIN, .de nouvelles forces fovar m'.eiiftraiBer hors d'ici? Fessez à ce que yo^s faites : vous avez tort de choisir •un désespère pour ^otre chef. ¥ous m'arrachez à mon bonheur ; eh bien , }e vous dévoue au dieu de jia Tongeance , tous courez à Totre perte , et celui qui ^e suit doit s'attendre à mourir. (D se retonme Tan le fond da thë&tre. Les cainusiers se mettent tous en monTement^ et TiwDcovipagntnt eatnmultt* Widlenttem^emenre immaMei Théda tombe dans les bras de m mire. ^ toile ,^el>jii|^. ) FIN DU TROISIÈME ACTE. AGTB I¥, SÇi«ïE 1. 3ii t»wi%%<%%>w%<< w i<>< i »imi»»<»M»»w>»%wi»>< »> %w^4»^»w>^^^ ACTE QUATRIÈME. La scène représente un apnaïtement cHez le bourgmestre SCÈKE PREMIÈRE. 4 BUTTLER. Il viwt dWyiyer. Il est ici, la fatalité l'y conduit )* la herse est abais- sée derrière lui. Lte pont qui lui a donné pas^^ge après s'être abaissé s'est soudainement relevé, et il ne lui reste plus aucune voie pour, échapper. Tu viendras jusqu'ici et pas plus loin, Friedland, lui a dit la destinée. Ton météore merveilleux s'est élevé au-dessus de la Bohême, et a laissé dans le ciel une trace lumineuse ; mais il viendra tomber et s'éva- nouir ici sur la frontière de la Bohême. Aveugle, tu as abj uré tes anciens étendards , et tu croi& conser- ver ton * ancien bonheur; tu armes %$, criminelle main pour porter la guerre dans les états de l'empe*- reur, dans les foyers sacrés de la ps^trie; p&*eiid» garde , l'esprit de la funeste vengeance t'excite , la vengeance prépare ta ruine« - 3i2 LÀ MORT DE WÀLLENSTEIN, SCÈjyE IL 4 •* BUTTLER, GORDQN. GOKDON. Est-ce TOUS? ô combien je désirais m'entretenirayec TOUS . Le duc ... un traître ! ô mon Dieu ! ... et fugitif. . . et sa tête illustre proscrite ! Je tous en prie, général, racontez-moi en détail ce qui s'est passé à Pilsen ? BUTTLER. Vous aTCZ reçu la lettre que je tous ai cnToyée par un courrier? GORDON. Et j'ai fait exactement ce que tous m'aT^ ordonné ; je lui ai ouTert sans objection la forteresse, car uhe lettre de l'empereur m'ordonne de me conformer aTCuglément à ce que tous prescrirez. Cependant pardonnez ; lorsque j'ai tu le prince , j'ai commencé à conceToir quelques doutes; certes, ce n'est pas comme un proscrit que le duc de Friedland est entré dans cette Tille. Cette majesté du commande- ment qui force à l'obéissance brillait sm* son front comme autrefois; tranquille comme dans le temps où tout était dans l'ordre accoutumé, il m'a demandé compte de mes fonctions. L'adTcrsité et les mauTais desseins rendent affables, et forcent l'orgueil k pliet et à s'abaisser devant l'homme ferme dans son de- Toir ; mais c'est ayec dignité, en peu de paroles, que le prince m'a témoigné sa satisfaction , comme le maître qui loue son serviteur d'avoir bien rempli son emploi. ACTE IV, SGÈHE II. 3i3 BtJTTLER. Tout s'est passé comme je vous î'ai mandé ; le prince a vendu l'armée aux ennemis , et veut leur livrer Égrâ et Prague. Sur le bruit de ce complot , tous les régimens l'ont abandonné ^ hormis les cinq que commande Terzky,* et qu'il a conduits ici. Sa tête est proscrite y et il est enjoint à tout fidèle sujet de le livrer mort ou vivant. GORDON. Traître à l'empereur! quoi, un tel homme ^ si bien protégé du sort ! Ah qu'est-ce que la grandeur humaine ! je me suis dit souvent : ceci n'aura point une fin heureuse , sa puissance , sa grandeur , et cette violence sombre et incertaine , l'entraîneront dans quelque piège. L'homme tend toujours à s'ac- croître , et l'on ne peut se confier à sa propre modé- ration ; il n'est retenu dans de justes bornes que par les lois positives^ et par l'ornièl'e profonde de l'habi- tude; mais la puissance de Wallenstein était hors du cours ordinaire des choses; elle le faisait l'égal de l'empereur, et enseignait à son esprit altier à ne point fléchir. Malheur à un homme ainsi placé ! car je ne pense pas qu'aucun autre eût pu se soutenir ou il a succombé . BUTTLEK. Réservez vos plaintes pour le moment où il méri-* tera la pitié , car maintenant il est encore puissant et redoutable. Les Suédois marchent sur £gra, et bientôt, si nous ne prenons pas promptement le parti de l'empêcher, la jonction sera faite; puisse cela ne pas arriver ! puisse le prince ne pas sortir 3i4 LA MORT DE WALLBNSIEIN , libre de cette ville ! ma vie et mon honneur sont engage à le surprendre ici , et j'ai compte sur votre assbtance. GORDON. Ak ! plût à Dieu que je n'eusse jamais vu ce jour ! c'est de sa main ^e je tiens mon emploi ; c'est lui qui m'a confie la garde de ce château ^ dont il faut que je fasse sa prison. Vous autres subalternes nous n'avons pas de volonté, nous ne pouvons pas comme l'homme libre, comme celui qui tient son pouvoir de lui-niéme, obéir aux iy>bles élans de l'humanité; nous ne sommes que les exécuteurs des lois et des rigueurs ; l'obéissance est notre vertu ; c'est par elle seulement que les inférieurs peuvent s'avaneer. BUTTLER. Ne vous plaignez pas de votre peu de pouvoir. Beaucoup de liberté expose à beaucoup d'erreurs, et l'on marche en sûreté dans le chemin étroit du devoir. GORDON. Et il est abandonné par tous, dites-vous? Il a fait la fortune de plusieurs milliers d'hommes , son ca- ractère était d'une magnificence royale, sa main était toujours ouverte pour donner. Çll jette un re- gard détourné sur Buttler.) Il en a tiré plus d'un de la poussière pour l'élever aux honneurs, et aux dignités ; et il ne lui reste pas un ami , il n'a pu s'en acquérir un seul qui lui fût fidèle dans l'ad- versité ! BUTTLER. Il en trouve un ici, sur lequel il comptait à peine. ACTE IV, SGÈWE II. 3i5 GOKBON. Je n'iiî rf çu de lui aucune faveur; je ne sais pas même si au milieu de sa grandeur il s'est souvenu d'un ami de sa jeunesse ; mon service m'a retenu loin de lui. Cache dans les murs de cette citadelle, je me sui^ dérobe à sa vue, et dans cet obscur asile où sa faveur ne pouvait venir me chercher, je me suis conservé un cœur sincère. Quand il m'a établi dans son château , iji étgit encore attaché à son devoir, et je ne trompe pas 9a çQiaifiaiice en gardait fidèlement Ifi postç qu'il confia h ma fidélité. BDTTLER, Répondez , voulez-vous exécuter l'arrêt qui le con- dwiue , me prêter votre aide pour l'arrêter ? GORDON , apv^ un moment de siSencp et de réflexion , rt^pond tristement. S'il a fait ce que vous racontez , s'il a tra hi l'em'^ pereur son maître , s'il a vendu l'armée , s'il veut ouvrir les forteresses aux ennemis du royaume , il n'y a point en effet d'excuse pour lui. Cependant il est dur que ce soit moi parmi tous qui sois choisi pour être l'instrument de sa ruine. Nous avons été pages ensemble à la cour de Burgau; nous étions corn- temporains, moi cependant un peu plus âgé. Je sais cela. GORDON. Il y a de cela trente ans passés ; une âme auda-^ cieuse s'agitait déjà dans ce jeune homme de vingt ans. Son esprit était plus sérieux que son âge; et n'é- tait dirigé que sur les choses grandes et mâles. Au milieu de nous , il n'avait d'autre société que lui- 3i6 LA MORT DE WALLENSTEIN, même, et yiyait solitaire et tranquille sans paitager notregaietéet nos jeux d'enfans. Parfois, cependant, je ne sais quoi de merveilleux s'emparait de lui , et des replis secrets de son sein s'échappait un éclair de génie, une pensée profonde et éclatante. Nous le re- gardions avec étonnement ne sachant, pas bien s'il était insensé ou si une divinité l'inspirait. BUTTLER. Ce fut dans ce temps^là que s'étant endormi sur une fenêtre , il tomba de deux étages , et ne se fit aucun mal. De ce jour, dit-on , on remarqua en.lui les symptômes d'un esprit désordonné. GORDON. Il est vrai que dès lors il devint profondément rêveur. Il se fit catholique. Le prodige qui l'avait sauvé produisit en lui un changement prodigieux... Il se regarda alors comme un être favorisé et privir- légié ; avec l'audace d'un homme qui ne peut tom^ ber, il s'élança sur la corde vacillante de la des- tinée humaine. Ensuite le sort nous conduisit cha- cun de notre côté. Il poursuivit au loin sa route audacieuse , et d'un pas rapide il arriva aux gran- deurs ; je le vis devenir comte , prince , duc , dic- tateur. Et maintenant tout lui semble trop petit, il porte la main sur la couronne des rois et se préci- pite vers une profonde ruine. BUTTLER. Taisons-nous... Il vient. ACTE IV, SCÈNE III. 2l^ SCÈNE III. WALLENSTEIN entre, conversant avec le BOURG- MESTRE D'ÉGRA ; les précëdens. WALLENSTEIN. Vous étiez autrefois une ville libre ? je vois que vous portez dans vos armes une moitié d'aigle... Pourquoi une moitié seulement ? LE BCnjRGMESTRE. La ville était libre et impériale ; mais il y a en- viron deux cents ans qu'elle fut engagée à la cou- ronne de Bohême. C'est pourquoi nous ne portons plus qu'une moitié d'aigle , l'autre moitié nous sera rendue quand l'empire nous dégagera. WALLENSTEIN. Vous méritez la liberté; conduisez-vous seule- ment bien , ne prêtez pas l'oreille aux propos sédi- tieux... Combien payez-vous d'impôt? LE BOURGMESTRE, levant les ëpaalct. A peu près ce que nous gagnons. La garnison vit aussi à nos dépens. WALLENSTEIN. L'impôt sera diminué. Dites-moi, y a-t-il encore des protestans dans la ville? ( Le bourgmestre hé" site. ) Oui , oui , je le sais ; il y en a encore beau- coup de cachés dans ces murs; allons, avouez-le-moi franchement; vous-même , n'est-ce pas? (// le re^ garde Jixement. Lé bourgmestre semble effrayé. ) 3i8 LA MORT DE WAtiLEKSTElN, Ne craignez rien , jç hais les jésuites; si cela dépen- dait de moi ils seraient depuis long-temps chasses de l'empire ; le Missel ou la Bible , que m'importe à moi? je l'ai assez laisse yoir. J'ai moi-^aiéme bâti une église pour les luthériens àGlogau. Écoatea^; bourg- mestre^ comment vous appelez-vous? LE BOURGMESTRE. PachhalbeL, mon prince. WALtÈNSTEÏN. Ecoutez-moi, mais vous ne répéterez pas ce que je vais vous dire de confiance. (// lui met la main sur l'épaule a^ec une espèce de solennité. ) L'accom- plissement des temps est arrivé , bourgmestre ; Ceux qui sont élevés seront âïlmissésf, et ceux qui sont abaissés seront élevés : gardez ces secrets pour vous. L'artificieuse autorité des Espagnols touche à sa fin ; un nouvel ordre de choses va commencer. N'avez- vous pas vu récemment trois lunes à la fois dans le ciel ? LE BOURGMESTRE. Oui , avec effroi. WALLENSTEIN. Deux changèrent de forme, et prirent la figure de poignards sanglans; celle du milieu seule de- meura dans tout son éclat. LE BOURGMESTRE. Nous pensions que ce présage avait rapport aux Turcs. WALLENSTEIN. Aux Turcs! Non, deux empires doivent périr d'une manière sanglante, l'un à l'orieiit , l'autre à ACTE IV, SCÈNE III. 319 l'occideiit : c'est moi qui vous le dis ; et la croyance des luthërieits prévaudra seule. {Il remarque Bmitier et Gt^yien. ) Pendant que nous étions en route ^ une forte fusillade s'est fait entendre sur la gauche. L'a-4)-oii aussi entendue dans la place? GOKDON. Nous l'avons bien entendue^ mon général; le vent nous apportait le bruit du c^té du sud. BUTTLER. Cela paraissait venir de Neustadt ou de Weiden. WAI-LENSTEIN. C'est le chemin par où les Suédois doivent venir. La garnison est-elle forte ? OORDON. Huit cents hommes de bonnes troupes; le reste ^ des invalides. WALLENSTEIN. Et de combien est celle de Joachimsthal ? GORDON. J'ai envoyé deux cents at^ebusiers pour ren- forcer ce poste contre les Suédois. WAlLENSTEï». Vous avez bien fait^ cWt une sage précaution. On a aussi ajouté aux ouvrages , j'ai vu cela de la roiute. GORDON. , Nous voyant si pressés par le Rheingrave, j'ai fait sur-le-champ élever deux redoutes. WAILENSTEIK Vous servez bien l'^npereur^ lieutenant ; je suis 3ao LA MORT DE WALLENSTEIN , content de vous. (^ Butiler.) Vous retirerez le poste de Joachimsthal , et tous rassemblerez tous ceux qu'on avait opposés à Fennemi. (^ji Gordon.) Commandant^ je remets en vos fidèles mains ma femme , ma fille et ma sœur. Je ne compte pas faire ici de séjour, j'y attends seulement des lettres ; et après les premières qui me viendront, je quitterai la ville avec tous les regimens. SCÈNE IV. Les prëcédens; TERZKY. TERZKY. Heureuse nouvelle ! message bien venu I WALLEIfSTEIN, Que venez-vous annoncer ? TERZKY. ■ Il y a eu un combat à Neus'tadt , et la victoire est demeurée aux Suédois. WALLENSTEIN. Que dites-vous ? D'où vous vient cette nouvelle ? TERZKY. C'est un paysan qui nous l'a apportée de Tirs* chenreit. L'action a commencé après le coucher du soleil. Une troupe d'impériaux venant de Tackau, a voulu forcer le camp des Suédois : elle a soutenu le feu pendant deux heures ^ et enfin il en est resté sur le champ de bataille un millier d'hommes et le colonel. Je ne sais rien de plua. ACTE IV, SCÈNE V 821 WALLENSTEIN. D'où cette troupe a-t-elle pu venir à Neustadt ? Altringer était hier à quatorze milles de là ; il eût fallu qu il eût des ailes. Gallas rassemble ses troupes à Frauenberg, et ne les a pas encore réunies. Suys se serait-il hasardé si ayant ? Cela est impossible. ( IIlo parait. ) TER^KY. Nous le saurons à l'instant; Illo Vient à ûotis^ empressé et joyeux. SCÈNE V. Les précédens^ ILLO. ïtLÔ, à Wallenstein. Un cavalier est là , et demande à Vous pàrlet*. TERZKY. Â-t-il confirmé là- |!koiiveli# de cette victoire ? Dites. WALLENSTEIN. Qu'annonce-t-îl ? ï) où vîent-il ? ILLO. C'est le Rheingrave qui l'envoie , et je puis vous dire d'avance le sujet de son message. Les Suédois sont à cinq lieues d'ici. Piccolomini^ à la tête de ses cavaliers , s'est jeté sur eax à Néiotadt. Le car- nage a été terrible ; mais enfin le grlind nombre A triomphé : tous les cuirassiers de Pappenheim , et Max qui les commandait , sont restés sur le champ de bataille. ToM. IV. ai 332 LA MORT DE WALLENSTEIN, WALLENSTEIN. Où est ce messager? Conduisez-moi vers lui. (Il veut sortir. Madame de Neukruiin se précipite d«is la salle ; eBe estsuiviede plik- sieura domestiques qui coareat éperdus. ) MADAME DE NEDBRUN». Au secours ! au secours ! ILLO et TERZKY. Qu'est-ce donc ? MADAME DE NEUBRUHN- Ma maîtresse .•%... WALLENSTEIN et TERZKY. Saurait-elle..... MADAME DE NEUBRUNN. Elle veut mourir. ' SCÈNE VI. BUTTLER , GORDON. GORDON, surpris. Que signifie tout ce mouvement? Éclaircissez-moi. BUTTLER. .Elle a perdu l'homme qu'elle aimait ^ ce Piccolo- mini qui vient de périr. GORDON. Malheureuse femme ! i ACTE IV, SCÈNE VL 3a3 XER. Vous ayez enteifl^BfeAUo a annonce ? les Sué- dois victorieux s'ap] Oui, je l'ai entenAfK ^ ll0|tLER. Ils ont douze rëgimens , et le duc en a cinq , qui Tiennent à son secours. Nous n'avons que mon seul régiment, et la garnison n'est pas forte de deux cents hommes. GORDON» Il est vrai. . » •' BUTTtER. Avec si peu de monde , il nous est impossible de garder un tel prisonnier d'état. GORDON. Je le crois comme vous. BUTTLER. Cette armée aurait bientôt désarmé notre petite troupe , et le délivrerait. GORDON. Cela est à craindre. BUTTLER, après un insUnt de silence. Savez-vous que je me suis rendu caution du suc- cès ? que j'ai engagé ma tête pour la sienne? )l faut que je tienne ma parole , d'une façon ou d'une autre; et si je ne puis le livrer vivant, alors...., nous sommes bien assurés de le livrer mort. GORDON. Vous ai-je bien compris ? juste Dieu I pourriez- vous? H faut qu'il p^ri^e Quoi , TOUS pourrii Lui ou moi ; il est à solMUrnier jour. GOBi>ôlr. Vous voulez l'â^sasâner ? BUTTLER. C'est mon dessein. J,^: '^\- Il a'est confia à Totfuv mol un sujet continuel de chagrin ; il a toujours préféré cçs Ita- liens; et encore maintçuaut jç jure sur mon âmç qu'il nous verrait volontiers morts dix fois, s'il pou- vait rappeler son ami Max à la vie. TERZKY. Silence, silence, n'en parlonç plus, laissons les morts en paix ; il s'agit aujourd'hui de boire à la santé des vivans. Votre régiment veut nous donner un repas , passons une joyeuse nuit , au plutôt pro- longeons le jour, le verre à la main , jusqu'à l'arrivée de l'avant-garde des Suédois. ILLO. Oui , donnons-nous encore aujourd'hui du bon temps , car dans peu de jours il fera chaud , çt cettç épée ne se reposera plus qu'elle ne soit baignée du sang autrichien. GORDON. Fi, monsieur le feld-maréchal ! quels discours ACTE ÏV, SCÈNE VII. Sag sont les vôtres ! queUe e$t çett^ r^fi ççRitre xotr^ empereur? Qae cette première TÎctoire ne vous donne pas tr<^ d'esperanee ; songez qu^ la roue de la fertun^ tourne rapidement : la pijii^ance de l'empereur est grande çncoire. ILLO. Uempereur a des $oldat$ , mai$ U, n'^ poi»t dp général; ce Ferdipand roi de HQAgrie ne coQBtaH point la guerre. Galas ?••• il « toi^ouirs été malbeiji-* reux y et n a jamais commandé des armées san|3 Lef perdre. Ce serpent d'Octavio a bien pu blesser Friedland p^r derri^e> maifid£^0^ UP l^yal Qipwbat il ne pourra tenir devant lui. CroyeB-moi^ nous réussirons; la fortune n'a ja- mais abandonné le duc ; Ton sait assez que TAutri- cke n'a jamais été victorieuse que par Wallenstein* Le prinee aura bientôt réuni une, grande armée , tous vont se presser, se précipiter sous ses drapeaux illustrés par une antique gloire; je vois diéja revenir les jours d'autrefois, il va redevenir le grand Wallen- stein. Ah ! combien feront confus les insensés qui l'abandonnent maintenant. Il distribuera des terres à ses amis et récompensera les services avec une magnificence impériale... Mais nous, nous serons les plus avancés dans sa faveur; (à Gordon) il pensera aussi à vous, il vous tirera de cette forteresse, et 33o LA MORT DE WALLENSTEIN, mettra votre fidélité en lumière dans un poste ëmi- nent. GORDON. Je suis satisfait et ne désire rien de plus : plus grande est l'éléyation ^ plus profonde est la chute* ILLO. Vous n'avez pas besoin de dissimuler davantage, les Suédois seront demain dans la ville. Venez, Terzky, il est temps d'aller dîner; à quoi pensez-vous? faisons illuminer la ville en l'honneur des Suédois... Celui qui n'illuminera pas est un Espagnol et un traître. TERZKY. Non pas ; cela ne plairait point au duc. ILLO. Eh quoi , ne sommes-nous pas les maîtres ici ; et quelqu'un doit-il se faire connaître pour Autrichien dans le.lieu où nous commandons?.. Adieu, Gordon, je vous recommande pour la dernière fois la garde de la place; envoyez des patrouilles. Pour plus de sûreté , l'on pourrait changer le mot d'ordre ; à dix heures vous apporterez les clefs au duc lui-même , et alors vous serez quitte de vos fonctions de gou- verneur. Les Suédois entreront demain dans la ville. TERZKY , en s'en allant , à Buttler. Ne venez-vous pas au château? BUTTLER. J'y serai à temps. ( Ils s'en ront. ) ACTE IV, SCÈNE VIII. 33i I SCÈNE VIII. BUTTLER, GORDON. GORDON , lés suirtut des yeux. Malheureux ! avec quelle imprévoyance ils vont dans Fivresse de leur triomphe se précipiter dans le piège tendu devant eux ! je ne puis les plaindre. Quel arrogant et audacieux scélérat que cet lUo , qui veut se baigner dans le sang de son empe- reur ! BUTTLER. Faites ce qu'il vous a ordonné. Envoyez des pa- trouilles. Veillez à la sûreté de la place; dès qu'ils seront montés au château , je le fermerai afin que dans la ville on ne puisse rien entendre. GORDON f avec inquiétude., Ne précipitez rien ; dites-moi d'abord... BUTTLER. Vous l'avez entendu. Les Suédois seront ici de- main.. . Nous n'avons que cette nuit , ils sont prompts dans leurs démarches > soyons-le davantage... Adieu. GORDON. Hélas! votre regard n'annonce rien que de si- nistre; promettez-moi... BUTTLER. Le jour est fini, une nuit fatale va com^mencer; grâce à eux, elle n'a plus d'incertitude. Leur mau- vaise étoile fait qu'ils se livrent sans défense à^ notre 332 LA MORT DE WALLENSTËIN, main.... Au milieu de l'ivresse d'une vaine prospe-* rite, un fer homicide va trancher leur vie. Le prince a toujours été un grand calculateur ; de tout temps il a tout soumis au calcul ; il savait disposer des hommes comme des pièces d'un échiquier, les placer, et les pousser pour arriver à son but. Il ne se faisait point de scrupule de hasarder, deJQuer l'honneur ^ la dignité , la bonne renommée des autres. Sans cesse, sans cesse il a calculé, et à la fin son compte va se trouver faux , car il a compta sur sa vie au moment où elle va atteindre son terme. GORDON. 'îfe songez pas à ses fautes ; rappelez-vous sa deur, sa bonté , ce cceur si digqe d'être aimé , tous les nobles traits de sa vie, et laissez retomber votrç glaive déjà levé sur sa tête, cowme si m^ î^Age me- nait intercéder pour lui. Il est trop tard. . . Je ne sens aucune pitié pour lui^ mes pensées sont toutes sanglantes. ( // prend lu main de Gordon.) Cependant, Gordon , ce n'est pas la haine qui me fait agir... Je n'aime pas le duc, je n'ai pas de motif pour l'aimer ; mais ce n'est pas ma haine qui fait de moi son meurtrier , c'est son mau- vais destin. Je suis entraîné par un malheureux sort, par le concours de circonstances funestes. Âh ! c'est bien vainement que l'homme s'imagine ag^r en liberté. Il est le jouet de l'aveugle puissance qu excjrce sur lui une terrible nécessité , indépen- dante de SS; piropr^ d^rmination. . . Que servirait au ACTE IV, SCÊNE/VB^. 333 duc que mon cœur parlât pour lui ? i} fi'êil faudrait pus moite qu'il pérît par moi. * GORDON. At ! si votre cœur vous parle , suivez son impul- sion... Cest Dieu qui vous parle par sa voix, et les calculs artificieux de la prudence ne viennent que de rhomme ; quel heureux espoir pouvez- vousi fon- der sur le meurtre ? Rien d'heureux ne peut prove- nir deTeffusion du sang. Voudriez-vous arriver aux grandeurs par un tel chemin?... Ah! ne le croyez pas ; le meurtre peut quelquefois plaire aux rois , mais jamais le hieurtrier. BUTTLER. Vous ignorez que... ne me demandez pas... Mais pourquoi aussi les Suédois ont-ils été vainqueurs et approchent-ils si rapidement? je l'aurais volontiers livré à la miséricorde de Fempereur, je ne souhaite pas de répandre son sang... Non , il pourrait vivre ; mais il faut que je remplisse la parole que j'ai donnée , il faut qu'il meure ou bien... Écoutez-moi. Je suis déshonoré si le prince nous échappe. OOllDON. Pour saxtver un tel homme BUTTLER, rapidement. Hé bien ? Il mérite bien un sacrifice ; soyez généreux. C'est la conscience 6t non l'opinion qui honore l'heiome. B UTTLÉ R , froidemeBt et atee liautear . il est vùt ^and seigneur , un prince , et moi je — -^_- • " ^1 i / 334 LA M§{LT DE WALLENSTEIN, ^ ne suis qu'un obscur individu, voulez-vous dire? '^ et que fait au monde , pensez-vous , qu'un homme de naissance inférieure s'illustre ou s'avilisse , pourvu que le prince soit sauvé ? Chacun apprécie sa propre valeur. Le prix , l'importance que j'attache à moi-même , cela me regarde ; il n'y a pas un homme placé si haut sur la terre, auprès de qui je veuille me mépriser. C'est la force de la volonté qui fait les hommes grands ou petits , et c'est parce que je veux accomplir la mienne qu'il mourra. GORDON. Je m'efforce d'émouvoir un cœur de rocher. Non, vous n'êtes point né de la race humaiùe. Je ne puis vous arrêter ; mais puisse un dieu le dérober à votre horrible main ! ( Ils sortent. ) SCÈNE IX. Le théâtre représente Tappartement de la duchesse. THECL A dans un fauteuil , pâle et les yeux fermés '; LA DUCHESSE et madame de NEUBRUNN em- pressées autour d'elle; WALLENSTEIN et ia COMTESSE. WALLENSTEIN. Comment a-t-elle pu l'apprendre sitôt ? LA COMTESSE. Elle semblait avoir prévu ce malheur. Le bruit d'un combat où un colonel autrichien avait péri l'avait d'abord effrayée ; je m'en étais bien aperçue : ACTE IV, SCÈNE IX. 335 elle à Tolé à la rencontre du messager suédois , et , par ses questions , lui a bientôt arraché ce malheu- reux secret. Nous nous sommes aperçues trop tard de son absence : nous ayons couru pour la joindre ; le messager la soutenait déjà évanouie dans ses bras. WAXLENSTEIN. Combien a dû la frapper cette nouvelle inatten- due ! Pauvre enfant ! (Il se tourne vers la duchesse. ) Comment est-elle ? Reprend-elle ses sens ? LA DUCHESSE. Elle ouvre les yeux. • LA COMTESSE. Elle vit. THÉ CL A f regardant autour d'elle. Où suis-je ? WALLENSTEIN va à elle en lui tendant les bras. Reviens à toi , Thécla ; sois ma courageuse fille. Regarde^ te voici près de ta mère chérie^ et ton père te tend les bras. THÉCLA se relère. Où est-il ? Il n'y est plus ? LA DUCHESSE. Qui, ma fille? THÉCLA. Celui qui a prononcé ces fatales paroles. LA DUCHESSE. Ne pense pas à lui , mon enfant ; écarte ta pensée de cette image. WALLENSTEIN. Laissez sa douleur se répandre; laissez -la se tam 336 Lk MORT DE WALLÈSSTEIN, plaindre j mêlez vos larmeè àùi sSèiihes , car Alt a à sti|)porter une grande douleur. Mais elle âaura la soutenir ; toa Thëcla à hérîlé de soi père un cœur qui ne se laisse pblht allatlre. THÉCLA. Je ne suis point sans force ; je puis me soutenir. Pourquoi pleure ma mère ? L'aurass - je effrayée ? Voilà qui est passé ; j'ai repris tous mes sens. (Elle s'est levée , et cherche quelqu'un dans la salle, ) Oit est-il ? Qu'on ne le cache point à ma yue ; j'ai assez de force pour Ten tendre. LA DUCHESSE. Non f Thécla , ce malheureux messager ue doit jamais reparaître devant tes yeux. THÉCLA.. Mon père WALLENSTEIN. Chère enfant! TTLÈthk. Je ne suis plus faible; me voki cJhMna mieux remise ; accordez-moi une grâce. WALLSNSTEI9. Parle. thécla. Permettez que l'on rappelle cet étranger; je reui l'entendre et l'interroger seule. LA DUCHESSE. Jamais. LA COMTESSE. Non , c'est une idée funeste ; n'y comentex pas. WALLENSTEIN. Pourquoi veux -tu lui parler, ma fille? ACTE IV, SCÈNE IX. 337 THÉGLÂ. Je serai plus calme quand je saum tout ; je ne yeux point être trompée ; ma mère • Tent me mé- nager y je ne yeux pas être ménagée ; le mot ter- rible est cléjà prononce ^ je ne puis rien entendre d'aussi affreux. Lâ DCrCHESSE et LA COMTESâTE, ft WaUensteift. ■ N'y consentez pas. THÉOLA. Jf^ai été surprise par mon premier effroi. Mon cœiir m'a trahie en présence de cet étranger , il a été témoin de ma faiblesse, je suis tombée dans ses b/as ; j'en suis encore confuse 3^ je yeux me re- leyer dac^ son idée , il faut que je parle à cet étranger pour qu'il n'emporte pas de moi une opi- nion défayorable. WALLENSTEIN. Je trouye qu'elle a raison, et je penche k lui accorder sa demande. Qu'on le rappelle. ( Madame de Neumaon sort. ) LA PUCHESSE. Mab , moi ta mère , j^ serai présente. THÉCLA. Je préfère lui parler seule; cela me donnera plus de force pour me soutenir. WALL£])rSTIIN, àUdiM^eMf. Laîjsez-la faire, qu'elle lui parle toute seule; il est des douleurs oii l'homme ne peut trouyer de secours qu'en lui-même > oh le cœur doit être abandonné à sa propre force ; c'est dans son sein ToM. IV. aa .J.A 338 LA MORT DE WALLENSTEI», et non dans le sein d'autrui qu'elle doit chercher la force de supporter un pareil coup : elle est ma courageuse fille ^ ce n'est pas une faible femme, et je veux la voir se conduire en héros. ( II vent sortir. } LA COMTESSE Tarréte. Où allez-vous? J'ai entendu dire à Terzky que vous. vouliez partir dès demain et nous laisser ici. WALLENSTEIN. Oui y vous demeurerez ici sous la garde d'un brave homme. LA GGMTflSSE. Emmenez -nous avec vous , mon frère ; ne nous laissez pas dans cette triste solitude attendre Té- vénement avec toutes les agitations de Tinquiév- tude. On supporte facilement le malheur présent , mais il est rendu plus grand et plus affreux par le doute • et les tourmens de l'attente s'accroissent par l'absence. WALLENSTEIN. Pourquoi parler de malheur? Tenez des dis- cours moins sinistres. J'ai de tout autres espérances. LA COMTESSE. Ah! emmenez -nous. Ne nous laissez pas dans ce lieu de triste présage. Mon cœur se sent op- pressé dans ces murs ; il me semble que je res- pire l'air de l'antre de la mort. Je ne puis dire combien ce lieu me semble funeste. Emmenez- nous ; venez , ma sœur y priez-le aussi de nous emmener; chère nièce, venez à mon secaurs. ACTE IV, SCÈNE X. 339 . WALLENSTEIN. Ce lieu n'aura plus pien de funeste ; il renferme ce que j'ai de plus cher au monde. MADAME DE NEUBRUNN nrient. Voici l'officier suédois. WALLENSTEIN. Laissez-la seule avec lui. (Dicttt.) ' LA DUCHESSE, à Th^da. Tu pâlis , mon enfant ; il te sera impossible de lui parler; viens avec ta mère. THÉCLA. Madame de Neubrunn restera près de moi. , • « 1 4 ( La duchesse et la comtesse sortant. ) SCÈNE X. THÉCLA, un CAPITAINE suédois, M", de N£U> BRUNN. • I ' LE CAPITAINE s'approche respectaensemeat. r Princesse, j'ai à vous demtander pardon; ïfi<^ récit imprudent et subit... Je ne pouvais prévoir..'. THÉCLA, d'un ton pîeia de noblesse. Vous m'avez vue en proie à toute ina douleur : une malheureuse circonstance vous a iiatroduit, vous étranger, dans mon intimité. LE CAPITAINE. Je craips que les tristes paroles que ma bouche 34o LA MORT DE WALLENSTEIN, a prononcées ne vous aient rendu mon aspect odieux. XHECIiA., ly .i C est ma faute ; c'est moi-^lême qui tous les ai ar- rachées^ c'est la voiïdu destin qui les a proférées. Mon effroi a interrompu ledéôtt commencé; je vous prie de l'achever. LE CAPITAINE, d*«i^«iraU«Btif. Princesse, ce sera renouveler votre douleur. THÉCLA. Je suis plus calme... je serai calme. Comment a commencé ce combat? Achevez votre récit. LE CAPITAINE. Nous étions , sans craindre aucune- attaque , fai-- blement retranchés dans notre camp près de Neu- stadt, quand tout à coup vers le soir un nuage de poussière s'est élevé du, côté de la forêt; notre avant- garde en déroute s'est précipitée dans le camp, criant : Voici re»ncmi. A peiu0 avons rno:us le temps de nous jeter sur nos chevaux, les cavaliers de Pappen- heim avaient, d'un élan rapide, traversé les bran- chages qui protégeaient le camp ; bientôt après cette CF<^ttpè impétueuse avait franchi le premier fossé ; datii lé^r courage imprudent ils s'avancent juscju'au second, laissant derrière eux Tinfanterie, et ne son- geaat.au milieu de leur témérité qu'à suivre leur chef téméraire.. (Thécla paraît émue, le capitaine se taît un instant; elle Ud fait signe de continuer.^ Alors rassemblant toute la cavalerie, nous les pres- sons en face et sur les flancs : nous les forcent à re- culer jusqu'au fossé, oîi l'infanterie, qui s'était for- ACTE IV, SCÈNE X. 34ï mée promptement en bataille , leur oppose le rem- part impénétrable de ses hallebardes. Pressés de toutes parts dans cette terrible enceinte , ils né peuvent aller ni en avant ni en arrière : alors le Rfa^grate çri^ k leur çbef de ^ cendre i comme un brave gu^rier ijui ne peut plivs se défendre. Mais le le eolot^el Piccolomiiai.... ( Tkécla chancelé et, s'^p^ puie sur unfdMteuiL ) Ou l'avait reconnu au ciiuÂer de sou casque et à ses longs dbeveui: ^ qi^i ^ dans sa course ra|ûde i iloUai^nt détachés. U mojpttre Iç £^6sé y s'élance le (xremiary le fait franchir par son nobl« coursier ;. lus cuirassiers ^ précipitent sur ses trace^i : mais déjà sou cheTnl avait été blessé ^ s'était cabré de fureur , avait laneé au jLoin son cavalier; et toute sa troupe le foule aiu pied^ 4^6 chevaux que le mords ne peut plus arrêter. (Thtfda , pendant les dernières paroj^s, a laissé yoir tous les signes d^une angoisse tpiijours eroisMole. Elit Sur rkenre» Quel chemin fautai suivre? 35o LA MORT D^E WALtENSTEIN, THÉGLA. Je yais à.... Dites-le-lui^ Neubrunn. MADAME DE NEUBRUNN. A Neustad^. UÉGUYER. Je vais tout préparer^ MADAME DE NEUBRUNN. Hëlas y madame TOtre mère vient ici. THÉGLA. Dieu! SCÈNE XIV. THÉCLA, madame de NEUBRUNN, LA DU- CHESSE. LA DUGHESSE. Il est reparti; je te trouve plus calme. THÉGLA. Oui , ma mère. Laissez-moi maintenant me reti-- rer avec madame de Neubrunn ; j'ai besoin de repos. LA DUGHESSE. Je le crois, Thëcla. Je^ sors soulagée; je pourrai tranquilliser ton père. THÉGLA. . Adieu donc , ma bonne mère. (Elle se jette à son cou, et la preste dans ses bras avec nue extrénie émotion. } LA DUGHESSE. Tu li'es pas encore bien calitnéè, mon enfant ; ta es. ACTE IV, SCÈNE XIV. 35i tremblante^ €t j'ai senti ton cœur palpiter 3ur le mien. THÉGLA. Le sommeil me rendra plus calme. Adieu^ adieu , ma mère. ( £U« M j«tt« tmcort daos Im Lras de ta mèrt, La toile tomlM. ) FIN DU QUATRIÈME ACTE. ■^^^b..b^M.<. .&_. 352 LA MOKT D£ WALLENSXEIN, -.--.--■.-■ ^ .-. . ..—. -^- i - j j^^ii^- -1 ■in- | Tvi- t -|-| T -yi-|-|rif| | -|(j | ^firi^f|ri i -| | ^ | ^ | ^-| | ^f|(^ | -|-|r|f| i ^ i -iyifi-|-|-iiri i -|% %iyifKn ACTE CINQUIEME. Le théâtre représente l'appartement de Buttler. SCÈNE PREMIÈRE. BUTTLER, le major GÉRALDIN. BUTTLER. Votjs prendrez douze braves dragons, vous les armerez avec des hallebardes , car il n'y a pas un coup à tirer. Vous les posterez près de la salle du repas , et aussitôt que la table sera desservie, vous entrerez en criant : Qu'est-ce qui est fidèle à l'empereur ? Je renverserai la table ; alors vous vous jetterez sur eux , et vous les frapperez. Le château est fermé et gardé de façon que le bruit ne parviendra pas jusqu'au prince. Allez maintenant. Vous avez averti les capitaines Deveroux et Macdonald ? GÉRALDIN. Us sont ici. (Biort.) BUTTLER. Il faut se hâter ; les bourgeois se déclarent aussi pour lui. Je ne sais pas quel esprit de vertige a sai- . . . i iCTE v, scE-umn.- \ / ,î îj® SI toute la ville? Ils ceg^rd^At le duc comme le {Aci^c^teui: universel ^ comme le. jfoud^tpur ifi^un nouvel âge d'or. Les magistrats ont distribua ^de^ armes aux habitans > Bt déjà une centaine est ve- nue s'offrir pour lur ^sertir. d« ^)Wi(|e9i/rnUfâgit d'avoir ici de la promptitude. Nous sommes en de- dans et en dehors menaces par les ennemis» ., . •-'•',' ' '* ' I ' • i\ • " Il r '.* SCÊNÈ II. •:a BUTTLER, les capitaines DïT^liÔÛ^ et lîlÀC- DONALD. Nous Toici , mon général. :DEV£&0UX, : : . . ^» -••■'' > ; • ' I ^ ; Qf^l fftti i« i»rot d^ ralliement?' BUTTLEbJ .;: :/: •. i ; \.} r Vive l'empereur ! , l,. Cpmmeiît? 7 r .' .. . .'IMW-rCfe |«ê: àr,!FiiedlMftd qi|^ .ino^ tvons juré fidélité? ' . Ne nous sommes-nous pas ejigiiMS if le sepouçir? BtTTTLfett. -"^oui!»', engstgéàii seëoùriîf utf fit^Ètift f xOk èi^ne- mi de l'ëtat?'* ^ ^ TOM. IV. 23 ». 354 LA MORT DE WALLEKSTEI», DEVEROUX. Mais vous nous avez prescrit le devoir de le servir. ê • Et vous l'avez suivi à Égra. BUTTLER." Je l'ai fait ainsi pour le perdre plus sûrement. DEYEROUX. Ah! MACDONALD. C'est autre chose. . BUTTLER, àDevfroux. Misérable y est-ce ainsi que tu désertes tes dra- peaux et ton devoir ? DKVEROUX. Par tous les diables y général ^ je suis votre exem- ple ; et si vous êtes un traître , je pense que je puis bien l'être aussi. MAGDONALD. Nous n'avons pas à y regarder aprè^ ToaS; c'est votre afiaire. Vous êtes le général y vous com- mandez y nous vous suivons , quand ce serait dans l'enfer. BUTTI/ER, d'un ton pliu doux. Bien , bien ; nous nous connaissons le» uns les autres. MACDOUALD. Oui y je le pense. DEVEROUX. Nous sommes soldats de la fortune ^ et nou^ sommes pour celui qui est le plus fort.; ACTE V, SCÈNE II. 355 ' MAGDOHi.I.D. Oui f comme il le dit. BUTTLER. El ce que tous avez à faire maintenant^ c'est de continuer à être de brades soldats. D£YERQUX. C'est notre intention. J BUTTLER. Et il faut faire fortune. MACDONALD. C'est encore mieux. BUTTtER. Écoute^moi. TOUS DEUX. Nous écoutons. BUTTLER. La Tolontë et l'ordre de l'empereur est que Fried* land soit saisi mort ou yif. DEYEROUX. Sa lettre le porte' ainsi? MACnONAU). Qui ^ mort OU yif . BUTTLER. Et une magnifique : récompense etk or et en do- maines attend celui qui en viendra à bout. DBYERO.UX. Oui f cela sonne bien; les paroles qui Tiennent de là sont toujours magnifiques. Ahl nous connaissou$ déjà tout cela; quelque chaîne d'or^ un méchant ê. I / 4*« . • » ï » ^ « ■ *■ X ' '\ -j(g6 LA ?ff)Ii,T »« WAI,tR»5TEIN, cheval, un parchenpLÎp ,^ ou, quelque chose de ce genre-là. Le prince paie miei^. MAC 901? 41*0. Oui, il est splçndide* Tout cela fe'en va ayeç lui> l'étoile de son bonheur estpassée. . ;,r .».•;-. .:.);t J --• '^ MACDOWALD. - %* Cela est-il certain ? BUTT^tttl. Je VOUS le dis. DEVEROUX, . . ' Aurait-il perdu sou tonheur? BUTTLER. Perdu pour toujours; il nest pa# ^pl»5 jÇÎçHfi^f^^ nous. MÂCPO^ALQ. .*.'..■ . . • . . ' ' \, "' i ''■•'' ' *"Tasplus riche que noùf? , ^\ y., pjçYERO.u?:. Oui, Macdonald , il faut lje;lawspç.% , Il y a déjà plus de vingt millè^ hiteinie* qiè *ont abandonné ; il faut faire quelque chose de mie^uX; -ttû coup pi«) Éipt e« dlci^f ; il* faut le tuer; .' •'^'^ L « • • '"' ^' * - "' (TVus deux reculent.) TOUS DEUX. Le tuer! . Êâlà. •'■■' '■. ''• -^i-'^ :::4i'J -^-""'' ' ^ § • r ' î»'"i'. . .'i ■;!.;»•• toute OfltJ*; '.:..' .. Choisissez-en un autres \ ;r- ■ 'i.\> MJLqiravAtim Oui ^ choisissez-en un autre. Cela t'effraie y pauvre esprit? 0I quoi , tu as ti^eiite fois charge ton âme de plus que cela. DEVE^IOUX. Porter la main sur mon général! pensez donc... MACDONÂLD, * ' . • ■ ■ ■ ' . , A qui nous ayons juré fidélité ! ÔTJttLER. Le serment est nul , puisqu'il ne* tietit pàià lè's sieûs. Écoutez y général , cela ine faît^ hbmùr. . MAGDONALI). Oui I, cela est yrai; on a aussi une conscien^^. DETEROUX. Si ce n'était pas noti^ chef qui nous a commandés si iébg'^êtt^^ M qtli nous iihposait tant dé t'es- S'il n'y a que cette difficulté.... DEVEROUX. Écoutez^ e'ast inutilement que tous ni^u» Jie tle^ ^ 358 LA MORT DE WALLBRST£Iir, mandez : si le service de l'empereur l'exigeait , je percerais de mon ëpée le cœur de mon propre fils. Mais^ Toyez-Yous, nous sommes soldats; et assas* siner le gênerai ^ c'est un pëchë^ c'est un* orîme dont pas un confesseur ne pourrait nous absoudre. BUTTLSR. > ' *1 *' • . Eh bien ! je suis ton pape, je t'absous; décidesi;r- vous promptement. DEVEROUX, dfim tM Haoln. Cela ne se peut pas. MACDONALD. Non , cela ne se peut pas. BUTTLER. Eh bien ! soit. Faites-moi venir Pestalutz. DEYEROUX, rarpria. Pestalutz! lai!... MàCDONALQ. Et que lui voulez-^vous ? • - BtJTTLER. • * • Puisque vous m'avez refusé , j'en trouverai assez d'autres. DEVEROUX. Non ; s'il doit përir, nous saurons tout aussi-bien que d'autres gagner la récompense promise. Qçi'en penses-tu, camarade Macdonald? MACDONALD. Oui , s'il doit périr, si cela ne peut être autrement , je n'entends pas que Pestalutz en profite. ACTE V, SCÈNE II. 359 DE VEROUX, aprè» va moment de rtfflexioB. Doit-il périr ? BUTTLER. Oui^ cette nuit, car les Suédois arriveront de- main matin aux portes de la yiUe. DETBROUX. Répondez-Yous des- suites^ gâiéral? BUTTLER. ^ Je réponds de tout. . « DEYEROUX. Est - ce la volonté de l'empereur ? sa volonté franche, expresse? On approuve quelcpiefois le meurtre , et l'on punit le meurtrier. Il y en a des exemples. BUTTLER. L'ordre dit : Mort ou vif. U n'est pas possible de le livrer vivant , vous le voyes vous-mêmes. DEVEROUX Eh bien! mort, mort donc! Comment arrive* rons-nous jusqu'à lui ? la ville est pleine des soldats de Terzky. MACnOlVALD. Et ensuite restent lUo et Tersky«... BUTTLER. On commence par eux , cela est entendu. DEVEROUX. Quoi 1 doivent-ils périr aussi ? ^ BUTTLEiR. Les premiers. a^ L A M OttrnZ VtkLt E3tST£ I N , MAGDOIlAIiD. Écoute 9 Deveroux ce sera une sâDglpittld atiit. . DÇVER,OUX. Avez-vous dëja un JiomVnç pour cette commission? Confiez-la-moi. B071LBR, Elle est conflén' au. 9ia)or GâraUÎHv £e sajir.oD donne une fête et mn grapd^r^p^s au château : c'est là, à table , qu'ils seront saisis et f^$i{^pà^. f^sît^t^ et Lesley y seront. I^E^VEït06*. .ÉCoriteîi^ gëiiëral, cela doit vous être hicKffercnt; fëitfek-môi'cliàiigfet' de commission avecGépaWin. BUTTLER. Il n'y a pas moins dm dangiear à se charger dit duc. Du dang^ Quelle idée jtve*-V^*«» dénc de moi, général ? c'est le regasd d.a^ prince et non son épée . . . BVXTLEfl. ' ' , Quel ïnal peut té faire son regard ? De par tous lej^didikë ^T«Éà &iFMiquB8 jft ne suis pas un poltron; mais^ vqyezr-vous, il n'y apas encore huit jour^ ttUÇ-lç dwc jpa'a fait compter vingt pièces d'or pour acheter cet hsibiï d^hivei^'que je porte , et si , quand il me verra avancer avec ma hallebarde, il jette les yeux sur cet Inibît^ wyw-Vc^H^. ... né bten, hé bien y le diable m'esqportei je ne suis pas un pol- tron.... ACTE :V, SCÈNE II. 36( • • » BOTTIER. Le duc t'a donné un habit d'Hiver". . . et toî^ pauvre hère , tu hésites à cause de ce!» k lui passer ton épée à travers le corps! L'empeçeur lui a donné un vête- ment qui est encore meilleur, le manteau de prince; et comment a-t-ii recontiu ce bienfait? par la ré- volte et la trahison. DE VE ROUX, t » Q^la ^t 'Yfai v^Uops, audfal^k.la rpoonnaissaiice; je lasfia^sinerai. . . . E^t si tu veux tranquilliser ta conscience, tu n'as seulement qu'a quitter cet Habit, et alors tu agiras librement et courageu^lement. ri.. • .... MA€lH)l!fAtI>. * ' • -'•• /• il faut encof è' songct* à une dhose*. * • ' ! ■ . . • . , . BPTTLER. . A q^çi fi^t-U. c»çof e penser ,. Mfi(\(^Pfîald 2 iiAfiBQlIlAÙ)!' Et où prendrons-nous. des armes contre lui? il est ii^yuliik^bl^ par e^çlfant^upien^r^ Comment, il est... M ' I • '' ' .1 I MACDONALD. ., A l'éj^irçuve de lai balle et de lépe^^ il.?^* eit^dr-; jçelé et pjpéseryé par ui^ a,rt diabolique.; son corps né peut êtr^ eQtajote^ j^e vous l^e dis. I ♦ Oh I oui, oui ; il y avait^Ha ht^ittlnf^^céfâikie' cek ^ 362 LA MORT BË WALLBMSTEIN, Ingolstadt; sa peau était aussi impénétrable que l'acier^ et l'on fut obligé de l'assommer à coups de crosses de fusil. MAGDONÂLD. Écoute ce que je veux faire. . , ; DEVEEpUX. Dis. MAGDONALD. • Je connais ici dans le couvent un dominicain notre compatriote ; il trempei'a ma hallebarde et mon épée dans l'eau bénite ^ et prononcera dessus des paroles toutes-puissantes; alors elles seront plus fortes que tous les enchantemens. BUTTLER. Fais cela, M acdonald : maintenant allez, choisissez dans le régiment, vingt, trente hommes bien déter- minés ; faites leur faire serment à l'empereur, et quand onze heures sonneront, quand les premières patrouilles seront passées , conduisez-les en silence an palais; moi-même je ne serai pas loin. DEVEROUX. ' { Comment pourrons-nous traverser Tes gardes et les archers qui sont de garde, dans la cour inté- rieure? BOTTLER. J'ai examiné les. lieux, je vous conduirai par une porté de derrière qui est gardée par un seul homme. Mon rang et ma charge me donnent entrée à toute heure chez le duc; je vous précéderai^ et sur-le- champ je frapperai l'archer d'un coup de poignard pour assurer votre passage; ACTE V, SCÈME IL 36S DETSROUX. Etqaand nous serons en haut, comment parvien- drons-nous à la chambre du prince , sans que les domestiques s'éveillent et appellent au secours? car il doit être entoure d'une suite nombreuse. BUTTLER. Tous les domestiques logent dans Faile droite ; il craint le bruit et habite seul l'aile gauche. DEVEROUX. s Je voudrais que cela fdt déjà fait, Macdonald; cela me fait un effet extraordinaire, ou le diable m'emporte^ MACDONALD. A moi aussi; c'est un si grand homme ! Nous pas- serons pour deux scélérats. BUTTLER. Quand vous serez au milieu des honneurs, de réclat et des richesses , vous vous moquerez de l'opi- nion et des discours des hommes. '^ DEVEROUX. S'il était seulement certain que cela n'est pas contre l'honneur. BUTTLER. Soyez tranquilles. Vous sauvez à Ferdinand sa couronne et son empire ; la récompense ne sera pas petite. DEVEROUX. Ainsi, son dessein était . vraiment de détrôner l'empereur? 364 I-A MORT J»B WALlBBrSÏEIN, DEVEROUX. Et il aurajyt péri de la main dut^purreau^ si aous Teussions livré vivant à Vienne? BDTTLER. Il ne pouvait pas éviter ce sbrt-Ià- DEVEROUX. Viens , M^cdonald. Ainsi il' périra comme doit péi^îi? tin sj^néttA , tl iilmirta côrttiùife xÊtt hontoe d'frôilmettl- , de ht mcli» d'ftn soldât. ' ( Ils sortent. ) ■■■■ SCÈBfÉ llï. ' ■• '■ Le théâtre représente une salle ^ oU aboutit une galerie qui se / ;' r^proUt^aïkipi^. I • WALLENSTEÏN assis près d'wpe table jïe capitaine suédois debout devant lui. Un instant après, m comtesse TERZKY. « s « WALLENSTEÏN. Présentez mes honatudgéd à votre général, i^ preitd^ piisrt à^ s()n b^uur^ux. silccès ; et « tous m ta^ T!(^ye% pas témaî^àer .autant 4ê jote qM cel aTao^ tage semble mériter, ce n'est pas défaut de hie»" veillance , car désormaii^ l=es succès sont communs eirtrèlidHS* Adieu;, je vi^iiâ reaàsaeeie èmirqB soifis: les portes de la place vous seront ouvertes d,w^^ ,v acte: y; mène ïia. 3&5 matin , quaad ypiw grriyer^.. ( Ze capffaine suédois .wrt. fFaUeujftfin ^ .iik^vH dans de profomieji ré- Jl^pçitms y reg(irde J^jçemi^ davani iui, la tête apr fujée- sur m n^in^, JLa çowtesm Teriky entre , et se tieiH^ ufi mQmçnf^ji^ès da b4 sans qtitUIa voie. Jlfait un m^mement, mhit , l'ap^çoit et se remei un peuJ) JVeoç;5-vous d^ U, vpir ? CpTOment sç tr^uTe^t-eUç.? Que fait-elle ? LA COMTESSE. Elle s'est trouvée plus calme après cet entretien, à ce qwe m'a Hiltatu, loi pwnd la Quelle est votre pensée ? WALLENSTEIN. Je pensais que si je voyais cet astre ^ j'^n ressen- tirais un keureux efiet : c'est lui qui préside à ma vie ; et souvent j'ai senti son aspect accroHre mer* veilleusement ma force. LA COMTESSE, après on long tUeBce. Vous le reverrez. NlVALLENSTEIN, qui était retomU dau une prolonda préoccupatioai, aê ritoiinM attsaitÂt Térf la comteiae. ^ Lé revoir ? ah ! jamais. LA COMTESSE. Comment ? WALLENSTBIN. Il n'y est plus... Il gît dans la poussière. LA COMTESSE. A qui songez-votts donc ? . WALLENSTBIN. Il est heureux; son destin est acaompU. 'H n'a ACTE V, SCÈNE III. 367 plus. à attendre ravenir. Le destin ne le séduira plus par aucun artifice. Sa vie pure et brillant d'un doux. éclat est fixée pour toujours, et ne. peut rece« Toir aucunje taché. Il ne sonnera point pour lui d'heures malheureuses. Il est mwit^ai^t au-rdessus^ de la crainte et de l'espérance , el pe dépend plus en rien des planètes errantes et tronip^uises* Ah! p'est lui <]ui est heureux ; qui sait ce que nous réserve l'heure qui va venir et que voile une sombre ob- scurité? Vous parlez de Piccolomîni..! Hé bien , comment a-t-il péri ? l'officier sortait d^avec vous quand je suis entrée. {fVaUemtein lui fait signe avec la main de finir ce^discours.) Ah ! ne tournez pas vos regards en arrière, conteiiuplonsdans l'avenir des jours plus se- reins , jouissez de :1a vifitoire, oubliez ce qu'elle a coûté : Ce n'est pas a)uJQurd'bui que votre émi vous a été enlevé ; il était mx>rt pour vous , du moment qu'il vous a. abandonné. ' Walee-ns-téin, ' Je supporterai cette douleur, je le sais bien ; car que ne supporte pas l'homme ! U se déshabitue du plus beau sort, comme du plus vulgaire, tant la force du temps le domine. Cependant , je sens bien tout ce que j'ai perdu en le perdant. La fleur de ma vie a disparu , et je Vois devàttt ihôi un avenir froid et décoloré. U était là, près de moi, comme l'image de ma jeunesse; il changeait pouruMÎ la réalité en un noble songe , et me faisait voir le train vulgaire 4!^s choses à travers les .vapeurs /Iprées de l'aurore. 368 LA MOftT I>£ WAtiLtSSf EIN, lift ckatenr dé séû Umàt& s«bttiffébl eaoMiUîssBitf à mes yeâ:8f surpris, le dpecCaeie M^AotoKe deia ^k cdinmune* £f 4à ntaintentant peuvent tendre mes efforts? le h(fdm A disparu dé Hkùft existence p «.s ! , LA GOMfESSE. Ne TOUS affaiblissez pas par le oecoûrâgemeDt; votre cœur est assez rempli peur se suffire à lui-même. La vertu que 'vou$'aiinie7>.qiaeyo^^fidiniriçz çdIuI, jç'était Ypn^ qui jl aviez ^ultiTee et.i^éw^ïof^e. Qui vietit tto«i& tronubler eDéôre àNuoè heure si tardive?., c'est le oemmii»daiiitb EapptoFte lescltÊ de la fqrtenreêse. LaisgezH-abus^iUiafiQBVi?^- nous sont' mes dë)à à k' titoifie ^ la niiifc. ' LA CÔMtÈSSÉ'. Je ne puis me résoudre à vous quitter aujourd'hui; je suis agitée d'inquiétude et de crainte. Bte crainte! et pbûrWuei?^ LA^COMTESSE. Si vous. partiez tout 4 coup cette i^uit j si à notre réveil nous pe pojgLVJpçs pl,u^ yoi^is revoir ! Pure imagination. t ' ' t A tiOMTES^Ë.' ' - Mon âme est déjà dâjf^uis long-temps eppressée ACTi: V, SCÈNE ni. S69 par de trî§t#8 pres^entimens, et si pendant la Veille je paFYÎços à lea cooibattre, ils reTiennent pen^ daiit le swimipil accabler mon cœur par des rêves aifrei|i(. Lu nuit dernière p je vous ai vu riche^ in^nt pavé et ^ms à une table avec votre première epqi^e*.» Cp songe x\e pç^t f^vpîr qu'ion seqs fcivor^ble } c'est ce mariage qui a servi 4^ fond^mf ftt ^ p(ts^ fqrtun^. LA COMTESSE. ^ Et aujourd'hui 1 i( ine semblait df n3 mon r4ye que j'allais vous chercher dans votre appartepieCnt , et comme j'y entrais, ce n'était plus votre apparte- ment, c'était la chartreuse que vous avez fondée k Gitschin et ou vous voilier être eqseveli* WALLEKSTEIH. Et votre esprit est troublé par tout cela ? LA COMTESSE/ Comment, ne croyez-vous pas, qu'iPy a dans les songes un sens prophétique , qui nous fait entendri^ sa voix ? WALLEIfSTEIN. Oui, sans doute de telles voix se foBt parfois en-* tendre , mais on ne peut les appeler prophétiques que lorsqu'elles annoncent un sort ijriévitable. Dé même que l'image du soleil se f^it voir dans l'at- mosphère avant même qu'il soit surThorizc^n , de même une sorte de pressentiment précède les grands ëvénemens f et ce qui doit arriver demidn se fait déjà sentir aujourd'hui. J'ai toujourn neçu une im-»-. pression particulière de ce que noi|s lisons de la ToM. IV. ^ i 24 r ^^^^^^^^^^i^^i^^^^^^^^^ — — -... 1^,^ I 370 LA MORT DE WALLENSTEIN, mort de Henri IV. Ce roi sentit , dit-on , Fimpre»- sion d'un poignard dan&son sein, long-temps avant que l'assassin Ravaillac s'en f àt armé ; il ne pouvait trouver aucun repos ; cette agitation le chassa de son Louvre , l'entraîna hors de la ville. Les apprêts 'du couronnement de la reine lui semblaient les ap- prêts d'un convoi funèbre, et il entendit d'une oreille inquiète les pas du meurtrier qui le cher- chait à travers les rues de Paris. LÀ COMTESSE. Et cette voix intérieure et prophétique ne tous dit rien ? WALLENSTEIN. Rien; calmez -vous. LA COMTES SE , tonjoan alttorb^ éaau de fombres pensées. \Jne autre fois vous couriez devant moi , je vous suivais d'un pas rapide , nous traversions une longue galerie , de vastes salles qui ne finissaient point; les portes s'ouvraient et se fermaient bruyam- ment ; je marchais toujours après vous , respirant à peine et ne pouvant vous atteindre. Tout à coup je me suis sentie arrêtée en arrière p&f une main froide , c'était vous , vous m'avez em- brassée et alors une draperie rouge a semble nous envelopper. WALLENSTEIN. Mon appartement a une tenture rouge. LA COMTESSE, le regurdant. S'il était en effet destiné à.... si vous qui êtes en ce moment devant moi dans la force de la nt-» { EU»«e jette dans sa hm ta pleumt. ) ACTE V, SCÈNEMV. Sji WALLENSTEIN. C'est cette proscription de l'empereur qui agite Tos esprits ; un vain papier jae blesse pas , il ne trouvera pas d^ssassin. ^ LA COMTESSE. S'il en trouvait , ma résolution est prise ; je porte avec moi de quoi me consoler ? (EHeiort.) SCÈNE IV. WALLENSTEIN, GORDON, un instant après un DOMESTIQUE. WALLENSTEIN. Tout est-il tranquille dans la ville ? GORDON. La ville est tranquille. WALLENSTEIN. TeiRends le bruit de la musique, le château est éclaire. Qui sont ces gens si joyeux ? GORDON. C'est un festin que l'on donne dans le chÂteau au comte Terzky et au feld-maréchal. WALLENSTEIN. C'est en l'honneur de cette victoire*. • ces gens- là ne savent se réjouir qu'à table. (Il sonne, un domestique vient. ) Je veux me déshabiller pour aller dormir. ( Il prend les clefs de Gordon. ). Ainsi nous voici en sûreté contre les ennemis 37i LA MORT DE WALLENSTEIN, et enfermés avec de fidèles amis. En effet ouk nature entière me trompe ou un visage tel qae celui-ci ( Montrant Gordon. ) n est pas celui d'un hypocrite. {Le domestique lui ôte son manieauj son hausse-col et sa toison dor. ) Prenez garde, il yient de tomber quelque chosie. l,E DOMESTIQUE. C'est la chaîne d'or qui yient de se rompre. WALLENSTEIN. Ah^ elle a duré assez long -«temps; donnez. ( Il regarde la chaîne. ) C'est la première faveur que j'ai reçue de l'empereur ; pendant que nous faisions ensemble la guerre de Frioul. et qu'il ^tait encore archiduc, il la suspendit à mon cou, et je n'ai pas depuis cessé jusqu'à ce jour de la porter. C'est une superstition peut-être , mais «lie a dû être pour moi un talisman , tant que j'ai pu m'en parer avec confiance, et le bonheur fugitif de ma vie a dû se rattacher à cette chaine qui en avait été le premier gage. Hé bieul c'en est fait ! il faut qu'une nouvelle fortune commence pour moi , puisque cet ancien talisman a perdu sa force. [^Le domestique se retire emportant leman- tedu. ffallensteiî} se lève , se promène dans la sak et enfin s'arrête tout pensif devant Gordon. ) Combien le souvenir de mes anciens temps me semble p]>é6entl je me revois encore à la cour.... oii ]it>uS(^ ëtioâs ensemble y jeunes enfans. Nous dis- putions souvent ensemble , ton esprit était sage^ t\i avais coutume de prêcher la morale ^ tu me blâmais d'aspirer aans modération liux choses les ACTE V, SCÈNE rV. 873 plus élevées , de me livrer à des songes exaltés ^ et tu nqte vantais les jours dorés de la médiocrité. Hé bien ! ta sagesse s'est méprise , elle a de bonne heure décidé et arrêté ton sort, et si tu ne t'étais pas séparé de l'influence magnanime de mon étoile f tu ne serais pas aujourd'hui enseveli dans, une obscure retraite. GORDON. Mon prince , le pauvre pêcheut vient sans peine rattacher sa frêle barque dans le port et voit le puissant navire submergé par la tempête. WALLEÎfSTÉIN. Ainsi tu es déjà dans le port , vieiHard? et moi ^ une ardeur ijue rien n'a Picore afiaiblie ^ me pousse avec force et autorité sur la mer orageuse de ia vie ; c'est encore l'espérance qui est ma déesse, et *me comparant à toi , je vois avec quelque orgueil que les années rapides ont p^sé sur ma tête sans la blanchir et sans exercer leur action. (Il se pro^ mène it grands pas , ptiîs s^ arrête ns-à-sns Gûrdon^ de T autre côté du théâtre.) Pourquoi dire que la for- tune est trompeuse? elle a été fidèle pour moi , elle m'a élevi^ avec amour hors de la foule des hommes ; d'un liras puissant et divin , elle m'a fait gravir rapidement tous les degrés de l'existence; il n'y à rien de vulgaire dans la route qu'a suivie mon sort , dans le sillon qu'a tracé ma main. Qui pourrait appliquer à ma vie les r^es. de la sagesse humaine? Il est vrai qu'en ce moment je semble profondément déchu; mais je vais me relever bientôt, et le flux va bientôt remonter la vague , que le reflux avait abaissée. 374 LA MORT DE WALLENSTEIV, GORDON. Et cependant je rappellerai ici l'antique maxime qu'on ne doit pas s'applaudir de la journée avant que le soir soit passé; un long bonheur n'est ps un motif d'espérance ; c'est plutôt pour les malheureux que l'espérance est faite; l'homme heureux doit vivre environné de crainte, car les vagues du destin sont mobiles et agitées. WALLEIfSTEIN, louriaat. Il me semble entendre encore le Crordon d'autre- fois; je sais bien que les choses terrestres sont sujettes au changement, et que le dieu du mal a toujours ses droits à réclamer ; les antiques païens ne l'ignoraient pas , lorsqu'ils s'imposaient un malheur volontaire pour apaiser les divinités envieuses ; et des victimes humaines ont ensanglanté l'autel de Typhon. (Hs^ tait et reprend tristement) Aussi lui ai-je sacrifié. Mon plus cher ami a succombé. ... et succombé par ma faute ; aussi depuis que ce combat m'a plongé dans la tristesse , ne puis-je plus jouir de la faveur du destin , la jalousie du sort doit être assouvie ; une vie- a racheté l'autre et la foudre qui devait m'abattrc et m'écraser est tombée sur sa tête innocente et chérie. SCÈNE V. Les précédens^ SENI. WALLENSTEIN. N'est-ce pas Seni qui vient à nous? il semble hors de lui. Qui te conduit si tard ici , Baptiste ? ACTE V, SCÈNE V, 376 SENI. Mes craintes pour VOUS y monseigneur. Hë bien , qu'y a-t-il ? SENI; Que votre altesse parte avant que le jour paraisse ! ne vous confiez pas aux Suédois. WALLElïSTEIN. Quelle idëe t'est venue tout à coup? SENI, âeirsBt k Yoiz. Ne vous confiez pas aux Suédois* WALLENSTEIN. Et pourquoi cela ? ^ SBNI. N'attendez pas l'arrivée de ces Suédois ; un mal- heur prochain vous menace et viendra de perfides amis ; des signes terribles se sont montrés et sem- blent vous entraîner à l'heure même dans l'abime de votre ruine. WALLENSTEIN. Tu rêves 9 Baptiste^ la crainte te rend insensé. SENI. Âhl ne croyez pas qu'une vaine terreur mç trompe. Venez vous-même lire dans l'aspect des planètes; de perfides amis causeront votre infortune. WALLENSTEIN. . Si la perfidie des amis doit causer ma perte , les signes auraient dû se montrer plus tôt; maintenant les étoiles n'ont plus rien à m'apprendre sur ce sujet. - 1 I -ntm 876 LA MORT DE WALLENSTEIN. SENI. Ah ! Tenez él Vo^ek; croyte-feh yos propres yéui. Un signe funeste se .montre dans la demeure céleste de votre vie ; un malin esplrit y un ennemi secret s'est glisse sous les rayons de votre étoile ; écoutez mes conseils^ ne vous livrez pas à ces païens qui font la guerre k notre sainte église. WALLENSTEIN, sourUnt. Ne serait-ce pas là le motif d€ l'oraGle? Ah! oui; je comprends maintenant; cette alliance avec les Suédois ne t'a jamais plu. Va dormir, Baptiste, de tels signes ne m'éjpôuvantent point. GORDON, (|ai pendant ce dûlogae a para fort agite , se tourne vers Wallenstoa. Mon prince, oserai-jé J)ârler? Souvent un avis utile est sorti d'uhe iicMuJhe m^risaUe. WALLENSTEIN. iPàrïe Iii>remenl. GORDON. Mon prince , si cependant ce n'était pas ûii vain fantôme enfanté par la crainte; si la miséricorde de Dieu se servait par miracle de cet organe pour vous sauver. WALLfekSTEIN. Vous êles €n délire Vnti et Tatitre. Comment un ittalheur î30ttrrait-îl me -venir dés Suédois; ils recherchent mon alliance , ils y trouvent leur avantage. GORDON. Si cependant l'urrivée de ces Suédois. . . . fii c'était eux justement qui devaient attirer sur votre tête.- ACTE V, SCÈNE V. 377 (lise meta genoux devantluL) Il en est encore temps, mon prince. SENI te met à genouk/uisti. Écoutez-^le> éeoutciK-le. WALLEUftTBW. "temps ié quoi fâîre? Létèz-voUs , leVèz-TOlis, je le veux. GOlElBON telèVe. Le ft.h'eingrave est encore éloigné; ôrd^hneî^ et les porteîs de cette place vont lui être fermées. Il voudra nous assiéger., il Tessaiera ; mais ^ si je m'en crois , et lui et toute son armée pétriront plutôt sous ces murs que de lasser notre constance et notre courage : il éprouvera ce que peut faille Une troupe de héros animés par un chef héroïque , h. qui ii im- porte d*effacer sa faute. L'empereur en sera touché, et s'apaisera; son cœur penche tolôntiers vers la clémence > et Friedland revenant à lui avec repen- tir, s'élèvera dans; sa faveur plus haut que s'il toe l'avait jamais perdue. WàLLEM STEIII le regarde avec atoe extrême lurprbe ,g«r4« long-temps le silence, et laisse voir une grande émotion intérieure. Gordon , la chaleur de votre zèle vous à emporté bien loin : l'ami de ma jeunesse pouvait seul se per- mettre de tels discours. Le sang a coulé, Gordon, l'empereur ne peut jamais me pardonner; il le pourrait , que moi je ne pourrais consentir à rece- voir un pardon . Si j'avais pu prévoir ce qui est ar- rivé, si j'avais su qu'il m'en coûterait mon ami le plus cher, et que mon cœur m'eût fait entendre sa voix comme à présent... peut-être aurais-Je pensé... peut* 378 LA MORT D£ WALLENSTEIM, être aussi que non. . • . Mais maintenant , qn^ai^e en- core à ménager ? U s*est passe des choses trop graTCs pour qu'elles n^aboutissent à rien ; eh bien ! qu'elles suivent leur cours. (Jli^aà la fenêtre.) La nuit est ayanc^, on n'entend déjà plus de mouyement dans le château. Allons f que l'on m'éclaire. {Le do' mestique , qui est entré en silence pendant cette scène , et qui a pris une attention visible , quoiqdUfût resté dans renfoncement, s'avance tout^nu, et se jette aux pieds du duc. ) Et toi aussi ? Je sais bien pourquoi ce pauyre homme souhaite que je fasse ma pail avec l'empereur; il a une petite possession en Ca- rinthie^ et crapt qu'on ne la lui saisisse, parce qu'il est chez moi. Suis-je donc devenu si pauTre, que je ne puisse indemniser mes serviteurs? Eh bien I je ne veux forcer personne ; si tu crois que le bonheur m'a quitté, abandonne-moi aussi; désha- bille-moi ce soir pour la dernière fois , et puis ta passeras chez ton empereur. Adieu, Gordon, je pense que je vais dormir long-temps, car les épreu- ves de ce jour ont été rudes. Ayez soin qu'on ne me réveille pas trop tard. ( DMnt; le doBcatiqoe féclairc; 8cm le soit. Godkm i«ste dos rolnearité, et mitON. Les coupables ont péri ; c'en est assez pour satis- faire la justice. Que tout soit expié par ces victimes ! ( Le domestique resdeni par la galerie ; il met son doigt sur sa bouche pour recommander le silence. ) Il est endormi ; ah ! ne le tuez pas pendant l'heure sacrée du sommeil. BUTTLER. Non, il se réveillera pour mourir, ( U Tcat lortir. ) GORDOIf. Hélas ! son coeur est encore tout préoccupé des intérêts terrestre»; il n'a p^is eu le temps de se pré- parer à paraître devant son Dieu. BUTTLER. La miséricorde de Dieu est grande. GQRPQN. UretfVfPt. Accordez-lui encore cette nuit. BUTTLER. Un instant de retard pe^t nous perdre. GORDON. Une heure seulement. BUTTLER. Laissez -moi aller. A quoi lui servirait un délai aussi court? GORDON. Ah ! le Temps est une divinité miraculeuse j en une heure l'horloge laisse écouler des milliers de grains de sable, et les pensées se succèdent non moins ombreuses, no» moins, rapides dgnis l'esprit I 3fe LA MORT DE WALLENSTEIN, de rhomme. Une heure seulement , votre cœur peut changer y le sien aussi ; une nouvelle peut arriver; un ëyënement heureux, décisif, salutaire , peut tout à coup tomber du ciel. Ah I qu'une heure peut être importante ! ' BUTTLER. Vous me rappelez combien une minute est pré- cieuse. - (U frapp« du pied. ) SCÈNE VII. Les précedens, MACDONALD, DEVEROUX avec des hallebardiers , puis UN DOMESTIQUE. GORliON se j«tte entre Bnttler et«ux. Non y barbare ! il te faudra d'abord passer sur mon corps, je ne souffrirai point une telle horreur. BUTTLER, VéctrUai Vieillard insensé ! (On entend des trompettes dans râoignement. ) MACDONALD et DEVEROUX. Les trompettes des Suédois. Voilà les ennemis de- vant Égra , hâtons-nous* GORDON. Dieu ! Dieu ! BUTTLER. Allez à votre poste , gouverneur. ( Gordon sort en tonte hete. ) UN DOMESTIQUE entre. Qui fait du bruit ici ? Silence î le duc repose. AtTE V, SCÈNE VIL 383 DEYEROUX, d'une voix terrible et élevée. Ami ^ c'est ici le moment d'en faire , du bruit. LE DOMESTIQUE, poussant on cri. Au secours , au meurtre ! LE DOME STIQUE, frspptf par Deveroux, tombe à l'entra de la galerie. Jésus Maria! BITTTLER. Ouvrez les portes. ( Us passent sur le corps du domestique , et entrent dan< la falerie ; on entend dans V^iot- ^m gnement denx portes s'ouvrir successiTement. Dee cri» sourds , un bruit d'arjfeps, ]^uis "^M tout d'un «oup un profond silence. ) "«^^ SCÈNE VIII. LA COMTESSE TERZKY, un flambeau à la main. Elle n'est point dans sa chambre , on n'a pu la trouver nulle part; Neubrunn qui veillait auprès d'elle est absente aussi. Aurait-elle pris la fuite? où serait-elle allée I II faut se hâter de la suivre , il faut que tout le monde se mette en mouvement ! Comment le duc apprendra-t-il cette nouvelle ter- rible? Si mon mari était seulement revenu de ce festin? si le duc était encore éveillé? Il m'avait semblé entendre ici marcher et parler^ je vais aller prêter l'oreille à sa porte. Écoutons^ Qui vient ? On marche à pas précipités ! 384 LA MORT DE WALLENSfEIN, SCÈNE IX. \ t LA COMTESSE , G(MID0IS , puip «UTTLEIR. G OK P O N arrÎTe pr^cipiUmment , retpinnt k p«iiw. C'est une erreur, ce ne sont pas les Suédois, ne précipitez rien , Buttler ! Dieu , où e$t-U ? ( Hçf^- çoit la comtesse.^ Comtesse , dites-moi... LA COMTESSE. Vous Tenez du château? où est mon mari? QQ^DON, «iû «lioirtur. Votre mari? ne m'interrogez pas. Sont-ils en- trés... ( n veut aller ven rappartemcnt. ) "LK COHTESSE Varr^te. . ïfon, auparavant 9 il faut m'expUquer... GORDON, rtfcartant nremnit. Le sort du monde dépend de cet instant ! Au nom de Dieu y allez. Pendant que nous parlons, Dieadu • ciel ! (// crie. ) Buttler, Buttler J LA COMTESSE. (1 est au château avec mon mari. ( 9nttl«r tort d« la galeri». ) • GORDON, rapercerant. C'était une erreur; ce ne sont pas les Suédois, ce sont les Autrichiens qui ont pénétré jusqu'ici. Le lieutenant général m'envoie ici , lui*méme y sera tout à l'heure; suspendez tout. ACTE V, SCÈNE X. 385 BUTTLER. 11 arrive trop tard. GORDON appuie sa tête contre le mur. Dieu de miséricorde ! LA COMTESSE, iniaiète. Comment , trop tard ? qui va donc Tenir ici ? Pic- colomini a pénétre dans Egra? Trahison ! trahison ! Où est le duc ? { Elle sort par la galerie. ) SCÈNE X. Les précédens ; SENI, puis UN PAGE ; LE BOURG- MESTRE, UNE FEMME DE CHAMBRE. Des do- mestiques épouvantés courent sur le théâtre. SEN I sort de la ^lerie avec tous les signée de reffroi. Ah ! sanglant et horrible événement I LA COMTESSE. Qu'est-il arrivé , Seni ? UN PAGE entre. pitoyable spectacle ! ( Des domestiques arec des flambeaux. LA COMTESSE. Qu'est-ce ^ au nom de Dieu ? SENL L'ignorez -VOUS encore? Le prince vient d'être assassiné , et votre mari a été tué au château. (La comtesse demeure glacée à ces paroles. ) TOM. IV. 25 I 4 ► 386 LA MORT DE WALLEI^STEIN, UNE FEMME DE CHAMBRE accourt. Secourez 9 secourez la duchesse I LE BOURGMESTRE eotre plein d'ëpoavante. Quels sont ces cris de désespoir qui troublent le sommeil de toute cette maison? GORDOM. Là malédiction éternelle est sur TOtre maison... Dans votre maison y le prince git assassiné. LE BOURGMESTRE. Dieu nous en préserve ! ( tl Jort yrëcipitamment. ) UN DOMESTIQUE. Fuyez y fuyez ; ils veulent nous tuer tous ! SECOND DOMESTIQUE, porUnt de rargenterie. Toutes les issues sont gardées. (On mtettd crier d«mèi« k Mène. ) Place y place au lieutenant ^néral ! ( Pendant ce moment, la comtesse sort de m stnpemr, se remet et sort promptenent.) ( On entend crier dernèr« le tbâ^tfe^ ) Gardez Iqs portes ! çmpéchez le peuple d'entrer! J ~^*- ( ACTE V, SCÈtlE XI. 387 SCÈNE XI. Les précédens sans la comtesse; OCTAVIO PICCO- LOMINI entre avec sa suite; DEVEROUX et MAC- DONALD paraissent au fond du the'âtre avec les hallebardiers. On apporte sur la scène le corps de Wallenstein enveloppé d'un drap rouge. OCTAVIO entre précipitamment. Cela n est pas^ cela est impossible^ Buttler^ Gordon : je ne puis le croire; dites-moi que cela n'est pas. Gordon , sans répondre, montre de la main le corps de Wallenstein au fond du tKëâtre. Octavio y jette les yeux, et demeure saisi d^horreur. DEVEROUX, àButUer. Voici répée du prince et sa toison d'or. MÂGDONALD. Vous ordonnerez qu'à la chancellerie on.... ^ BUTTLER, montrant OetaWo. Voici celui qui seul peut maintenant donner des ordres. ( Devdroux et Macdonald se retirent respectueusement. Tout le monde disparait en si- lence. Buttler, Octavio et Goicdpn restmt seuls sur la scène. ) OCTAVIO, se tournant vers Buttler. * Était-ce cela , Buttler , dont nous étions conve- nus? Dieu juste ^ j'en lève la main au ciel. Je suis in- nocent de cette action criminelle. BUTTLER. Oui , votre main est pure. Vous vous êtes servi de la mienne. 388 LA MORT DE WALLENSTEIN, OCTAYIO. Scélérat , devais-tu abuser ainsi des ordres de ton souverain , et mêler le nom de l'empereur dans un meurtre horrible et sanglant? BUTTLER, arec sang-froid. Je n'ai fait qu'exécuter la sentence portée par Fem- pereur. OCTAVIO. malédiction attachée au pouvoir des rois ! Leurs paroles ont une force si terrible , que leur pensée fugitive devient sur-le-champ une action irrépara- ble. Devais-tu donc obéir si rapidement? Devais-tu ravir à la clémence le pouvoir de faire grâce? Le temps est l'ange sauveur des hommes. Faire succé- der saiîs délai l'exécution à la sentence , ne convient qu'à la justice infaillible de Dieu. BUTTLER. . De quoi me blâmez-Vous? Quel est mon crime? J'ai fait une bonne action; j'ai délivré l'empire d'un ennemi redoutable ^ et j'ai droit à une récom- pense. Entre votre conduite et la mienne^ la seule différence, c'est que vous avez aiguisé le glaive, et que j'ai frappé. Vous avez demandé du sang, et maintenant vous êtes saisi d'étonnement parce que le sang a coulé. Pour moi , j'ai toujours su ce que je faisais, et ne suis surpris, ni effrayé des suites. Etait- ce donc de vains ordres que vous aviez à me don- ner ? Je vais à Vienne, d'un pas assuré, > porter mon épée sanglante devant le trône de l'empereur, et ré- clamer l'approbation que mérite la prompte et stricte obéissance à une juste sentence. (Il sort. } ACTE V, SCÈNE XII. 889 SCÈNE XII. OCTAVIO , GORDON ; la comtesse TERZKY entré pâle et défigurée y sa voix est faible , lente et sans chaleur. OCTâYIO, allant à sa rencontre. Âh comtesse Terzky y un tel dénouement devait-il arriver? Ce sont les suites de ces malheureux projets. *XA COMTESSE. Ce sont les fruits de ce que vous avez fait. Le duc est mort y mon mari est mort y la duchesse lutte con- tre la mort^ ma nièce a disparu. Cette maison sou- veraine et glorieuse et maintenant est déserte; le» serviteurs épouvantés se précipitent hors des portes. Je reste la dernière , je puis fermer cette noble de- .meure et en emporter les clefs. O G TAVI O , avec une doulear profonde. Ah comtesse y ma maison est aussi déserte ! LA COMTESSE. Il ne reste plus personne à faire périr. Il ne doit plus y avoir de rigueur à exercer. Le duc est mort; la vengeance de l'empereur doit être assouvie. Épar- gnez tous ces serviteurs ; que leur amour et leur fi- délité ne leur soient point imputés à crime. Mon frère a été surpris par le sort ; il n'a pu songer à eux. OCTAVIO. Non , il n'y aura plus de rigueur , il n'y aura plus de vengeance. De grandes fautes ont subi une s